UNE PAROISSE MODELE
Ils résistèrent longtemps — elles surtout — et par ous les moyens. Celle-ci menaçait de quitter la paroisse -'t d'émigrer. « Ah! soupirait celle-là, comment prier iésormais avec une musique pareille! » Les mères ne se "aisaient point à Tidée de marier les filles sans entendre, rendant Tofîertoire ou lélévation, la « Méditation » de Thaïs. Les amis, sinon la famille, regrettaient le temps, e bon vieux temps, où, suivant une parole authentique, m avait « des enterrements vraiment délicieux ». ' Mais le pasteur n'était pas de ceux-là que leurs brebis •onduisent et qu'elles égarent. Quand on lui disait que a musique de style théâtral plaît à la foule, au peuple' \t l'attire, tandis que l'autre finirait par le rebuter, il e contentait de répondre, avec le patriarche de Venise n un de ses mandements : « Sans compter que le seul )laisir ne fut jamais le vrai aHterium pour juger des hoses saintes, et que le peuple ne doit pas, dans les :hosesquine sont pas bonnes, être soutenu, mais élevé :t instruit, j'ajouterai qu'on abuse, à la fin, de ce mot : e peuple. Le peuple se montre, en réalité, bien plus érieux et dévot qu'on ne le croit d'ordinaire; il goûte a musique sacrée et ne cesse point de fréquenter les ;glises où on l'exécute. »
L'église Saint-François-Xavier en fit bientôt l'expéience et la preuve. Les chants qui devaient la dépeu- )ler l'ont remplie, au contraire, avec surabondance. On .ccourt en foule à ses fêtes et, même aux jours des plus nodestes offices, elle n'est jamais délaissée. Non seulenent les siens ne Font point trahie, mais des étrangers ont devenus siens, et de tous côtés, fut-ce de la pro-
Il8 NOTES BRÈVES
vince, lui viennent des a enfants qu'en son sein elle n^ point portés ». Juste récompense pour elle, et, pour d'autres, leçon qu'on voudrait profitable. Ici la règle est suivie, la beauté comprise, et, par l'effet de la volonté la plus ferme unie à l'art le plus pur, le goût des fidèles et leur plaisir même s'accorde enfin avec leur devoir.
Derrière le cercueil d'un ami, l'autre matin, j'ai senti, j'ai goûté profondément cet accord. Et j'admirais, une fois de plus, tout ce que l'Église, en tout, exige de notre obéissance et laisse à notre liberté. Oui, libérale est sa loi, fût-ce en musique, et cette musique funèbre en témoignait assez. Parmi les morceaux de plain-chant et les pièces polyphoniques, n'avait-elle point fait une place à l'admirable et vraiment liturgique Ego sum, de Mors et Vita ? Vous connaissez, je ne dis pas cette mélodie, mais cette psalmodie, élémentaire et grandiose, où, sur des accords changeants, deux notes seulement retentissent, deux notes invariables, obstinées, et pareilles, au-dessus de ce qui passe sans cesse, à ce qui demeure toujours.
Le Motu propj^io du Saint-Père n'interdit pas de semblables accents. Mais ceux qu'il recommande : le chant grégorien, la polyphonie palestrinienne, ont peutêtre plus d'éloquence encore.
On ne saurait trop féliciter la maîtrise de Saint- François-Xavier d'avoir adopté l'ancien Ameîi « a cap-