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LES PETITS CHANTEURS ID

Un patronage, et nous le montrerons tout à l'heure ; aais une maîtrise d'abord et, tel en est le signe distincif, une maîtrise mobile ou volante. Pour être libre de e rendre partout, elle n'a d'attache nulle part. A travers ^aris, à travers la province et la campagne, ils vont, es petits chanteurs errants, pareils à des figures de virail, vêtus de l'aube et de l'amict de toile blanche où la :roix de bois est suspendue. Sans le savoir, ils accomplissent la parole admirable que Pie X un jour nous a lite : « Je veux que mon peuple prie sur de la beauté. » Et n'est-ce pas une chose touchante que, par les enfants du peuple^ le peuple apprenne à prier ainsi !

De cette beauté, support et parure musicale de la )rière, il y a, vous le savez, deux formes par excellence : e chant grégorien et la polyphonie alla Palestrina. Les )etits chanteurs n'en connaissent et n'en pratiquent )as d'autre. Missionnaires ingénus et fidèles de ce iouble idéal, que de cathédrales déjà, que d'humbles ;glises de France les ont entendus ! Partout leur grâce :st la plus forte, et le « monde » même commence à la ubir. Je sais un « grand mariage » qui fut célébré derlièrement aux purs accents de leurs voix. Une reine, irtiste et musicienne entre toutes, protège et récom- )ense en eux le culte de l'art palestrinien, jadis une les gloires de sa patrie. Nos paroisses, nos diocèses, ion contents de recevoir les gentils « chantrillons », les

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invitent. Ms'' l'archevêque de Paris leur disait, il y a quelques mois : « Votre croix est de bois, mais votre voix est d'or. » Enfin, le i<^i" août dernier, dans un brefélogieux et tendre qui les confirme et les consacre, le Saint-Père daignait les bénir au nom du Dieu qui ex ove infantiiim perfecit sihi laiidem, « qui sur les lèvres des enfants a parfait sa louange ».

Ils ne sont pas indignes du plus auguste des témoignages. Et leurs maîtres, auxquels il s'adresse d'abord, l'ont mérité pleinement. « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt? » interrogeait le patriarche, incrédule aux promesses d'un songe. Et nous, visitant un soir la « psallette », ainsi qu'on disait jadis, et l'école, et le patronage de la rue Lecourbe, nous nous disions : « Comment se peut-il que de deux jeunes gens d'abord, puis d'un petit groupe qu'ils ont su réunir, tout cela, tout ce bien et tout ce beau, soit venu ? » L'un des deux, auquel nous le demandions, nous répondit avec simplicité, pour ses compagnons et pour lui-même : « Il suffit de prendre une heure par jour et quatre ou cinq soirées par semaine. »

Ils « prennent », comme ils disent, bien davantage encore. A la classe de chant quotidienne, à deux répétitions hebdomadaires, ajoutez, le dimanche, les exécutions de plus en plus fréquentes, soit à Paris, soit en province, et songez que pour tout leur enseigner, pour les diriger en tout et partout les conduire, les pedts

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chanteurs n'ont que leurs grands amis. Sans compter que ceux-ci, jusqu'à présent, doivent chanter euxmêmes les parties de ténors et de basses, pour fournir l'appoint et l'appui nécessaires de leurs voix masculines aux autres voix, toutes enfantines encore.

Le zèle et le dévouement de ces jeunes hommes ne connaît pas, du moins pour eux, de repos. Mais il assure aux enfants des vacances. A Noirlac, en Berry, dans une ancienne et magnifique abbaye, déserte, hélas ! comme tant d'autres, laManécanterie a trouvé son asile d'été. Là, pendant six semaines, sous la garde de ceux qui ne sauraient en aucun temps les quitter, ils vivent, ces petits, une vie joyeuse et saine, à demi paysanne, liturgique à demi, et toujours chantante, soit à la chapelle, soit à l'une des paroisses d'alentour. On s'en va dans les bois répéter la messe du prochain dimanche. Alors le pays se fait semblable au pays où naguère s'étaient enfuis, craignant la peste, les enfants de chœur d'Aix-en-Provence. Il s'appelait du joli nom de Silvane, et les forêts mêmes y chantaient.

Tant de soins, et si divers, ne sauraient demeurer sans récompense. Ils sont déjà payés de retour. On m'a conté de ces gamins vingt traits de malice et d'ironie autrefois, aujourd'hui de sensibilité profonde. L'un d'eux, au moment de chanter, — c'était à Saint-Germain-l'Auxerrois, — s'émeut et pense défaillir à la pensée que Palestrina, « pour sûr », est dans le ciel et va les écouter. Un autre, informé qu'un incrédule se trouve dans la foule, s'écrie : « Eh bien! s'il ne se convertit pas en nous entendant, ça sera rare! «

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Eux du moins sont dociles à toutes les leçons. On ne leur en plaint aucune. On ouvre à tous les souffles purs leurs esprits et leurs âmes toutes grandes. Aux murs blancs de leur salle de répétition, j'ai vu les photographies des chefs-d'œuvre fameux. Sur la cheminée, le Christ d'Amiens, sublime et doux, souriait et semblait redire : « Tout ce que vous ferez à ces petits... » Encore une fois, il n'est pas de bien que là-bas on ne leur fasse. Et ce bien, tout ce bien les suivra désormais : leurs maîtres d'aujourd'hui resteront leurs amis, leurs guides, leurs conseillersde demain et de toujours.

Alors, le mot que ces jeunes gens m'avaient dit me revint en mémoire. Étudiants, sur le seuil au moins de leur carrière, si même ils n'y sont pas entrés déjà plus avant, le temps qu'ils « prennent », qu'ils se prennent, à eux, et qu'ils donnent, c'est le superflu de leur travail ; mais de leur loisir, et de leur plaisir, de leur plaisir surtout, ne serait-ce pas le nécessaire? Oh! le pur, le généreux sacrifice ! En vérité, devant l'âge qui vient, l'âge qui s'en va, le nôtre, aurait quelque raison de rougir. Que nous étions loin, naguère, de cette ardeur parfaite, de cette foi et de cet amour! Rappelezvous le jeune homme romantique : « // 7i' avait pas vingt ans, il avait abusé, » et la suite. Mais voici qu'un autre jeune homme a paru, qui fait de ses vingt ans un autre usage. Je vous ai montré son œuvre, ou du moins une

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de ses œuvres. Il me plaît, je l'avoue, qu'elle soit musicale et qu'elle le soit toute. Elle va plus loin que la musique, elle monte plus haut. Mais elle a la musique pour principe et pour base. Ici la beauté sonore — et laquelle! — est l'ouvrière et la compagne de la charité.

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