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LE JUBILE ARTISTIQUE DE SAINT-SAENS IQS

national que d'universel, en ce qui fait d'eux les classiques par excellence, de tous les pays comme de tous les temps.

Classique, Saint-Saëns est cela d'abord, et, si je disais seulement cela, je ne croirais ni le rabaisser ni le réduire. Classique a toujours été chez nous ce que nous avons eu de plus grand et de plus nôtre. C'est pourquoi la France aurait tort de saluer en Berlioz, au lieu du plus extraordinaire ou du plus exorbitant, le plus français de ses musiciens. Je ne prétends pas qu'un Saint- Saëns nous honore davantage, mais sûrement il nous représente mieux.

Classique, Sainte-Beuve entendait par là d'abord, au sens latin, l'excellence et le premier rang. Le terme implique en outre, autant que la grandeur, et dans la grandeur même, l'ordre et la discipline, la proportion et l'équilibre; jusque dans le lyrisme et l'effusion, la retenue et la maîtrise, une forme enfin, ou un style, dont la force du sentiment, voire sa violence, respecte la pureté. Un admirable «compositeur », on appellerait volontiers Saint-Saëns de ce nom, si le mot disait moins mal et moins pesamment ce qu'il veut dire, s'il ne semblait désigner, au lieu du talent et de l'art, le travail et la profession. Mais comme il « compose », le musicien de la Symphonie en ut mineur! (pour ne citer que son chef-d'œuvre de musique pure). Comme chacune de ses idées, claire en soi, l'est aussi par rapport aux

autres, par tous les rapports qu'elle soutient avec toutes les autres !

Classique à tant d'égards, ladite symphonie l'est d'une façon que peut-être on n'a point assez remarquée. Hormis Vadagio d'abord et puis, dans les autres parties, les épisodes accessoires, l'œuvre entière a le thème initial pour sujet unique, présent partout et partout renouvelé. Beethoven lui-même ne poussa pas aussi loin l'unité. Et que ce soit ou non, dans le sens esthétique, un progrès, c'est là du moins le signe d'un classicisme plus rigoureux. Comparable à l'unité de temps et d'action de notre tragédie littéraire, cette unité régit pareillement la tragédie sonore, elle la rassemble et la resserre, sans l'étouffer.

Autre tragédie, également classique, non plus idéale, mais personnelle et concrète, voilà le chef-d'œuvre de Saint-Saëns au théâtre. Notre musicien du dix-neuvième siècle ne s'y montre pas indigne ou seulement éloigné de nos poètes du dix-septième ; et si jamais accord ou mélodie mérita de rappeler un YQïsd^Athalie ou âCEsther, c'est une mélodie, un accord de Samson et Dalila.

Classique sans réserve, Saint-Saëns l'aura été sans retour. Il se sera plu toujours davantage à simplifier, à clarifier et, plutôt que d'accumuler, à choisir. Aujourd'hui, sachant tous les moyens, loin de les prodiguer, il les épargne. Il allège la matière sonore, et, pour ainsi parler, il la sublime, au lieu, comme font tant d'autres, plus jeunes, de l'accroître et de l'alourdir.

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