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M. G. d"Esparbès, loco cit

NAPOLÉON ET LA MUSIQUE 2l5

at plus grande qu'on ne le croit d'ordinaire. « Quand

i commençai de le connaître, nous dit M™^ de Rému-

it, il aimait fort tout ce qui porte à la rêverie : Ossian,

i demi-jour, la musique mélancolique. Je l'ai vu se

assionner au murmure du vent, parler avec enthou-

^asme des mugissements de la mer, être tenté quelque-

)is de ne pas croire hors de toute vraisemblance les

pparitions nocturnes, enfin avoir du penchant pour

îrtaines superstitions. Lorsque, quittant son cabinet,

rentrait le soir dans le salon de M"^^ Bonaparte, il lui

rrivait quelquefois de faire couvrir les bougies d'une

aze blanche. Il nous prescrivait un profond silence et

i plaisait à nous faire et à nous entendre raconter des

istoires de revenants. Ou bien il écoutait des morceaux

3 musique lents et doux, exécutés par des chanteurs

aliens, accompagnés seulement d'un petit nombre

instruments légèrement ébranlés. On le voyait alors

)mber dans une rêverie que chacun respectait, n'osant

faire un mouvement ni bouger de place. » Ensuite,

comme revenant à lui, « il aimait à rendre compte des

nsations qu'il avait reçues. Il expliquait l'effet de la

.usique sur lui, préférant toujours celle de Paisiello,

arce que, disait-il, elle est monotone, et que les im-

'essions qui se répètent sont les seules qui sachent

smparer de nous. »

Ainsi, le génie ou l'âme de cet homme extraordinaire ait de celles qui se portent aux deux extrémités de ute chose et qui peuvent également s'y tenir. Il demanùt à la musique tantôt de l'aider à gouverner les peues, tantôt de charmer un moment son ennui. Il voulait

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se servir d'elle en législateur et la goûter aussi en dilettante, un peu comme ce duc Orsino, de Shakespeare, qui redemande un air à cause de sa « chute mourante ». Il l'aimait enfin, également, pour tout ce qu'elle contient et communique à la fois d'énergie et de langueur, d'action — ou de vie — et de rêve.

Mais la musique italienne eut toujours la première place en son cœur. Celle-là surtout, celle-là seule était véritablement sienne. Lui, qui ne souffrait plus qu'on lui parlât italien, du moins en public, il permettait, il souhaitait même que la musique, plus discrète et mystérieuse, vînt lui chanter encore le langage de son enfance et de son pays. Sensible à ce qu'elle a de facile et de naturel, d'aisément saisissable et de caressant pour l'oreille, peut-être l'aimait-il aussi pour des raisons profondes et de lui-même ignorées. La musique italienne a comme principal élément la mélodie, c'està-dire l'individu sonore. Et cette unité, cette personnalité de la forme latine, s'accordait mieux que la musique allemande, plutôt multiple et collective, avec le caractère et les principes, avec le génie et l'idéal même d'un Napoléon.

Son amour, en quelque sorte natal, pour la musique italienne ne fit que s'accroître encore, au temps de sa jeunesse, de l'enthousiasme et comme de l'ivresse de ses victoires d'Italie. Paisiello, maître de chapelle du

ci de Naples, fut alors le musicien favori de Bona- -arte et peut-être le demeura toujours. Pendant qu'à ^aris, pour honorer la mort de Hoche, on exécutait, u mois d'octobre 1797, un hymne funèbre de Joseph ^hénier et Cherubini, Bonaparte, par une lettre datée u quartier général de Passeriano et adressée au linistre de l'intérieur de la République Cisalpine, lettait au concours, entre tous les musiciens d'Italie, ne cantate sur le même sujets De l'avis des juges, ou e Bonaparte seul, ce fut Paisiello qui l'emporta. Cinq ns plus tard, en 1802, le Premier Consul demandait u roi de Naples de lui céder son maestro. Il appelait aisiello à Paris, lui commandait l'opéra de Proserpine ur un vieux livret de Quinault, revu par Marmontel) t le nommait, à de superbes conditions, maître de la hapelle des Tuileries qu'il venait de rétablir. Après Paisiello, Napoléon n'estima nul compositeur l'égard de Zingarelli. Dans une affaire qui pouvait lal tourner pour l'artiste italien, l'empereur usa de iémence. Maître de chapelle du Dôme de Milan, puis 2 Lorette, Zingarelli l'était, en 181 1, de Saint-Pierre e Rome. Ayant refusé de faire chanter un Te Détint our la naissance du roi de Rome, il fut arrêté et conuit à Paris. Napoléon l'y accueillit avec indulgence, li donna, pour prix de son voyage et d'une Messe qu'il li commandait, une somme de quatorze mille francs, uis le renvoya dans sa patrie.

Piccini, Spontini, éprouvèrent aussi la bienveillance

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