Id., ibid
musique civile aussi, fut l'objet de Tintérêt et des soins de Napoléon, quelle ne dut pas être, pour lui et par lui, la grandeur et la beauté de la musique militaire! Gomme il dut la comprendre et la sentir, lui, le héros et le vainqueur, cette autre musique, sa musique par excellence, héroïne et victorieuse elle-même, la seule forme ou le seul mode du Beau qui n'oppose pas, mais qui mêle, au contraire, comme dit un poète, « sa splendeur éternelle aux éclairs de l'acier ».
Napoléon remplit le monde, vingt années durant, de vraiment sublimes concerts. Et même, que de glorieuses rencontres, où le génie, où l'àme de la guerre n'eut besoin que d'un instrument unique, ou d'une seule voix, pour chanter! Un soir, après un dîner chez François de Neufchâteau, Joseph Chénier demandait à Bonaparte quelques anecdotes sur la campagne d'Italie. « Vous êtes un vrai barde, citoyen Chénier, répondit le général. Vous voulez faire récolte de grandes actions, ainsi que faisaient les bardes d'Irlande et d'Ecosse. Eh bien, tenez, écoutez ce fait : il pourra vous servir. Le jour de la bataille de Lodi, lors de l'attaque du pont, me trouvant à l'entrée, au moment où les boulets pleuvaient comme de la grêle ainsi que les balles, j'entendis un tambour battre la charge tout près de moi, avec une régularité très rare, il faut le dire, au milieu d'un tel vacarme et surtout de cette pluie assez désagréable qui tombait alors. La fumée m'empêchait de voir où était placé ce tambour et quel il était. Tout à coup, un coup de vent soulève cette fumée qui couvrait un monceau de pierres brisées par
la mitraille, et je vois sur ces mêmes pierres un enfam de douze ans qui battait la charge avec autant de sangfroid qu'à ] 'école du tambour-maître. N'est-ce pas un beau pendant au fifre de Frédéric II?... Citoyens, c'est avec des hommes qui ont été enfants comme mon tambour que j'ai fait la campagne d'Italie ^ »
A laquelle de ses campagnes un souvenir, un écho de ce genre ne se trouve-t-il pas mêlé! Arnault a rapporté que, pendant la traversée d'Egypte, à bord du vaisseau qui portait Bonaparte, la musique n'était pas oubliée. « La musique des guides était excellente. Le général, qui connaissait toute l'influence de l'harmonie sur le soldat, exigeait, par politique plus que par goût, que Bessières, qui commandait cette élite, apportât une attention particulière à la composition de cette partie du personnel de la compagnie. Aussi ses musiciens ne reculaient-ils devant aucun des morceaux qui leur avaient été fournis par le Conservatoire, si difl[iciles qu'ils fussent. Ils exécutaient les symphonies d'Haydn et les ouvertures de quelque opéra que ce fût avec autant de facilité que la Marseillaise et le Ça ira.
« Avec quel plaisir je leur entendis exécuter la chasse du Jeune HentHî Jamais cette composition, où le génie de Méhul a réuni tous les genres d'expression, n'a eu plus de charme pour moi. Pénétrant mon cœur, tout en ravissant mon oreille, elle rétablissait entre lui et moi, malgré l'espace qui nous séparait, des rapports immédiats et intimes. Animées par tant de souffles