UNE SOIRÉE AUX ITALIENS
Juin 1907.
!e fut une belle soirée, une fête incomparable, que la représentation du Barbier de Séville, donnée dernièrement par M*"^ Patti et pour elle sur un théâtre privé. Fête du monde, mais encore et surtout fête de beauté; fête même où, par extraordinaire, la beauté fut plus forte que le monde et le retint près de deux heures silencieux, attentif et conquis. Fête qui n'eut d'égale peut-être qu'à l'origine de l'opéra d'Italie, alors que les premiers chefs-d'œuvre de la monodie naissaient dans les palais de Florence, devant des grandsducs aussi.
Fête en l'honneur d'une illustre artiste, hôtesse pour un soir d'un artiste célèbre, et que des artistes élus secondaient; en l'honneur d'un chef-d'œuvre et d'un genre, ou d'une « catégorie » de l'idéal sonore; fête enfin où rien ne manqua, ni les dehors éclatants, ni le sentiment intime et profond ; pas même, pour la plupart d'entre nous, le charme des souvenirs lointains, et tout ce qu'au plaisir présent, comme pour l'aviver encore, ils mêlent de tristesse légère et de souriante mélancolie.