DE SAINT-SAËNS
Novembre igio.
L eut, le mois dernier, soixante-quinze ans. Fêtons ses noces plus que d'argent et d'or avec a musique, plus même que de diamant, car le mot que lous disait Gounod est la vérité : « Saint-Saëns avait :inq ans, que déjà il n'avait pas d'inexpérience. »
Alors il savait déjà quelles notes sonnait la pendule, en quel ton la bouilloire chantait. Vingt traits semblables de son enfance paraîtront un jour empruntés à la légende. Mais Thistoire, et la nôtre, celle de notre musique, et de la meilleure, a déjà consacré Toeuvre de :;oute sa vie.
En cet oeuvre de plus d'un demi-siècle, rien ne nous est étranger : entendez que rien n'y est contraire ou seulement extérieur au génie de notre pays et de notre race. Un Saint-Saëns — il convient de Ten remercier d'abord — n'a rien sacrifié, rien soumis de lui ni de
nous à personne. Sur son front libre, le jour wagnérien même ne s'est point appesanti. Ni les théories ni les pratiques dramatico-musicales de Wagner n'ont trouvé dans Saint-Saèns, les unes un adepte, les autres un imitateur. Musicien de la Bible, de l'histoire et de la poésie, le musicien de Samson et du Déluge, de Henri VIII et de la Lyre et la Harpe, ne le fut jamais de la légende. Le leitmotiv dans Ascanio semble beaucoup moins employé par système que par jeu, par fantaisie de virtuose. Enfin, s'il est juste d'appeler Saint-Saëns un maître de l'orchestre et de la symphonie, c'est donc que ni par l'un ni par l'autre jamais il ne se laissa faire la loi.
Sans doute (il l'a déclaré le premier, et très haut), l'auteur de la Danse macabre et du Rouet d'Omphale, de Phaéton et de la Jeunesse dHercule, est redevable aux « Poèmes symphoniques » de Liszt de l'idée au moins, sinon du style des siens. Mais longtemps avant Liszt, et chez nous, dans l'œuvre pour piano d'un Rameau, dans l'œuvre, si différente à d'autres égards, d'un Lesueur, le maître de Berlioz, Saint-Saëns avait pu rencontrer et reconnaître comme nôtre le genre de la musique à programme ou à sujet.
En dehors, au-dessus des Français, il est certain qu'un Saint-Saëns a tenu pour les maîtres des maîtres un Bach, un Mozart, un Beethoven. Surtout un Bach, et le musicien de Proserpine est peut-être le seul des nôtres chez lequel on signalerait avec précision quelque réminiscence de Jean-Sébastien. Cependant, s'il ressemble à ceux-là, c'est en ce qu'ils eurent moins de