CHANTS DE LA TERRE ET DE LA MER DE SICILE IO
oque, et non celle de Théocrite, d'où semblent venir .ie tels chants.
Au pays de Salemi, non loin de Mazzara, quand les lavandières ont fini leur ouvrage, « elles entrent dans le bourant, sous l'ombre, sacrée et propice au repos, des grands peupliers blancs. Une source chaude, qui sort du fond de la rivière, les enveloppe de sa tiède douceur. Baignées ensemble par l'effluve du feu souterrain, jon dirait que l'âme de chacune se fond en l'âme de toutes. Libres de la tyrannie de l'homme, en ce lieu l'd'où l'homme a peur d'approcher, elles sentent revivre ;en elles le génie des antiques ménades. Les abîmes de 'la vie s'ouvrent devant leurs yeux extasiés, et l'ivresse du chant les saisit ».
La même ivresse inspire une autre chanson de femmes [A la Fimminisca). Femmes de marins, cellesci demandent à la Madone le retour des époux, des amants. Et leur voix ne trouve que des sons d'un chromatisme douloureux pour évoquer les images même les plus brillantes, la vision des barques « aux vergues d'argent, aux voiles d'or ».
Quel sérieux, quelle lenteur et quelle rudesse dans les refrains de la pêche du thon, dans ces tiina^ioni, apportées peut-être sur les flots italiques, avec la vieille industrie millénaire, par les pêcheurs phéniciens!
Tristes sont aussi les chansons de la terre. Ce n'est pas « le gai laboureur », celui de Haydn ou de Schumann, c'en est un mélancolique et grave, qui suit, le long des sillons de Sicile, le pas lent de ses jeunes bœufs.
no NOTES BREVES
Mais sous le sol même, quelles plaintes et quelles imprécations! Du fond de la Solfatare, un grondement de colère et de haine est monté. « Malheur! Dans cet enfer nous gémissons. Nous sommes les agneaux à la merci des loups. Sur nous pleurez, pleurez, nos mères ! » Ici la période mélodique, brève, simple entre toutes, n'est composée que de quatre mesures, de deux notes et d'un cri. Mais il est deux fois terrible, il sort d'un double abîme, du sein de la terre et du cœur de l'homme, également profonds, également irrités.
L'amour même, dans les chants de ce peuple, l'amour a peu de douceur.
L'amour, l'amour qu'on aime tant, Est comme une montagne haute.
Oui, comme la montagne sicilienne, comme cet âpre Eryx, où jadis on venait, des extrémités du monde antique, adorer la Vénus Méditerranée. « Plusieurs de nos chants, dit M. Favara, sont extraordinaires par l'impétuosité de la passion et le lyrisme tragique, par l'emportement de l'instinct et les transports de la race. » On en citerait de poignants. J'en sais même un féroce, et le voici :
« J'allai dans l'Enfer. Oh! pourquoi y ai-je été! Je n'aurais pas vu mon amante. Elle me dit : « Chien de « scélérat, tu vois ce que pour toi je souffre. » Et j'ai