‹ Notes brèvesChapitre 27 sur 85 · CHANTS DE LA TERRE ET DE LA MER DE SICILE I I I · texte numérisé non relu

CHANTS DE LA TERRE ET DE LA MER DE SICILE I I I

! répondu : « Pourquoi m'aimas-tu donc? J'en aurais eu i « tant d'autres, et plus belles ! » Les mots ne sont rien. Mais que n'est pas la musique ! En ce dialogue vraiment i infernal, on ne sait qu'admirer davantage, le rythme, le mode ou les intonations, l'ascension de la mélodie ou sa chute, les sanglots ou le mauvais rire, le paroxysme de la colère et du désespoir dans l'apostrophe de la femme, ou, dans l'invective de l'homme, l'atrocité de l'outrage et du mépris.

Enfin, parmi tant de chansons d'Italie, laquelle, comme dit la chanson française, « laquelle prendrezvous » etretiendrez-vous la dernière? Celle que son origine, autant que sa beauté, fait la plus tragique. Elle a pour titre : Alla Barcillunisa^ « sur le mode de Barcellona », petit pays de la côte septentrionale, à quelques lieues de Messine. C'est le reproche d'un frère à l'époux que sa sœur a suivi. « Hélas! que vous avez fait vite! Vous me l'avez emportée, brillante et pure, digne d'un royaume et d'une seigneurie! » Les paroles ne sont que plaintives; mais la musique les anime et les exalte singulièrement, elle les emplit de lyrisme et de désespoir. Après quelques mesures inégales, heurtées, une large cantilène s'élève et se déploie. « Les ailes ouvertes et fermes, cou l'ali aperte e ferme », elle flotte, elle plane. Admirable déjà, si jadis vous n'aviez entendu qu'elle, que de voix aujourd'hui n'entendrez-vous pas

dans sa voix! Songez seulement sur quel rivage ell( est née! Alors vous ne croirez plus qu'elle pleure h vierge ravie, mais la ville, brillante aussi naguère, hiei emportée aussi, en un moment, par le terrible et divii larron, qui vient, il l'a promis lui-même, à l'heure 01 nous ne l'attendons pas.

Le lendemain de la catastrophe, Arrigo Boito m'écrivait avec magnificence : « Messine! Messine! te h rappelles-tu? Elle était comme une tapisserie tendu( pour une fête éternelle sur le rivage de la mer. » Ei voici que l'oraison funèbre de la musique répond celle de la poésie. O chanteurs vagabonds, rapsodes familiers des cités italiennes, vous qu'un violon el qu'une harpe accompagnent, apprenez, quand viendn le printemps, la vieille chanson de Sicile, et, du Non au Midi, sur les canaux de Venise et les quais de Flo-j rence, sur les places de Rome et le môle de Naplesi chantez le deuil de Messine avec les sons tristes e| tendres que l'air de Messine a formés.

Ul^E PAROISSE MODÈLE

Mars 190g.

ouTES le sont, j'en suis sûr, pour la foi et la piété. Mais, pour la musique, je n'en connais qu'une: elle a nom Saint- François-Xavier. Plus que médiocre par les formes, l'église du boulevard des Invalides est admirable par les sons. Le style du chant y rachète celui de Tarchitecture. J'y assistais l'autre jour à de nobles, mais simples, mais vraiment pieuses funérailles. Et je songeais qu'ici toute cérémonie, tout office, de deuil ou de joie, impose à la musique elle-même un caractère religieux; qu'en tout temps, en toute circonstance, c'est ici une maison de prière, l'asile, peut-être unique à Paris, de cet art vraiment d'église, dont le sens esthétique a fait un idéal, et l'autorité souveraine une loi, trop rarement encore obéie.

A Saint-François-Xavier, il y a près de quinze ans qu'elle règne. Ici, les amis de la musique sacrée ont déjà de vieux et chers souvenirs. Dès son installation, bien avant qu'il ne fût question du Motu propî'iOy M. le curé Gréa résolut d'instaurer dans sa paroisse les deux formes maîtresses de la musique d'église : le chant grégorien et la polyphonie alla Palestrina. Pour

seconder un dessein dont sourit alors plus d'un de ses confrères, il rencontra dans M. l'abbé Perruchot un maître de chapelle incomparable. Hommes de goût l'un et l'autre, l'esprit en eux devina, devança la lettre, et quand vint une réforme qu'ils n'avaient point attendue, elle leur apporta moins la surprise d'un commandement nouveau, que l'honneur d'un témoignage, d'une récompense et d'une consécration.

Leur œuvre en fut singulièrement affermie. Le départ même de M. Tabbé Perruchot, appelé par M^M'évêque de Monaco, ne l'a point ébranlée. Sous le maître d'aujourd'hui, rien n'a dégénéré de la maîtrise d'autrefois. Aussi bien celle-ci ne se fonda pas sans peine et sans combat. Je m'en faisais dernièrement retracer l'histoire. Exemplaire à plus d'un égard, elle est une leçon de sentiment esthétique, et de pastorale, ou paroissiale, autorité. Toutes les difficultés, tous les obstacles qu'on allègue ailleurs, je les retrouvai là, mais résolus et franchis.

Vous plaignez-vous d'abord que le recrutement des enfants devienne impraticable? Mais quarante petits « chantrillons », comme on disait autrefois, dont vingt en exercice et vingt en préparation, composent la maîtrise, ou plutôt les deux maîtrises, de Saint-François- Xavier, celle d'aujourd'hui et celle de demain. Pour les former et les retenir, il est vrai que le maître n'épargne ni son temps ni son zèle. Il leur appartient tout entier.

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