UNE PAROISSE MODELE
Chaque jour, et pendant une heure au moins, il les lînseigne. L'été même ne ralentit ni sa bonne volonté iii la leur. Morte saison pour d'autres, pour eux et !)our lui c'est encore la saison de la vie et même de la oie, du travail plus libre, plus léger, et des modestes plaisirs, promenades ou goûters aux champs. Ainsi Philippe de Néri faisait naguère. « Enfant avec les infants, » comme dit une inscription du Janicule, dès jue venait l'avril, il emmenait ses jeunes et mélodieux lisciples à travers la campagne fleurie.
L'engagement de ces petits est-il donc si difficile? \utrefois, le cardinal Sarto — le pape Pie X me l'a aconté depuis — ne craignait pas de les aller chercher ur le pavé même de Venise. Et c'est encore aujourl'hui la manière, une des manières au moins, de Don ^orenzo Perosi, dans cette Rome où déjà, suivant la égende, un maître de chapelle du seizième siècle aurait rouvé le petit Giovanni Pierluigi de Palestrina, un Dur qu'il passait sur la place de Sainte-Marie Majeure, n chantant.
Plus rares aujourd'hui, de tels hasards sont aussi loins nécessaires. Les écoles encore libres fournissent ssez d'enfants à la « chapelle » de Saint-François- ^avier. Quant aux familles, elles cherchent là, m'affirle-t-on, beaucoup moins le profit que l'honneur. Ainsi i musique d'église aurait encore cet avantage, de coûîr moins cher à l'église que la musique de concert ou 'opéra.
Il6 NOTES BREVES
Les parents les mieux disposés ne sont pas, vous le croirez aisément, les fonctionnaires timides ou les médiocres bourgeois, mais les ouvriers, les petits, les pauvres. Musset avait raison : « Les pauvres en tout valent mieux. » On m'a cité pourtant un nom connu, même un grand nom, parmi ceux des enfants de chœur. Pourquoi n'y en aurait-il pas d'autres? Heureux ou riches du monde, pourquoi n'enverrions-nous pas nos enfants à la tribune aussi bien qu'au catéchisme? Ils y recevraient une éducation musicale et liturgique à la fois. Ils en garderaient peut-être, et pour jamais, sur les lèvres et dans l'âme, une double impression de beauté.
Trouver des voix d'enfants n'était rien. L'oreille et le cœur des paroissiens restait à conquérir. C'est pour eux — je veux dire pour les paroissiens de toutes les paroisses — que Massillon parlait jadis et qu'il parle encore : « Les mystères les plus augustes et les plus terribles, égayés par tous les attraits d'une harmonie recherchée, deviennent pour eux comme des réjouissances profanes qui les amusent : ils ne cherchent que le plaisir des sens jusque dans les devoirs d'un culte qui n'est établi que pour les combattre; il faut que la religion, pour leur plaire, emprunte les joies et tout l'appareil du siècle, et qu'un spectacle digne des anges ait encore besoin de décoration pour être un spectacle digne d'eux. »