‹ Notes brèvesChapitre 23 sur 85 · LES VINGT ANS DE BIZET I · texte numérisé non relu

LES VINGT ANS DE BIZET I

une note cependant, la note sacrée, leur échappa toujours.

En plus d'une rencontre, je le sais, il se défend du reproche d'irréligion. Un de ses billets à ses parents se termine par cette belle formule : « Je suis pour la vie, et après, votre fils soumis et aimant. » Ailleurs, il fait cette profession de foi : « C'est singulier : plus je m'affermis dans mes croyances chrétiennes, et plus je déteste ceux qui sont chargés de nous les enseigner. Heureusement on peut aimer Dieu sans aimer les curés. »

Or son christianisme était celui-ci. Parlant du Carmen sœculare d'Horace, qu'il se proposait de mettre en musique : « A vrai dire, je suis plus païen que chrétien. J'ai toujours lu les antiques avec un plaisir infini, tandis que, dans les chrétiens, je n'ai trouvé que système, égoïsme, intolérance et absence complète de goûts artistiques. Il va sans dire que j'excepte les œuvres de saint Paul et de saint Jean. »

Ce n'est pas dire beaucoup. Aussi dit-il bien d'autres choses. Les offices de la Sixtine lui font l'effet de « cérémonies ridicules, où l'on voit un mannequin magnifiquement habillé servir de spectacle à une multitude curieusement bête ». Il n'y a là pour lui que « de la mauvaise musique, jointe à la comédie indigne dont se rendent coupables le Pape et les cardinaux ».

Mais plutôt, il n'y a pour nous ici que de « l'anticléricalisme », du plus médiocre, du plus vulgaire, et lorsqu'on entend un Bizet parler, comme ferait un Homais, des « jésuites » et de « leur séquelle », de la « calotte »

OU de « la prêtraille », on a peine à comprendre que tant de petitesse, et si bourgeoise, ait pu se rencontrer chez un artiste, et si grand.

Encore, si ce n'eût été que boutades d'école ou d'atelier! Mais, dix ans plus tard, il ne parlera pas d'autn sorte. De la Commune même, tout en la maudissant, il tirera d'étranges leçons. Les insurgés vaincus, rien n( lui paraîtra plus à redouter « que le péril réactionnaire] les cléricaux et leurs grosses vengeances ». Pourtant] il travaillait alors à ÏArlésienne, et le vieux Noël chanj tait en lui :

De grand matin j'ai rencontré le train

De trois grands rois qui allaient en voyage...

.Revenant de Rome et passant encore une fois par la Provence, il les avait rencontrés, les mystérieux voyageurs, mais il ne les avait pas suivis.

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