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LA FOIRE SUR LA PLACE

i s'enfonçaient, émergeaient par moments, s'effaçaient de nouveau. Parmi ces lignes, il y avait des dessins ^raides, rêches et secs, tracés comme à Téquerre, qui se repliaient avec des angles pointus, comme le coude d'une femme maigre. Il y en avait d'onduleux, qui se tortillaient comme des fumées de cigares. Mais tous étaient dans le gris. »

Ils sont aussi dans le triste, nos jeunes gens. Ainsi que du soleil, c'est fini pour eux du rire, ou seulement du sourire de la France. Enfin ils sont dans le vague, dans l'abstraction et dans le symbole, car il y a chez eux des musiciens philosophes; à moins qu'ils ne tombent, au contraire, dans l'excès de laprécision, car il y en a, chez eux toujours, dont la musique littéraire ne peut se passer d'un programme, qui l'explique, et d'un sujet, pour la soutenir.

Une autre école s'est fondée naguère, au nom classi que et latin, qui ne fut d'abord que d'histoire et de restauration pieuse ; dans cet ordre, elle a rendu de glorieux, d'inoubliables services. Elle a rétabli des autels anciens; elle en a même élevé de nouveaux, à des dieux avant elle inconnus. Puis elle a voulu former à son tour des disciples, des maîtres, et son second dessein n'égala peut-être pas le premier. Son enseignement parut moins large que son goût. On apprenait là, méthodiquement, « les règles du génie. De laborieux élèves appliquaient des recettes avec beaucoup de peine et une certitude absolue. » Sans doute, elle avait tâché, cette école, de renouveler l'air. « Elle avait ouvert les fenêtres, mais sur le passé seulement. C'était les

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ouvrir sur la cour et non pas sur la rue. ^) Encorj moins sur la campagne. Et puis, comme pour captej les souffles ranimés ou recueillis par elle, elle avail de nouveau, tout refermé. Ce qui manquait le plul aux travaux exécutés en ce docte et sévère asilef c'était la lumière et la joie, la liberté et la vie. « Oh ! qu'il fait bon dehors ! » s'écriait, en sortant de là, Jean-Christophe.

C'est fini. Sur la place, à travers la foire, notre promenade est achevée. Et voici que nous regrettons presque de l'avoir faite avec ce guide, spirituel sans méchanceté, mais sans indulgence et sans illusions; de l'avoir faite surtout au moment où nous sommes, à la veille de rentrer. On a beau vouloir se persuader que Jean-Christophe exagère, on sent, on sait très bien, au fond, tout ce qu'il y a de juste en ses impressions. « Qu'il faisait beau dehors! » Demain, qu'il fera laid dedans, dans le désordre et le tumulte, dans la confusion des idées et des principes, dans la mêlée des œuvres et des partis! Dehors, l'art était si haut, si libre et si pur! Que de fois il va nous paraître abaissé, asservi, déshonoré même, dedans!

Aussi bien, c'est le tort, et non le moindre, de tous ces musiciens, de ne pas s'échapper assez hors de leur musique même. Je ne sais quel formalisme les tue ou les empêche de vivre. « Jamais, entre ces gens, il n'était question d'autre chose que de la forme. Du sentiment.

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