‹ Notes brèvesChapitre 60 sur 85 · I. Castil-Blaze, Histoire de l'Académie de musique · texte numérisé non relu

I. Castil-Blaze, Histoire de l'Académie de musique

moins vrai qu'en i8o5, après Austerlitz, Cherubini se trouvant à Vienne, l'empereur le fît venir et lui dit : « Monsieur Cherubini, nous ferons de la musique ensemble. Vous dirigerez mes concerts. » (En effet, il en dirigea une douzaine.) « J'espère bien, ajouta Napoléon, que vous n'êtes ici qu'en congé, et que vous allez revenir à Paris. » Cherubini déclina l'invitation. Ce ne fut donc pas la faute de l'empereur, mais la sienne, si Paè'r, au lieu de lui-même, fut appelé quelque temps après à la cour.

Autant que pour les compositeurs, l'empereur eut toujours un faible pour les interprètes italiens, voire italiennes. A Milan, avant Marengo, voulant entendre le fameux Marchesi, il lui demanda de chanter un air. « Signor zénérale, répondit l'Italien, qui n'aimait pas les Français, si c'est oune bonne air qu'il vous faut, vous en trou\^rez oune excellente dans le zardin. » Bonaparte, qui, lui, n'aimait pas les jeux de mots, mit le chanteur à la porte d'abord, puis en prison. Mais, après Marengo, il l'en laissa sortir, l'invita derechef, et, cette fois, le virtuose s'exécuta sans faire de difficultés.

Dès la première fois, avant Marengo, la Grassini, dit-on, n'en fit aucune, d'aucun genre. Quatre ans auparavant, elle avait même fait des avances, que Bonaparte, encore fidèle à Joséphine, avait repoussées. Mais après son entrée triomphale à Milan, il se ravisa. « J'en sais quelque chose, écrit Bourrienne^ puisqu'il m'est arrivé plusieurs fois de prendre du thé, moi troisième, avec elle et Bonaparte, dans la chambre du général, ce qui

ne m'amusait pas plus qu'il ne faut. Je me rappelle même une autre circonstance. La nuit où j'éveillai Bonaparte pour lui annoncer la mauvaise nouvelle de la capitulation de Gênes, M^^^ Grassini fut réveillée comme lui. »

Ce qu'il aimait en elle, passionnément, ce n'était pas la femme, déjà fort engraissée et enlaidie à vingt-sept ans : c'était la grande artiste, c'était la musique ellemême, et la musique italienne. « Cette voix miraculeuse l'obsède. Il la tient pour un des plus étonnants trophées de sa campagne. Il veut que ce soit elle qui célèbre son triomphe et chante sa victoire ^ » Elle ira donc la chan- 'j ter jusque dans Paris. Le quatrième bulletin de l'armée S d'Italie annoncera son départ, et le 14 juillet 1800, sous le dôme des Invalides, avant le Chant du 25 messidor, de Méhul, la Grassini et Blanchi feront entendre deux duos italiens à la gloire de nos armes et de la Cisalpine délivrée.

Les amours de Napoléon duraient peu. De son côté, la Grassini s'ennuya vite. Elle ne tarda pas à quitter sa petite maison de la rue Chantereine pour reprendre sa libre vie d'artiste et d'amoureuse. L'empereur ne s'en fâcha point et lui garda sa faveur, j'entends sa faveur esthétique. De 1807 à 1814, elle eut le titre et l'emploi, magnifiquement rétribué, de première chanteuse de Sa Majesté impériale et royale. Et puis, pour être infidèle, elle n'était pas ingrate. Traversant un jour la Bourgogne en chaise de poste, attaquée et dévalisée par

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