LES PETITS CHANTEURS
très et leurs amis. Ainsi, dans cette compagnie à la fois juvénile et mélodieuse, l'âge même, comme le nom, semble évoquer l'alliance de la musique et du matin.
Il y avait une fois, en Tan de grâce 1906, deux étudiants, collégiens de la veille, qui s'appelaient Pierre Martin et Charles Simon. Comme ils avaient la passion de la musique, surtout religieuse, et celle de la charité, pour satisfaire l'une et l'autre, ils se dévouèrent d'abord aux enfants de la maîtrise, renommée entre toutes, de Saint-François-Xavier. Mais, peu à peu, l'idée et le désir leur vint de faire oeuvre plus personnelle et de rassembler eux-mêmes, afin de les former, des voix et des âmes enfantines. Un beau jour, l'un des amis accourut triomphalement, et dit à l'autre : « J'ai un enfant! — J'en ai deux, » lui riposta son camarade. Trois gamins et quarante francs en caisse : on pouvait commencer, et l'on commença.
Rue Blomet, dans le quartier de Vaugirard, on loua d'abord une espèce de cabane, qui fut, comme autrefois celle d'Assise, la. por:{ioncola de ces nouveaux poverelli. Elle tombait en ruine. De leurs mains, les deux jeunes gens entreprirent de la réparer. L'un se fit couvreur, et l'autre peintre. Avec du carton goudronné, celui-ci bouchait les trous de la toiture; celui-là badigeonnait en blanc gélatineux les murailles, et tous les deux, en travaillant ensemble, chantaient gaiement le psaume
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Nisi Domimis œdiJîcaveiHt domum (Si le Seigneur n'a bâti la maison...).
Le Seigneur fit mieux que la bâtir : il la remplit. Les deux jeunes apôtres s'étaient mis en quête. Ils allaient de porte en porte. Ni les rebuts, ni les mépris éprouvés d'abord, ne lassaient leur opiniâtre douceur. Peu à peu, gagnés par leur jeunesse même, par la franchise et la générosité de leurs sollicitations, les parents et les maîtres leur confièrent, de plus en plus nombreux, les enfants et les écoliers. L'hostilité, la défiance même était vaincue, et le serrurier voisin renonçait à couvrir du bruit exprès redoublé de sa ferraille les voix innocentes qu'il commençait d'écouter.
Déjà d'autres que lui se plaisaient à les entendre. Le i8 juillet 1907, après moins d'un an detravail,la Manécanterie put offrir à ses premiers protecteurs l'audition de quelques motets dans la salle des fêtes de l'Institut catholique. Au mois de novembre suivant, elle faisait, dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, ses véritables débuts de maîtrise. A la fin de la seconde année, le nombre des offices déjà chantés à Paris et hors de Paris s'élevait à soixante.
Entre temps, le petit troupeau, s'accroissant toujours, avait pu trouver un bercail moins étroit, puis un autre, plus spacieux encore. Aujourd'hui, rue Lecourbe, 91, un ancien hôtel, fort simple, mais de bonne apparence, avec une cour plantée d'arbres, est le siège de cette œuvre, qu'un de nos confrères, M. Trogan, a joliment appelée un « patronage harmonieux ».