I. Souvenirs d'un sexagénaire
tambours et la musique se mêlaient. C'était à emraîner un paralytique ^ »
Six ans plus tard, à Wagram, en juillet; au lieu de l'étang glacé, la plaine brûlante. A trois heures de l'après-midi, les Autrichiens sont en déroute. Brisé de fatigue, l'empereur souhaite de dormir un moment. Aussitôt, pour l'abriter du soleil, on élève une pyramide de tambours, et Napoléon s'endort à l'ombre des instruments vainqueurs et silencieux.
De même qu'elle avait été mêlée à sa gloire, la musique le fut à ses revers et à sa ruine. « Il y eut quelques concerts chez l'empereur pendant son séjour à Moscou. Napoléon y était fort triste. La musique des salons ne faisait plus d'impression sur cette âme malade^. » Mais de quelle émotion, de quelle douleur la devait remplir encore celle des champs de bataille! Pendant la retraite fatale, le 14 novembre, sur le chemin de Smolensk à Krasnoï, « après une marche lente et pénible, l'empereur fut obligé d'aller lui-même avec sa garde au-devant de l'ennemi pour dégager le prince d'Eckmûhl. Il passa au travers du feu de l'ennemi, entouré par sa vieille garde, qui serrait autour de son chef ses pelotons dans lesquels la mitraille faisait de larges entailles. C'est un des plus grands exemples que nous donne l'histoire, du dévouement et de Tamour de plusieurs milliers d'hommes pour un seul. Au fort du feu, la musique jouait l'air : Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ï Napoléon l'interrompit, dit-