LA MUSIQUE CHINOISE
tteste son rang, son prestige et sa faveur; tout, jusqu'à 1 poétique nomenclature des diverses parties qui le orment, jusqu'au style, à la méthode, aux dispositions rescrites pour en jouer bien. Les cordes sont de soie, 1 caisse est de bois laqué noir. Deux échancrures se omment les reins et le cou; deux cavités de la table iférieure représentent « l'étang du dragon » et « le assin du phénix ». Un esprit, une âme habite entre 3s planchettes sonores, une âme « limpide », et, pour u'elle s'éveille et chante, l'âme de l'artiste et celle les lieux mêmes lui doit ressembler. « Trouver pour Duer du luth un lieu de limpidité, ce n'est pas difficile... /lais le son vient du cœur... Pour que les doigts exécu- 2nt leur office, il faut se trouver dans une disposition armonieuse... Si la disposition est harmonieuse, l'âme ossède la limpidité... Pour avoir un son limpide, on ive la souillure de l'humeur, on détend l'ardeur des mtiments; de dessous les doigts on balaye toute pason et sur la corde on fait régner la pureté... C'est le ^yon clair dans l'eau profonde. Le sage qui possède la lison doit y parvenir sans effort. »
, Voilà des choses que peut-être, dans nos Conserva- )ires, on ne ferait pas mal d'enseigner.
j L'idée ou Tidéal chinois de la musique paraît être le lus noble et le plus pur, le plus raisonnable aussi que spuis les Grecs — ou peut-être avant eux — aucune
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race ait conçu. Tout de la musique, et tout en elle, son origine, sa nature, sa mission, ou sa vocation, et son empire, a gardé là-bas à travers les âges le signe d'une spiritualité supérieure et que nous avons trop oubliée. Le Mémorial de la Musique, introduit dans le Mémorial des Rites, ou Li-Ki , un siècle avant notre ère, mais que l'on croit avoir été rédigé beaucoup plus tôt, pose d'abord ce principe : « Si une note se produit, c'est dans le cœur humain qu'elle a pris naissance. » Et du coup, du premier coup, voilà réprouvée la doctrine, funeste entre toutes, de l'art pour l'art et d'une musique insensible, inexpressive, égoïste et vaine, faisant de soi-même son unique et misérable fin.
Mais il y a plus encore. Si toute musique naît d'une émotion, toute musique provoque une émotion en retour. « D'une part, écrit un commentateur, le cœur humain excite la musique, dont les sons naissent en raison de son action; d'autre part, la musique excite le cœur humain, dont les dispositions changent conformément aux sons musicaux. » Il se forme ainsi comme une chaîne sans fin, un commerce perpétuel entre le son et l'âme, entre les forces du son et les forces de l'âme, disait le regretté Charles Lévêque, et c'est là tout l'être de la musique, toute sa beauté, toute sa vertu.
Création de l'âme humaine, la musique est encore un don royal. Institution d'État, le peuple la reçoit du souverain. Elle est le fait du prince, et son bienfait aussi. La dynastie des Yin, du dix-huitième au douzième siècle avant notre ère, avait établi la musique Tà- Hoù (la grande protection). Pendant les quatre siècles
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iuivants, sous l'autorité des Tcheou, régna la musique
"à-Où (le grand courage). Les hymnes du Livre des vers
assent pour avoir été composés par les empereurs des
rieux âges. « Ils en ont disposé les sons par principes.
Is ont fait en sorte qu'ils fussent suffisants pour donner
a joie, mais sans licence; que les paroles fussent suf-
santes pour exprimer le sens, mais sans prolixité;
ue les strophes et les divisions, la multiplicité et la
areté des sons, leur modération et leur plénitude, les
aterruptions et les reprises, fussent suffisantes pour
oucher le cœur dans ce qu'il y a de bon, et rien de
lus. »
Les temps, comme les lieux, sont divers, et les maîtres )olitiques de l'Occident moderne ont été rarement pour ijides maîtres de musique. La romance dite de Marie- Antoinette n'est pas authentique. Partant pour la Syrie l'eut en France qu'un règne de peu d'années, et je ne ache pas que certain Hymme à^gir, oeuvre d'un com- )Ositeur impérial, soit devenu le type ou le « canon » le l'art musical allemand.
