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LE CREPUSCULE

D’UN ROMANTLQUE

Avril iqi3.

[e soir de l’inauguration du Théâtre des Champs- Élysées et de la reprise à Paris — après soixante-quinze ans — de Benvenuto Cellini, les berliozistes, pendant les entr’actes, firent fête à notre distingué confrère M. Adolphe Boschot. Ils firent bien. Peu de jours auparavant, un volume, « un fort volume », de quelque sept cents pages, avait paru : c’est le dernier de la trilogie consacrée au musicien de la Damnation de Faust et des Trojrens par le plus fervent et le mieux informé de ses admirateurs.

Le Crépuscule d'un romantique. Ce titre est bon. « Crépuscule j> est seulement un peu faible, un peu calme, pour la tristese orageuse et la tragique horreur d’un semblable déclin. Mais « romantique » est le vrai mot, le mot nécessaire. L’auteur a bien fait de l’inscrire sur chacun de ces trois volumes, dont il n’est pas une page, presque pas une ligne, qui ne tende et n’arrive à le justifier. Que Berlioz d’abord ait été plus qu’un romantique : le romantique par excellence, le romantique en soi, le héros à qui rien du romantisme ne fut étranger, telle est l’idée maîtresse de tout l’ouvrage, et que l’ouvrage développe et vérifie. En outre, il n’est pas sans intérêt d’être conduit, sinon contraint, à trou-

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ver dans un romantique, l’un des grands, sinon le plus grand des musiciens français. Enfin M. Boschot — et la chose était malaisée — a parfaitement su définir, au cours de ses trois volumes, le romantisme musical. Avec beaucoup de justesse et de précision, il a marqué les traits où se reconnaît, en musique, ou dans la musique, cette catégorie de l’idéal, ce mode ou cette mode de l’esprit. Et pour l’étude, non seulement de l’histoire, mais de la nature même de la musique, et de la nôtre, voilà des éléments précieux.

Nous savons que notre confrère — lui-même l’ayant autrefois déclaré — n’est pas un auteur « à considérations ». La première page de sa préface, il y a de cela sept ans, respirait un certain mépris des idées générales, voire, en général, des idees. Biographe avant tout, rien que biographe, M. Boschot se flattait de ne nous proposer que des faits, et, les appuyant sur des preuves, de nous les imposer. Heureusement les idées, ses idées, sont quelquefois les plus fortes, et le critique — au sens le plus large du mot — brise alors le cadre que s’était tracé l’historien.

Ou plutôt l’histoire d’un génie, d’un artiste, se mêle alors à l’histoire d’un homme, l’enveloppe et la déborde. Et cette histoire, autant que l’autre, M. Boschot sait la comprendre et la raconter. Un jour, il nous montre Berlioz après les fêtes de Bonn en l’honneur de Beethoven (1845), « ivre-mort d’harmonie et las d’admirer », se retirant dans la solitude, au delà du Rhin, à Kœnigswarter. Et pendant le peu de jours que cette retraite dure, sous les mêmes arbres, au fond du même

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vallon où Beethoven est peut-être venu s’asseoir, Beethoven, invisible et présent, parle, avec toutes ses voix, à Berlioz qui l’écoute. « Alors il se fit en Berlioz un travail profond, une germination inconsciente, aux résultats imprécis et lointains. Dans les documents, nulle trace stricte; mais, çà et là, des signes épars. Quand on est habitué à lire dans l’àme de Berlioz, ce nouveau contact beethovenien prend une réalité incontestable, aveuglante comme l’éclair. » C’est ainsi, par une sorte d’intuition, que le critique et non plus l’historien reconnaît et voit, pour ainsi dire, opérer l’influence, et comme la grâce, de l’un des trois maîtres (les deux autres étant Gluck et Weber) que Berlioz a le plus passionnément aimés.

Ailleurs (à Londres, en i85i), Mozart, que Berlioz avait moins admiré jusque-là, se révèle à lui et l’éclaire. Dans un feuilleton qui n’a pas été recueilli, Berlioz écrit alors, à propos de la Flûte enchantée : « Pages merveilleuses:.. Cinq morceaux, cinq miracles... On est au seuil de l’infini. »

Voilà comment, dans la pensée autant que dans la vie de son héros, pas un courant n’échappe au critique attentif et sensible. Plus loin encore, c’est en psychologue avisé que M. Boschot analyse les sentiments partagés de Berlioz à l’égard de Wagner : admiration, mais réserve, surtout inquiétude; soupçon d’un idéal, nouveau comme son propre idéal, mais différent, supérieur peut-être; appréhension d’un génie frère du sien, mais frère ennemi en somme, apportant au génie rival moins de promesses que de menaces, plus d’ombres que de reflets.

Enfin, dans ce génie de Berlioz, M. Boschot a distingué les deux penchants : le romantique et le classi-

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