CHANTS DE LA TERRE ET DE LA MER DE SICLLE
Février 1909.
L était sur mon piano depuis des mois, ce mince cahier, dont la page de couverture, enluminée ie couleurs vives, représente un champ de coquelicots ît de marguerites, près d'une mer et sous un ciel du nême azur. Pour le lire et pour en parler, j'attendais a raison, ou du moins le prétexte du moment : le prinemps peut-être, où tout ce qui vient de là-bas nous )araît actuel, où chacun de nous sent, n'est-ce pas, son Italie lui battre dans le cœur. Hélas! je ne prévoyais )oint une occasion si prompte, si tragique surtout, et lu'au seul titre de ce recueil, le cœur, en effet, allait me Dattre, mais d'épouvante et de pitié.
Un Sicilien, M. Alberto Favara, professeur au Conervatoire de Palerme, a réuni et publié (chez l'éditeur licordi) les chansons populaires de son île délicieuse.
aujourd'hui désolée. Non content de les transcrire, il y a joint des harmonies, des accompagnements d'un goût très sobre et très pur. Il a dégagé de chaque thème tout ce que celui-ci renferme en puissance, et quelquefois même en cachette, tout ce qui peut en fortifier le sens, en achever le caractère et la physionomie.
Dans une brève étude, et dans une lettre aussi qu'il voulut bien nous adresser peu de temps après l'envoi de son recueil, M. Favara donne les raisons profondes de son culte pour le chant populaire. Avec Nietzsche, auquel il renvoie, il y trouve « le miroir musical du monde... la mélodie primordiale... l'élément prépondérant, essentiel et nécessaire ». Nécessaire, dit-il, à la musique italienne entre toutes, parce que « la base de nature » s'y dérobe aujourd'hui. En Italie, sous les multiples influences de la culture moderne, et de l'école allemande en particulier, « nous faisons trop de la rhétorique musicale, nous n'avons plus de style propre, ni de manière vraiment nôtre de nous exprimer par les sons ». Ici, du moins, ajoutait le musicien de Sicile, « il nous reste le privilège de voir les choses modernes de loin, de les juger avec plus de sérénité. Nous sommes encore assez isolés et tranquilles pour penser, pour rêver » (quel coup Fallait éveiller de son rêve !) « à nos traditions artistiques, à notre hellénisme d'autrefois... J'ai voulu refaire mon éducation dans ce sens, au rebours de la culture actuelle. Et j'éprouve, j'en conviens, quelque orgueil à mettre au jour ces chants, ces énergies inconnues. Je crois y avoir révélé la voix profonde, le symbole sonore de ma race et de mon pays ».