Principe et don de vertu, la musique chinoise l'était )Our chacun et pour tous. Avec l'ensemble des formalités ou des cérémonies qu'on nommes les « rites », non moins précieux et non moins efficaces qu'elle-même, ûle se partageait le soin de la morale publique et privée. |Les rites ordonnent les dehors de la vie, la musique en
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règle le dedans. « Les rites prescrivent à l'homme les attitudes qui conviennent à son rang et à sa situation ; la musique atteint son cœur. »
Sous l'une et l'autre influence, tout prospère et s'accorde. Le monde physique même obéit à ce double pouvoir. « Lorsqu'un grand homme instituera la musique et les rites, alors le ciel et la terre resplendiront. Le ciel et la terre seront heurjux de leur accord; les principes mâle et femelle se réaliseront mutuellement; l'influence spirituelle et l'influence matérielle protégeront et développeront les dix mille êtres. Ensuite les herbes et les arbres seront luxuriants; les pousses et les bourgeons perceront; les plumes et les ailes battront; les cornes et les ramures naîtront; les insectes brilleront et reprendront vie... C'est la musique qui en décide ainsi. »
Ainsi, reprendrons-nous à notre tour, ainsi rien n'échappe à ces spéculations, morales ou cosmiques, pour le moins aussi vastes que celles de l'antiquité pythago- j ricienne, et dans la pensée ou le rêve de l'Orient comme dans celui de la Grèce, Véthos de la musique embrasse et régit tout l'univers.
Si nous revenons, si nous redescendons maintenant à la musique réelle, à la seule musique, nous allons voir avec quelle profondeur et quelle sagesse à la fois de prétendus Barbares, il y a des milliers d'années*
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'avaient conçue. Sans mépriser la science, ou la techlique, ils ne lui donnaient pas la première place. Plus oin, plus avant que la matière et la forme, ils allaient :hercher Tesprit. Dans les cérémonies, le maître, ou le )rofesseur, « regarde le Nord », c'est-à-dire occupe le dernier rang. Le côté du Sud est réservé au « sage ». D'après une triple et subtile distinction, « ceux qui connaissent les sons et ne connaissent pas les notes, ce sont les animaux. Ceux qui connaissent les notes et ne connaissent pas la musique, ce sont les hommes ordinaires. Seul, le sage peut connaître la musique ».
Ainsi la musique est autre chose, plus que les sons et que les notes mêmes. Il convient, pour qu'elle soit parfaite, qu'elle n'abuse pas des moyens ou du matériel sonore. « La plus grande musique est toujours simple; les plus grands rites sont toujours modérés. L'excellence de la musique ne consiste pas à pousser les notes à bout. Un vieil hymme, très vénérable, de la Chine, se chantait, paraît-il, aux sons d'un luth percé, pour faire moins de bruit, et je ne sais quel Empereur ordonna de couper la moitié des cordes d'une cithare, qui l'avait trop violemment ému.
Nul excès dans la musique; aucun excès de musique non plus. Que jamais elle n'abuse de rien et que jamais on n'abuse d'elle. « S'il y a trop de musique, il y a licence. » Oh! la belle, salutaire pensée, et comme il fau-
drait l'écrire, celle-là, non seulement au fronton de no; conservatoires et de nos théâtres lyriques, mais sur lej portes de nos maisons, à tous les étages î Car il y a troj: de musique aujourd'hui. Il y en a trop dans nos salons, trop (et laquelle!) dans la plupart de nos églises, tropl dans nos concerts, trop dans nos symphonies, dans nos opéras, en un mot, dans notre musique même, et tout entière. Aussi bien, quand je parle de la nôtre, j'entends également celle d'autrui : tous les auditeurs d'une symphonie de Gustav Mahler ou d'une Salomé ne me démentiront pas.
