‹ Notes brèvesChapitre 63 sur 85 · BouiLLY, Mes Récapitulations, t. III · texte numérisé non relu

BouiLLY, Mes Récapitulations, t. III

troisième ou la quatrième fois, son nom, il se serait attiré cette autre réplique : « Sire, toujours Grétry. »

La faveur de Méhul eut quelque chose de plus égal et de plus intime aussi. Sous le Directoire, dans l'atelier du peintre Ducreux, le futur auteur de Joseph avait connu M™e de Beauharnais et, par elle, Bonaparte. Il fut de ceux que le général pria de l'accompagner en Egypte. « Au printemps, disait-il un jour à Arnault, nous ferons parler de nous : vous serez des nôtres. Mais je désirerais emmener, indépendamment de vous, un poète, un compositeur de musique et un chanteur. Trouvez-moi cela. Proposez la chose à Ducis, à Méhul, à La^'-s. Voilà les gens qui me conviendraient. Ils seront en rapport intime avec moi. Ils recevront six mille francs de traitement pendant tout le temps que durera l'expédition, et cela indépendamment des traitements attachés aux places qu'ils pourraient avoir et qu'ils reprendraient à leur retour. — Mais où les mènerez-vous, général? — Où j'irai. Je m'expliquerai là-dessus quand le temps sera venu. En attendant, qu'ils se fient à mon étoile! »

Mais Ducis allégua son âge; Méhul prétexta les devoirs qu'il avait à remplir; Lays enfin, la crainte de prendre un rhume. (Il ne soupçonnait pas qu'on irait en Egypte.)

« Au fait, répondit Bonaparte à son recruteur éconduit, Ducis est un peu vieux. Un long voyage, une longue absence, tout cela doit l'effrayer. Il nous faut quelqu'un de jeune. Méhul tient à son Conservatoire et plus [encore à son théâtre, sans doute. C'est tout

simple : ce sont ses moyens de gloire. Qu'il nous compose quelques marches militaires. Son génie sera avec nous, cela nous suffira. Toute réflexion faite, un musicien fort sur l'exécution nous conviendrait mieux qu'un compositeur. Quant à Lays, je suis fâché qu'il ne veuille pas nous suivre : c'eût été notre Ossian. Il nous en faut un ; il nous faut un barde, qui, dans le besoin, chante à la tête de nos colonnes. Sa voix eût été d'un si bon effet sur le soldat! Personne, sous ce rapport, ne me convenait mieux que lui. Tâchez de me trouver un chanteur de son genre, si ce n'est de son talent ^ »

Au lieu de Lays, Arnault trouva Villoteau, qui « doublait » Lays à TOpéra. La proposition lui fut faite un soir, après le spectacle, tandis qu'il dépouillait le costume de Panurge, et sur-le-champ il accepta « de remplacer son chef d'emploi dans un rôle plus honorable encore que celui qu'il venait de remplir ». Quant à Méhul, il désigna lui-même pour son remplaçant un professeur de piano du nom de Rigel. Qui sait? Peutêtre, si Méhul avait fait le voyage d'Egypte, son Joseph en eût-il été, non pas certes plus beau, mais différent.

En tout cas, s'il n'alla point en Orient, Bonaparte devait le retrouver une autre fois, et fidèle à la gloire du vainqueur. Après Marengo, c'est Méhul, en effet, qui fut chargé de composer et qui dirigea, le 14 juillet 1800, aux Invalides, le Chant du 25 messidor. Nous y reviendrons tout à l'heure.

L'année suivante, en 1801, Méhul donnait à TOpéra-

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