‹ Notes brèvesChapitre 73 sur 85 · I. Souvenirs d'un sexagénaire · texte numérisé non relu

I. Souvenirs d'un sexagénaire

l'ouvrière d'une scène grandiose. « Le temps était superbe, la flotte exécutait des évolutions, et, tandis que trois cents bâtiments de transport restaient immobiles autour du vaisseau amiral immobile aussi, les bâtiments de guerre, défilant à notre poupe, venaient successivement le saluer de leurs aubades, auxquelles répondait la musique des guides qui était sur notre bord ^ »

Voilà, si l'on peut dire, une belle « marine » sonore, et ce n'est point un médiocre honneur pour la musique d'avoir salué ce jour-là, sur les eaux calmes, sous le ciel bleu, le jeune héros qui portait à son tour vers le vieil Orient la fortune et la gloire de la France.

Elle fut, cette musique fidèle, le témoin et même l'auxiliaire de toutes les victoires. Maintenant, c'est le jour d'Austerlitz. « Contrairement à l'habitude, l'empereur avait ordonné que les musiciens resteraient à leur poste, au centre de chaque bataillon. Les nôtres étaient au grand complet, avec leur chef en tête, un vieux troupier d'au moins soixante ans. Ils jouaient une chanson bien connue de nous :

On va leur percer le flanc, Ran, ran, ran, tan plan, tire lire, On va leur percer le flanc, Que nous allons rire!'

Pendant cet air, en guise d'accompagnement, les tambours, dirigés par M. Sénot, leur major, un homme accompli, battaient la charge à rompre les caisses. Les

Page 1