Parlant du luth chinois, le délicat historien de la musique chinoise en a béni la douceur. Il a dit « la gravité suave de la soie chantante au-dessus du bois noir ». Et dans une bien jolie page, achevant d'étudier cette musique du luth, il ajoute : « Elle est sœur du silence; elle ne paraît que s'il l'accompagne, et ce n'est pas là un de ses moindres bienfaits. » Dans le livre que nous venons de lire, ce n'est pas là non plus une des moindres remarques. Elle va plus loin qu'il ne semble. Vérité de détail, elle est le signe ou le symbole d'une plus large et plus profonde vérité. Prenons-la, méditons-la, nous tous musiciens d'Occident que nous sommes, comme une leçon de sobriété, d'épargne et de sagesse que donne le vieil Orient à notre siècle d'intempérance, de profusion et de folie.
igio.
E comprends, a-t-il écrit quelque part, ce que la musique dit au cœur, et fort peu ce qu'elle idit aux oreilles. » En vérité, le premier de ces deux jlangages n'est pas le moins difficile, et ceux qui le comprennent pourraient bien n'être pas les plus mauvais jmusiciens.
I Veuillot savait peu la musique, et l'histoire musicale jencore moins. Dans un sonnet à deux jeunes mariés, iparlant à ses vers eux-mêmes, il dit :
S'ils ne sont pas au bord du ruisseau, sous le tremble, Tournez vers les maisons. Deux voix chantent ensemble; Si vous reconnaissez Palestrine ou Mozart, , C'est là...
Alors, il était permis d'ignorer qu'il n'y a pas de duos dans Palestrina.
Veuillot ne savait pas la musique, mais il l'aimait. L'été surtout, non moins que la nature, elle charmait son repos :
Les champs, la musique et la mer Remplissent nos promptes journées; Sans emporter un songe amer, Les heures passent étonnées.
Il l'aimait sérieuse, et surtout sacrée, mais alors vrai ment liturgique. « J'ai besoin, écrit-il à Dom Guéranger de respirer l'air monastique et de placer pendant quel ques jours mon pauvre esprit dans un courant d'air pur entre les chants des moines et les chants des oiseaux Je traînais un tournant vague. Tout à l'heure, en écou tant et subissant un motet du P. Lambillotte, formé de roucoulements de chantres et accompagné de roule ments d'omnibus, j'ai su ce qu'il me fallait. »
Ce qu'il lui fallait, c'était, à l'église, la musique de l'Église. C'était, près d'un cercueil, le Dies irœ , « c( chant que tout le monde connaît, qui retentit danî toutes les âmes comme la voix même de la douleur » Alors, et malgré son admiration pour le Requiem d'ui Mozart, il se demandait : « Comment habituer l'oreilL de l'auditeur au déguisement dont la musique revêt ce: paroles saintes, qui, sous le chant sobre de l'Église, dé pouillées de tout vain ornement et enveloppées, comm les morts, seulement de leur suaire, parlent si bien 1 langue du cœur? »
Autant il goûtait la musique, autant il en haïssait h parodie et la profanation. « Je vous avouerai qu'um de mes désolations dans Paris est de voir comme on macule cette pauvre musique et tous les vils offices qui fait cette chose si noble, si touchante et quasi sacrée.
Sur Thérésa, sur les chansons « Thérésales » et plu généralement sur le café-concert, Veuillot a laissé de pages célèbres, les unes violentes, les autres mélanco liques et presque attendries. Il a plaint encore plus qu blâmé telle imitatrice lointaine de la chanteuse popu
[aire, « pauvre chétive personne qui se démenait dans an lieu visité par la mort commerciale, sous un gaz .jui semblait ne brûler qu'à regret, comme tremblant de n'être pas payé ». Même indulgence pour le «numéro » suivant : « Ce fut un violoniste qui parut. Il avait du talent. Il y a dans Paris des centaines... d'exécutants de toute sorte... qui se jouent de toutes les difficultés, sauf de la difficulté de gagner trois francs. » iEt je trouve un goût savoureux à cette critique, à cette ironie, qui se mêle et se tempère de pitié.
•J'ai reçu dernièrement une vieille brochure (elle a cinquante ans passés) qui porte ce titre : La Musique au point de vue moral et religieux, par M*"« Marie Gjertz. La personne qui me l'envoyait, la propre fille de l'auteur, m'assurait que Veuillot y avait trouvé la révélation de la musique. J'ai lu ces pages. Un grand, et Igrave, et mystérieux sujet y est traité d'une manière souvent apocalyptique. Et je sais bien qu'apocalypse veut dire, en effet, révélation. Mais tout de même je m'entends, et là je n'ai pas tout entendu.
