Mémoires de 3/"' AvrilUon
la beauté de sa voix et de son chant. S'il faut, comme on l'assure, adjoindre à ces deux artistes lyriques la seule Mils Georges, cela ferait deux cantatrices contre une tragédienne, et dans les amours de théâtre de Napoléon, la musique aurait eu la majorité.
Sans admirer Garât à l'égal de Crescentini, par exemple, Bonaparte lui témoigna pourtant, au moins à deux reprises, le plaisir qu'il avait eu à l'entendre. Une fois, chez M"^^ de Montesson, le Premier Consul fit redire au chanteur une romance de Plantade sur ces paroles :
Le jour se lève, amour m'inspire :
J'ai vu Ghloé dans mon sommeil, Je l'ai vue et je prends ma lyre.
Une autre fois, chez Lucien, on venait de passer à | table. Bonaparte, placé au centre, avait sa mère à sa droite, mais la place de gauche était vide et nul n'osait la prendre. « Eh bien. Garât, dit-il alors, asseyez-vous là. » Après le repas. Garât chanta d'abord du Gluck. Bonaparte se tenait assis, tout seul, auprès du piano. Mais ensuite, Jadin ayant commencé de jouer, le Premier Consul, que la musique instrumentale ennuyait,! se mit à taper sur le piano en criant : « Garât! Garât!' Garât! » Celui-ci dut revenir et chanter une scène d^OrpJîée.
Napoléon n'eut garde non plus de sacrifier — même: à ses préférences personnelles — les compositeurs nationaux. Si peut-être il avait commencé par peu goûter' Grétry, plus tard il le traita dignement. Il le recevait à
la Malmaison avec distinction*. Un soir, à Fontainebleau, Zé^nire et A^or fut choisi comme spectacle de cour. Grétry avait été prié d'assister à la représentation, et, « par un de ces égards que montrait souvent Napoléon pour les hautes célébrités, il fit asseoir auprès de lui l'auteur de la musique, qu'il se proposait de juger avec impartialité. L'exécution, grâce à des interprètes comme Elleviou, M"i« Saint-Aubin, fut excellente. Elle le fut au point « que l'empereur, dont l'âme se laissait aller souvent aux impressions de la nature, éprouva l'émotion la plus vive en écoutant l'admirable trio du tableau magique et proféra ces paroles, qui s'échappaient comme malgré lui de la bouche impériale : « C'est divin! c'est parfait! J'aime beaucoup cette mu- « sique-là. — Vous n'êtes pas dégoûté, » repartit Grétry avec son sourire malin et son coup d'oeil observateur. Napoléon, frappé de cette ingénuité d'amourpropre, et surtout trop clairvoyant pour ne point apercevoir, dans cette ingénieuse repartie, la vengeance d'un homme dont il avait méconnu le mérite, ne put s'empêcher de lui sourire à son tour et de lui serrer la main, comme preuve authentique de l'amende honorable qu'il lui faisait-. »
Il n'en est pas moins vrai que Napoléon, vis-à-vis du musicien de Richard, ne montra pas toujours la même courtoisie. On a raconté souvent qu'un jour, feignant de ne pas le reconnaître et lui demandant, pour la