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LA FOIRE SUR LA PLACE

I^^ANS l'avant-dernier volume, qui n'est pas encore fe^^ très ancien, de son Jean-ChjHstophe ^ au moins lans les cent premières pages, M. Romain Rolland a lécrit la foire musicale, ou de la musique, sur la place le Paris. Tous les ans, comme vous savez, elle dure du :ommencement de l'hiver à la fin du printemps. Puis- [ue nous voici en novembre, et qu'elle vient de rouvrir, )renons le guide qui se présente et visitons-la. Lisons es programmes et les réclames, entrons dans les bouiques, écoutons les orchestres et les boniments.

Le guide, vous le connaissez, et il s'y connaît. C'est e musicien allemand, Tartiste imaginaire, ou mieux déal, dont M. Romain Rolland s'est fait le romancier, :t qu'il a fait, peut-être davantage encore, son confident ;t son interprète, le témoin, le juge, en son nom et 30ur son compte, des choses d'outre-Rhin et de celles le chez nous. Cœur naïf et sincère, sans détour et sans irtifice, ignorant l'art de se produire et de se « pousser » lans le monde, Jean-Christophe est un fils de l'Allenagne, mais de l'Allemagne d'autrefois. Il ressemble à

Beethoven plus qu'à M. Richard Strauss. De s vivant, il ne réussira pas à Paris.

Pressé par le besoin, il n'y trouve d'abord que de emplois et des travaux misérables. Un éditeur lui pro pose de « simplifier » le Carnaval de Schumann à l'u sage de la jeunesse et de l'arranger pour six et hui mains. La femme de son logeur lui procure une élèv( de piano, la fille de la bouchère, à quatre francs h demi-douzaine de leçons. Mais le soir, dans sa mansarde, après les hontes de la journée, Christophe, l genoux et pleurant, entend une voix en lui qui répète « Éternel... je suis... je suis... » Et cette révolte, ei surtout cette réponse, a le caractère et l'accent beethovenien.

Jean-Christophe, encore une fois, ne jouera jamais son rôle à la foire. Mais il s'en donne le spectacle, et tout entier. Rien n'est perdu pour lui, ni personne, de la troupe ni du répertoire. Il s'en étonne d'abord, et s'en indigne, vertueusement. Puis il apprend à s'en divertir. L'auteur alors apparaît derrière son héros, et le sourire français, parisien même, se devine à travers le masque allemand.

Vous plaît-il de commencer par la critique musicale? Elle a son estrade et ses bateleurs. Voici l'un d'entre nous, Théophile Goujart. Il est entré « dans les beauxarts » par la politique, et par la politique il s'y est fait une place, au moins une. Ignorant la musique, il est

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