La question, encore une fois, est de celles qui se posent et s'imposent. Mais quel musicien il faudrait, quel moraliste et quel théologien, non pas même pour la résoudre, pour la définir seulement! L'auteur a raison de croire que le beau véritable, sous aucune de ses formes, ne saurait être étranger, encore moins con-
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traire au bien, et que la musique elle-même peut n'être point inoffensive. C'est une très noble et très juste façon de concevoir une sonate, que d'en rapporter les trois parties à la douleur, à la méditation et à la joie. On y trouverait peut-être moins aisément ces trois signes ou ces trois étapes du sentiment et du fait religieux : la chute, l'attente et la rédemption. « Si Mozart est resté le maître des maîtres, c'est parce qu'il nous donne toute l'abondance des mouvements du cœur, toujours exalté par le besoin de sacrifice, toujours contenu par l'humilité, mais toujours souffrant, hélas ! parce que ses affections ne sont pas toujours au Ciel. « Dans ce portrait de Mozart et comme à travers un voile mystique, il y a bien de la vérité.
N'allons pas plus avant, de peur de nous perdre en d'étranges théories (et dans leurs suites, plus singulières encore) de musique et de théologie combinées, ou plutôt confondues. Veuillot, plus heureux et plus expert, s'y retrouvait. Berlioz, ayant lu cet ouvrage, se permit d'en sourire. Et le sourire de Berlioz était rarement sans malice. Veuillot défendit le petit livre et retourna Tironie — il s'y entendait — contre l'agresseur. A la fin de son article, Berlioz s'excusait de n'être ni philosophe ni théologien. Veuillot lui souhaita, malicieux à son tour, de le devenir, ne fût-ce que « pour écrire des messes qui continssent moins de fanfares et plus de prières ». Et contre le Requiem du maître, avouons que le trait ne portait pas si mal. D'autres, avec plus de rigueur, avaient moins de justesse. Il est faux que Berlioz n'ait « pu faire faire à l'art une seule
:onquête dans le domaine de l'esprit, toute sa musique le se composant que d'innovations purement maté- •ielles ». Mais reconnaître dans son œuvre, inégal et iésordonnément romantique, « les éléments d'un mé- "ite élevé et comme les débris d'un véritable génie », :et éloge, sous cette réserve, ne paraît pas aujourd'hui ii loin de la vérité.
A beaucoup d'égards, Veuillot semble avoir fait sien e petit manuel musico-mystique. Il en a quelquefois idopté jusqu'aux erreurs. Et n'en est-ce pas une, impuable à je ne sais quel pieux excès, que de réprouver un Beethoven, d'appeler son héroïsme bravade et forfanjerie, résignation dans le désespoir, « dernier terme de 'offense de Tàme contre Dieu » ! Faux martyre, celui .'un Beethoven! Où donc alors trouverons-nous le vé- ,itable? Beethoven maître souverain du « rythme d'orueil »! Mais plutôt, parmi les enfants des hommes, 3quel a jamais compté, noté les battements plus fiers, lus vraiment chrétiens, d'un plus sublime cœur!
Et Veuillot, pourtant héroïque à ses heures, Veuillot, apable du martyre sans doute, a pu souscrire à d'aussi urs reproches. Veuillot n'a pas craint de signer et de Duligner ceci : « Beethoven a été aussi loin que l'on eut aller ^ar le seul instinct. »
Veuillot parfois a méconnu Beethoven, mais d'autres nt été par lui bien connus. Il a compris — en iSSy —
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et recommandé, malicieux toujours, à Berlioz, le Credo de la Messe du pape Marcel et l'Ovo^omne^ de Victor! Sur Haydn, il a écrit ces quatre vers :
Haydn est la candeur qu'un feu céleste anime; Il ne voit point le mal, il ne l'a pas connu. Il rêve, il prie, il chante. En son cœur ingénu Il croit n'être qu'heureux alors qu'il est sublime.
