INGRES ET LA MUSIQUE I4I
lème : « Ce que c'est pourtant que le beau et le vrai à lire voir à ce diable de monde ! Sais-tu bien que c'est ouloureux de penser à ce que les œuvres même passa^ les nous désapprennent de beau! Le passable n'est pas iditîérent : il est nuisible. Il faut le très bien en tout, ourse nourrir l'esprit aussi bien que le cœur et l'âme. »
Pour Ingres, le très bien, et même le mieux, en muque, ce fut toujours Haydn, Gluck, Mozart et Beetho- 2n; quelquefois tous les quatre ensemble, quelquefois tiacun des quatre à son tour. Nous l'avons déjà vu ommer Gluck le plus grand musicien du monde, illeurs il appelle Haydn « celui qui le premier a tout réé, tout trouvé et tout appris aux autres ». ; Quand Ingres définit Beethoven « un Mozart en élire », il n'exprime pas mal ce qu'il y a chez l'un de us pathétique et de plus violent que chez l'autre. Un Mozart en délire », oui, peut-être; j'aurais aimé •ulement qu'il ajoutât : en un délire sacré. Sut « Beethoven le sublime », qu'il appelle aussi lie grand, le saisissant, l'inimitable », Ingres a trouvé, ans l'histoire ou dans la légende, une anecdote peu {)nnue. Un matin, se promenant aux environs de penne, Beethoven s'était mis à genoux, pour méditer, arvient un convoi funèbre, qu'il n'avait pas entendu, n le reconnaît, on s'arrête et le cortège attend. « C'est ae le génie en travail, ajoute Ingres, est en communi-
cation avec Dieu même. Voilà ce qu'on sent à Vienne, chez un peuple éminemment religieux et sensible. Et voilà pourquoi ce peuple a pu, sans impiété, faire incliner un mort devant un vivant. »
C'est d'un vivant, au contraire, qu'Ingres lui-même, un jour, sut venger le grand mort. La première fois qu'il fut reçu chez le directeur de l'Académie de France à Rome, Stendhal, parlant musique, exprima cet avis : « Il n'y a pas de chant dans Beethoven. » Ingres lui tourna le dos et, la soirée finie, après l'avoir reconduit jusqu'à la porte, il dit simplement au portier : « Je n'y serai jamais pour ce monsieur! »
Il en eût dit bien d'autres si « ce monsieur » avait mal parlé de Mozart. Celui-là, c'est le premier entre les premiers, le seigneur des seigneurs. « On vient d'interpréter Don Juan comme il ne l'a jamais été (Paris, i83o). Que puis-je t'en dire, cher ami? Je suis encore émerveillé. Épouvanté d'un si bel œuvre {sic)^ plus jeune et plus beau que jamais, je peux te dire que cela est beau à faire mal. »
Le soir, dans le salon de la villa Médicis, et quelquefois jusqu'à deux heures de la nuit, c'est Don Juan que le jeune Gounod joue et rejoue sans cesse pour Ingres vieillissant. « Vive Don Juan, chef-d'œuvre de l'esprit; humain! Mozart est le dieu de la musique, comme Raphaël est celui de la peinture. Vive ce divin déclama-