‹ Notes brèvesChapitre 53 sur 85 · Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire · texte numérisé non relu

Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire

Gloud, il avait souhaité d'écouter une répétition de Proserpine, opéra commandé par lui-même à Paisiello. « Après avoir débuté par dire aux cantatrices qu'il espérait bien qu'elles n'allaient pas crier suivant leur habitude, Bonaparte s'assied en face des exécutants, à califourchon sur un siège, les bras croisés sur le dossier, la tête appuyée sur les bras, et reste muet, immobile, pendant la durée de l'acte. On aurait pu croire qu'il sommeillait. L'exécution terminée, il se leva et, s'adressant à Paisiello, fit coup sur coup une série de remarques sur les fautes de prosodie, des mots mal coupés par la musique, répétés sans utilité, des repos brisant l'intérêt dramatique du chant. » Reichardt, qui rapporte la scène, n'a pas tort d'en conclure que Bonaparte a « révélé dans cette circonstance plus de connaissance en musique et en poésie que l'on n'en soupçonnait chez un homme considéré comme indifférent aux beaux-arts. Son esprit dominateur s'y est aussi montré ^^.

Berlioz, dans les Soirées de l'orchestre, raconte une autre histoire du même genre. Un soir de concert aux Tuileries, sur les six numéros du programme, le troisième, qui était de Paisiello, dut être, à l'improviste et sans annonce préalable, remplacé par un autre morceau, d'un autre compositeur. Au bout de quelques mesures à peine, l'empereur interrompt, et, s'adressant à Lesueur : « Monsieur Lesueur, ce morceau n'est pas de Paisiello. — Je demande pardon à Votre Majesté. Il est de lui, n'est-ce pas, Grégoire^? — Oui, sire, certai-

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