Enfin et surtout il a chéri Mozart. Dans un spirituel sonnet, il s'est même chargé de le défendre. Une diva, c'est le titre de ces vers, qui pourraient s'adresser, encore et toujours, à plus d'une :
Votre voix est souple et légère, Vos doigts sont souples et légers.
Liszt même est pour vous sans dangers.
Le reste n'est pas votre affaire.
Les lions paraissent enragés Quand vous chantez un air de guerre; Chantez-nous un air de bergère, Soudain les lions se font bergers.
Multipliez vos entreprises :
Caprices, polkas, vocalises.
Tout est permis à tant d'appas;
Attaquez tout. Qu'on en fabrique!
Mais Mozart, c'est de la musique; Charmant objet, n'y touchez pas.
Il y a touché, lui, d'une main pieuse. Il a beaucoup admiré le Requiem. Beaucoup et non pas trop, ainsi qu'il convient, la dernière œuvre de Mozart n'étant pas
in effet son chef-d'œuvre, et cela pour des raisons que l'euillot a très bien vues et non moins bien exprimées. Il a dit aussi des choses fines sur une certaine sonate, jn la majeur, du maître qui fut le plus sien. Il a chéri 3n âme autant que son art, heureux de trouver en sa lie, en son œuvre, plus que l'union, l'unité du génie it de la foi.
I Jusque dans le « parfum de Rome », Veuillot a cru ^ntir comme un effluve de musique, et de la musique je Mozart. Il est impossible de ne l'y point reconnaître [ de ne l'y point respirer après lui. Sur le seuil de aint-Pierre, il a rencontré deux pèlerins, bien diffé- :;nts, que le siècle d'avant son siècle, à seize années fintervalle, avait vus passer. L'un entra sans respect, in jeune rebelle : c'était Wolfgang Gœthe. Le second, jn autre Wolfgang, enfant docile, « honnête enfant ^tholique », alla tout droit au saint Pierre de bronze, :, parce qu'il était trop petit encore, il fallut hausser isqu'au pied usé par la dévotion des âges les lèvres
le Mozart.
; Mozart et Gœthe! Veuillot commence ici par les pposer en un diptyque éclatant. Noble, grave, est le ortrait de Gœthe, attristé par le noble regret, pour m tel peintre, de ne pouvoir, sur le front de son moèle, trouver le signe de Dieu. « Nous avons vu passer : Pape, écrivait Gœthe, rien ne nous a manqué. » lais Veuillot de répliquer aussitôt : « Une chose lui lanqua quand passa le vicaire du Christ : c'est de se lettre à genoux... Alors le parfum de Rome serait atré tout entier dans son âme et l'aurait embaumée
pour toujours; il y serait devenu parole, comme dan: l'âme chrétienne de Mozart. »
Mozart chrétien, Mozart innocent et délicieux, Mo zart enfant alors et toujours, oh! comme en celui-lè Veuillot s'est complu! Un instant, à la fin de son parallèle, il a même essayé de réconcilier Mozart ei Gœthe, Don Giovanni et Faust, et de résoudre dans « l'harmonie du parfum de Rome » l'antithèse par luimême posée entre les deux chefs-d'œuvre et les deux génies. Pourquoi pas, après tout? Et Gœthe n'avait-il pas cru cet accord possible, quand il se demandait,, avec Eckermann, si le meilleur, le seul musicien de son Faust n'eût pas été Mozart?
Sous les voûtes romaines, devant la sombre et sainte effigie du Pêcheur, le petit Mozart apparaît le plus grand. « Ah! s'écrie alors Veuillot, cette auguste statue de saint Pierre, quand je la verrai désormais, je verrai aussi dans le groupe des fidèles, parmi ces riches, parmi ces pauvres, parmi ces enfants, je verrai le petit Mozart, posant sur le pied de bronze ses lèvres d'or, d'où tant de belles mélodies ont pris leur vol... »
Quel musicien et quel croyant, après Veuillot, n'a fait et tenu cette promesse! Ici, au centre, au cœur même de l'Église, l'Église a reçu, dans le baiser de Mozart, l'hommage et le don de la musique entière. Il st juste qu'un grand serviteur de l'Église et qu'un ami art en ait évoqué la vision et fixé le souvenir.