CHANTS DE LA TERRE ET DE LA MER DE SICILE IO
Oui, de son pays et de sa race. L'un et l'autre channt en ces admirables chants. Avec une singulière puis- .nce, ils expriment la tendance de l'être universel à la usique, la mystérieuse aspiration de toute chose, de ; que ressent notre âme et de ce que voit notre œil, devenir ce que notre oreille entend. Et puis, comme ans tous les chants populaires, il y a dans ceux-ci tant 2 force, et si simple, la prise en est sur nous si directe
si profonde, que la musique y semble changer de ature et qu'elle n'y apparaît plus sous les espèces de irt, mais avec la réalité de la vie elle-même. Au dehors, au dedans, elles ont, toutes ces cantilènes, us d'un signe commun. Presque toutes lentes, elles )nt toutes brèves. Telle ou telle tient en peu de meires, ne consiste que dans un appel, dans un soupir, ms un cri. Etranges par les modes, par les cadences, les ne le sont pas moins par \qs fioritures ou les « mésmes », par certains gj'iippetti de notes appuyées ou gères, sorte de boucles ou de noeuds sonores, les les flottantes et lâches, les autres serrées durement. e rythme qui domine est bien le rythme à 6/8 [alla ciliana\ mais tantôt amplifié, tendu ou durci, tantôt )mpu, disloqué, chancelant enfin comme la terre natale , comme elle, « incertain et toujours menacé ». Plus encore que par les formes, c'est par le fond, par ime, que se ressemblent ces chants. Il y en a peu de
paisibles. Il n'en est presque pas, deux ou trois à peine de joyeux : l'un, pour solo et choeur, accompagné par le flûtes et les gros tambours siciliens; un autre, que le femmes des pêcheurs de Trapani, battant les cordage contre les blocs de marbre, mènent d'une allure vive c sur un mode éclatant. Celui-ci encore, tendre souhaî d'amoureux tête-à-tête, est si doux, si intime, que le notes s'y parlent, j'allais dire s'y regardent d'aussi prè que les lèvres et que les yeux. Celui-là, calme comm le calme des mers, dort à la surface d'arpèges harmo nieux. Qui nous donnera de l'entendre un soir de prin temps, modulé par les timoniers des barques à haute voiles, sur les flots de la-bas, oublieux et redevenu amis !
Les autres, tous les autres, ne respirent que la souf france, l'angoisse, l'horreur même. Et nous les en ai mons davantage. Il convenait, dans les jours où nou sommes, que la Sicile nous envoyât, plutôt qu'u: album de fête, un bréviaire de douleur et de mort.
Chaque page y porte une marque funeste. ChaqU' note y révèle un esprit de mélancolie, une ardeur som bre, un amour sauvage, une passion qui va jusqu'à h fureur. La moitié de cette âme populaire est grecque et l'autre sarrasine; mais dans l'hellénisme sicilien l'é lément dionysiaque surtout a passé. C'est l'île d'Archi-