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LA JEUNESSE DE SCHUMANN

rive, lorsque je cause avec quelqu'un, de regarder plutôt en Tair qu'à mes pieds, elle marche toujours der- "ière moi et, pour que je ne tombe pas, elle m'avertit à :haque pierre, en me tirant par la manche. » Elle ne :essa jamais de marcher et de veiller ainsi. Interprète îloquente et plus tendre gardienne encore du génie le Schumann, M™^ Schumann en avait pris la tutelle ;ainte. Elle en eût achevé le salut s'il avait pu être sauvé.

Le mal qui Tégara l'avait menacé de bonne heure.

adolescent, Schumann se plaignait déjà d'être trop sen-

;ible. L'hiver le plongeait chaque année en un trouble

profond. Il eut toujours de la mort une peur fiévreuse,

nfantine, il en convient, et qui le mettait littéralement

lors de lui. Rien que la pensée du malheur même d'au-

pi le faisait défaillir, au point qu'il suppliait chacun

le lui en épargner la nouvelle. Parlant d'un ami fort

lalade : « S'il meurt, dit-il, ne me l'écrivez pas, au nom

u ciel. » Par moments, une intolérable angoisse l'en-

ahit tout entier. Alors il ne se contient plus, il rêve

e se transporter dans un autre corps et de s'enfuir

pur l'éternité. « Si vous me demandez le nom de ma

ouleur, je ne peux vous le dire. Je crois que c'est la

ouîetir elle-même. » A vingt-cinq ans, la perte d'une

elle-sœur le jeta dans une crise dont il ne se souvint

mais sans épouvante. On sait le progrès de son mal, ' que sa folie, un soir d'hiver, l'entraîna sous les flots a Rhin.

l68 NOTES BREVES

Le vieux fleuve l'avait attiré dès sa jeunesse. Alors, sur les eaux d'un vert sombre, au chant des rossignols du rivage il aimait à mêler ses premiers chants. Et les derniers viendront s'éteindre dans le courant sacré. Vater Rheinl Fleuve paternel, fleuve mortel aussi! Les yeux de Beethoven enfant l'ont regardé, Wagner en a sondé le lumineux abîme, et le génie de Schumann y demeure enseveli.

LE <i S T ABAT » DE PERGOLÈSE

Samedi Saint, 1910.

ouRQUoi celui-là plutôt qu'un autre? plutôt que trois autres, également fameux et beaux égale ment : le Stahat liturgique , celui de Palestrina et celui de Rossini? Parce qu'il y a cette année deux cents ans que naquit à Jesi, petite ville des Etats du Pape, le musicien qui peut-être a chanté de la voix la plus tendre le poème de douleur maternelle qu'avec d'autres accents l'Église hier a chanté.

Sur les vingt strophes, de trois vers chacune, dont se compose le texte, récit et prière tour à tour, Pergolèse en a mis douze en musique. Et cette musique, diverse par la forme et par le sentiment, tantôt contemplative, tantôt, au contraire, animée et comme « allante », mêle parfois l'éclat et le lyrisme de l'ode à la tristesse de l'élégie sacrée. Mélodique d'abord et surtout, le Stahat de Pergolèse me paraît marquer dans l'histoire de la mélodie italienne le point de la perfection et le moment

ÏJO

de l'idéal. Mélodie que l'Italie avait faite et que trop tôt elle allait défaire; mélodie profonde, qui vient de loin et qui va loin ; mélodie étendue aussi, qui se développe, s'organise en périodes, en groupes ordonnés et dépendants comme les membres d'un corps harmonieux, * tantôt une seule voix la chante, tantôt elle se partage entre deux voix, et le rapport des notes combinées, dans ces duos, n'a pas moins de justesse que, dans les « airs », celui des notes successives.

Deux voix, jamais davantage, et qui ne sont que de femme. Pergolèse a trouvé celles-là seules assez douces, assez pures, pour exprimer la douleur de la Vierge mère et pour y compatir. Aussi bien l'œuvre entier de l'artiste a subi l'influence, le charme féminin. Des figures féminines gardent sa mémoire et pourraient orner son tombeau. Elles seraient de plus d'une sorte, et peutêtre s'accorderaient malaisément. Hardie, et même un peu davantage, voici la première de toutes, la serva padt^ona. Coquette, mais seulement coquette, une autre sourit auprès d'elle, non plus héroïne de comédie, mais de romance, et qui chante ceci, malicieusement : u Si tu m'aimes, si tu soupires pour moi seule, petit berger, je plains ton martyre et j'aime ton amour. Mais si tu penses que je te doive aimer, toi seul, en retour, alors, petit berger, il est fort possible que tu t'abuses. »

Ce sont les notes, plus que les mots, qu'il faudrait ici vous citer. Mais du moins vous connaissez l'air d'une autre chanson, la fameuse Sicilienne : Tre giorni son che Nîiia. « Il y a trois jours que Nina sur sa couche est étendue. Fifres, timbales, cymbales, éveillez ma

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