‹ Notes brèvesChapitre 50 sur 85 · LE JUBILE ARTISTIQUE DE SAINT-SAËNS I · texte numérisé non relu

LE JUBILE ARTISTIQUE DE SAINT-SAËNS I

Après les caractères de l'œuvre de Saint-Saëns, en rappellerons-nous l'étendue et la variété? Rien de la musique entière ne fut étranger à ce musicien. Il a touché toutes les cordes de la lyre. Musique de théâtre ou de chant, musique pure, musique à programme ou à sujet, laquelle participe en quelque sorte des deux premières, Saint-Saèns a régné sur les trois grandes provinces du royaume des sons. Pour ceux-ci, tantôt il a cherché, tantôt négligé le secours ou le concours du verbe. Et puis et surtout il n'a point estimé que la musique associée à l'action ou à la parole fût une chose, et que la musique seule en fût une autre. Musicien dramatique ou lyrique et musicien tout court, il est le même musicien, par quoi l'unité de sa nature et de son œuvre nous semble encore affermie.

Maintenant, quittant l'analyse technique, on aimerait de rechercher les sentiments, sensations et spectacles, les divers ordres de la pensée, de la passion, de la vision même, dont un Saint-Saëns laissera des représentations sonores. N'est-ce point à cela que le talent, voire le génie, se reconnaît en somme et se mesure? En un tel recensement, ni les grandes idées ne manqueraient, ni les grandes images. Samson et le Déluge font peutêtre assez d'honneur au musicien religieux, ou plutôt sacré. Certaine page — radieuse — de Phryné, quelques autres, charmantes ou magnifiques, de la Lyre et

la Harpe, comptent parmi les plus purs hommages que l'art moderne ait rendus au génie de Tantiquité. Quant à l'antithèse de ce génie même avec celui du christianisme, la Lyre et la Harpe également nous en offre la figure, plus sensible et plus saisissante encore par la musique qu'elle ne l'était jusque-là par la seule poésie.

La nature? Le musicien biblique du Déluge en imita les puissances terribles; le musicien voyageur de la Suite algérienne et de la Nuit persane, du cinquième concerto pour piano et d'autres œuvres exotiques en a su rendre les aspects lointains. Musicien de paysages, Saint-Saëns a pris plaisir à l'être même d'animaux, au moins d'oiseaux, après Beethoven et plus que lui : au cygne, à l'aigle, à la colombe (celle de l'Ancien et celle du Nouveau Testament), il a consacré des études d'ornithologie sonore pleines de poésie et de vérité.

Enfin, il n'y a pas jusqu'à l'esprit, j'entends maintenant l'esprit de finesse, de malice et de raillerie, qui n'ajoute un dernier éclat, non le moins vif, à ce talent | plus que tout autre divers. Un trait d'humour, de verve gamine, traverse parfois une oeuvre même sérieuse du maître, la détend et l'égaie, sans l'avilir. Dans le ballet âCAscanio, parmi les danses exquises, du style Renaissance le plus pur, la brusque échappée d'un piston en goguette sembla mêler — d'avance — un coin de Montmartre aux parterres de Fontainebleau.

Ainsi, jusque dans les moindres choses, Saint-Saëns îst bien de chez nous, aujourd'hui le premier de chez lous. Encore une fois honorons-le, remercions-le, e grand musicien français, d'avoir choisi, gardé pour !:ompagne la musique de France, elle seule, et de l'a- 'oir aimée d'un si glorieux, d'un si fidèle amour.

oujouRS lui, lui partout. » Hugo de plus en plus a raison. C'est de plus en plus notre pût, un peu notre manie, d'étudier Napoléon en tout, }ir rapport à tout, fût-ce à ce qui paraît d'abord le plus lin ou le plus au-dessous de lui. Nous donnons décitiment tort à Lamartine. « Rien d'humain ne battait sus son épaisse armure. » Sous cette armure, au conùire, on se plaît à croire que tout ce qui est humain îbattu. Qu'il soit donc permis aujourd'hui de rechercer ce que Napoléon a pensé de la musique; s'il l'a emprise, aimée, et comment, et laquelle; ce que la msique était pour lui et ce qu'à son tour il a été par ee; en un mot, ce qu'il peut y avoir eu de commun être la musique et celui de tous les hommes sans c ute qui dans le monde a fait le plus de bruit.

Lamartine lui disait encore

De cette langue en vain ton oreille frappée, Ne comprit ici-bas que le cri de l'épée Et le mâle accord du clairon.

Tu n'aimais que le bruit du fer, le cri d'alarmes...

Et plus d'un contemporain a rendu le même témoignage que Lamartine. Un ancien maître de chapelle du grand Frédéric, le Prussien Reichardt, passant à Paris l'hiver de i8o2-i8o3, écrit: « C'est surtout la musique que Frédéric II a cultivée avec amour jusque dans sa vieillese, et c'est la musique que le Premier Consul semble avoir spécialement en antipathie. » En sortani d'une messe aux Tuileries, le musicien ajoute : « Le Premier Consul m'a semblé aussi indifférent à la mu si que qu'à la messe elle-même. »

L'avis d'Arnault, l'académicien-poète et souvent le poète officiel de Napoléon, moins suspect à coup sûr, n'est guère plus favorable : « Il (Bonaparte) sentait ma) la musique. Ce n'était tout au plus pour lui qu'ur moyen de distraction, d'amusement. La musique chatouillait son oreille, mais elle n'allait jamais à son âme. Cela tenait évidemment à son organisation. »

Au contraire, un Bourrienne, un Constant, attestent le goût de Napoléon pour la musique. Au dire de Constant, « il aimait la musique avec passion, surtout b

■nusique italienne, et, comme les grands amateurs, il était très difficile. » En 1795, rapporte Bourrienne, ( nous passâmes six semaines à Paris et nous allâmes :rès souvent avec lui... aux beaux concerts de Garât, qu'on donnait dans la rue Saint-Marc. » Deux ans iprès, Bonaparte pria un jour Bourrienne d'aller demander pour lui au directeur de Feydeau « une représentation de deux des plus jolies pièces de ce temps, dans lesquelles jouaient EUeviou, M™^ Saint-Aubin, Phillis et autres acteurs distingués. Il ne désirait cette représentation que si cela était possible. Le directeur me répondit qu'il n'y avait rien d'impossible de ce que voulait le vainqueur d'Italie, qui depuis longtemps avait fait rayer ce mot du dictionnaire. Bonaparte rit beaucoup de cette galanterie. »

Un peu plus tard, à bord du vaisseau qui le porte en Egypte, si les musiciens ne jouent que sur l'entrepont, :'est que « Bonaparte n'aimait pas encore assez la musique pour l'entendre dans son appartement. On peut ,dire que son goût pour cet art s'est accru en raison directe de sa puissance, comme son goût pour la chasse n'est venu qu'après l'élévation à l'empire; comme s'il tût voulu prouver qu'il y avait en lui non seulement le génie de la souveraineté pour commander aux hommes, mais encore l'instinct de ces plaisirs aristocrati- :iues dont la jouissance compte aux yeux des peuples -^armi les attributs essentiels des rois* ». Peut-être. Il n'en paraît pas moins vrai que, dans le

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