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que, l’amour de Goethe, et surtout de Shakespeare, que le seul amour de Virgile égala. Entre la Damnation de Faust et les Troyens, il se peut qu’on hésite, qu’on soit embarrassé de choisir et de conclure. Notre confrère a bien raison de se laisser deux fois charmer. L’abîme et l’asile l’attirent également. Au pied et jusque sur les pentes d’un volcan, il sait goûter le calme et la fraîcheur d’un bois d’oliviers.
Les pages consacrées à la Damnation de Faust , non pas à l’histoire de l’œuvre, mais à l’œuvre même, sont un modèle de critique : critique d’art et critique d’âme, j’entends celle qui signale et définit entre l’un et l’autre élément les rapports mystérieux et profonds. Rien que dans l’analyse de la fameuse Invocation à la nature, toute la psychologie de Berlioz, au moins du Berlioz romantique, est contenue. Pas de documents ici non plus, pas de faits, mais un exemple insigne du travail délicat, difficile entre tous, qui consiste à parler musique, à transposer les idées ou les sentiments de l’ordre des sons dans l’ordre des mots. Ce travail — depuis longtemps — est un peu nôtre, et, rien que de s’y essayer, nous savons ce qu’il en coûte. Notre confrère y a réussi plus d’une fois. Il pourrait faire sien le mot qu’on prête à Schumann, parlant aussi de Berlioz : « Sa musique est une épée flamboyante. Que ma parole soit le fourreau qui la garde. » Fourreau miraculeux, qui doit la garder, en effet, sans la cacher ni l’éteindre.
Mais en ce dernier volume comme dans les deux autres, la plus grande part est laissée au récit de la vie. Est-ce bien « de la vie » qu’il faut dire? Vous savez le
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mot de Joubert : « On meurt longtemps. » A l’exception de rares et courts intervalles, cette période de l’existence de Berlioz ne fut en quelque sorte qu’une longue mort. Le chapitre final, qui raconte les six dernières années (1863-1869), est intitulé : l’Agonie. Le reste du volume, qui commence au mois de décembre 1842, pourrait porter le même titre.
De 1842 à 1869, Berlioz écrivit, en fait d’œuvres capitales, la Damnation de Faust, un grand TeDeum, l’Enfance du Christ, les Troyens et Béatrice et Bénédict. Il les écrivit, et quelquefois il réussit à les faire entendre; comprendre plus rarement, et moins encore admirer. L’étranger accueillit, applaudit même Berlioz; l’Allemagne, l’Autriche, la Russie, le traitèrent avec honneur; la France ne daigna pas, ou si peu! l’écouter. Épique par la grandeur, par la souffrance aussi, le destin de Berlioz a quelque chose de YIliade et de YOdyssée ensemble : de Ylliade, les combats incessants, héroïques; de YOdyssée, les courses vagabondes, les tempêtes, hélas! et surtout les naufrages. Luttes et défaites, espoirs trompés et vains efforts, romanesques, tragiques et quelquefois indignes amours ; chagrins et deuil paternel; des excès, des travers et des ridicules même; le désordre matériel et moral, les travaux forcés du feuilleton; puis la pauvreté, la maladie, enfin la vieillesse, la solitude, la mort, le livre de M. Boschot forme comme un immense répertoire de toutes ces infortunes, un journal, ou plutôt, car pas un moment n’y est omis, un horaire de toutes ces douleurs. Ajoutez les épisodes les plus navrants et, de place en place, un portrait toujours plus sombre du martyr plus farouche toujours. Les annales de la musique et des musiciens de tous les temps et de tous les