I. M. G. d'Esparbès, loco cit
2l8 SIX ÉTUDES
de Bonaparte et de Napoléon. Après Brumaire, Piccini se voit nommer inspecteur du Conservatoire avec une gratification de cinquante louis, payés d'avance, pour la composition d'une marche destinée à la garde consulaire. L'empereur, en 1806, pourra bien refuser à Joséphine le « tour de faveur » qu'elle demandait pour la Vestale; mais, l'année suivante, c'est « par ordre » que le chef-d'œuvre de Spontini sera représenté à l'Opéra. Napoléon, quelques mois auparavant, avait fait exécuter aux Tuileries des fragments de l'ouvrage et félicité le compositeur en ces termes : « Votre opéra abonde en motifs nouveaux. La déclamation en est vraie et s'accorde avec le sentiment musical. De beaux airs, des duos d'un effet sûr, un finale entraînant. La Marche au supplice me paraît admirable... Monsieur Spontini, je vous répète que vous obtiendrez un grand succès. Il sera méritée » L'événement prouva que le critique impérial ne s'était pas trompé.
Quant à Cherubini, si Napoléon le goûtait modérément, ne le trouvant pas sans doute assez Italien, il lui fut cependant moins sévère qu'on ne Ta raconté. Cherubini, de son côté, ne montrait pas beaucoup de considération pour le sentiment et surtout l'intelligence musicale de l'empereur. Tous deux échangeaient parfois des propos assez vifs, un peu blessants d'une part, et, de l'autre, un peu libres; celui-ci, par exemple : « Sire, vous aimez une musique qui ne vous empêche pas de penser aux affaires de l'État. » Il n'en est pas