‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 21 sur 59 · Deshayes, id., p · texte numérisé non relu

Deshayes, id., p

3. Abbé 1 augard. Géographie de Im Seine-Inférieure. Arrondissement de Rùuent p, 276,

4, Abbé Taugardi îd., p, 2^,

§4 NOTES d'art et D'ARCHÉOLOCilE

truite et les domaines dévastés, Simon du Bosc mourut à Paris en 141 S. On le rapporta à Jumièges» où lui fut élevé un magnifique

tombeau.

Le nom de l'abbé qui lui succéda évoque un douloureux souvenir : Nicolas Leroux fut Tun des juges de Jeanne d* Arc et non le moins acharné à condamner la vierge martyre. Il mourut en 143 1.

Charles VII vint à Jumièges, En 1450^ îl vit mourir au manoir du Mesnil-sous-Jumièges, Agnès Sorel, âgée de quarante ans. Le coeur d*Agnès Sorel fut déposé à Téglisc de l'abbaye où on lui éleva un monument,

Louis XI aussi visita Jumièges, de même Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre.

Deux frères du cardinal Georges d^Amboîse, Louis et Jacques d'Amboise ont été successivement abbés de Jumièges.

Au XV^ siècle, « une fois chaque année, dit M» de Beaurepaire, tous les pêcheurs étaient tenus de comparaître devant le bailli de la haute justice de l'abbaye, les uns Taviron sur Tépatile, les autres le bâton blanc à la main. Le bailli procédait à leur appel, recevait d'eux cinq sols pour le droit seigneurial de mouillage de chaque bateau et applet, et leur faisait prêter serment de garder et observer les ordonnances du roi et les chartes de Tabbaye. » Deshayes ajoute que les pêcheurs faisaient trois fois le tour du colombier du monastère en présence des religieux et qu'ils frappaient la porte avec leur bâton blanc en faisant un salut (i).

Toujours « aumôniers », les religieux de Jumièges, pendant la grande famine de 1538 qui mît la ville de Rouen à une sî rude épreuve, procurèrent de grands secours aux habitants épuisés , Les fermes de Tabbaye ayant été dévastées par des pillards mourant de faim, Tabbé obtint leur grâce et les renvoya avec des aumônes.

Vers cette époque, les religieux étaient dans Tusage de donner à dîner aux vieilles femmes le jour de sainte Pétronille. On appelait ce repas u la fête aux vieilles * . Il s'en présentait quelquefois jusqu'à cent. On leur donnait de la soupe et du pain à discrétion, deux œufs, un plat de poisson (ordinairement une feinte), et une bouteille de bière ou une pinte de vin de Conihout (2),

I , DeshayeSj Histoire de V abbaye royale de fumiè^ts^ P' 35- 2-, Abbé Taugard. Géographie de ia Seine^Inférieure* Arrondissement d& Rouen t p, 383^

Le coimnencemeat du XVI^ siècle fut une ère de prospérité pour Vabbaye. La régularité s'était affermie grâce au zèle de ses abbés, parmi lesquels Philippe de Luxembourg. Les bâtiments furent restaurés ainsi que Téglise abbatiale, un cloître fut bâti par Tabbé François de Fontenoi. Malheureusement les guerres de religion vinrent tout bouleverser en y apportant leur cortège de calamités. Les moines s'enfuirent. Les Calvinistes s'emparèrent de T abbaye, ils enlevèrent tout ce qu ils purent emporter, après avoir renversé les autels, brisé les images, foulé aux pieds les reliques et torturé un frère convers pour qu'il leur découvrit les richesses de Tabbaye. Ce frère convers était resté pour soigner un religieux que le grand âge avait empêché d'accompagner ses frères. Ces deux malheureux demeurèrent trois jours sans manger et furent presque massacrés par les furieux.

Charles IX vint à Jumièges en 1563, Tannée qui suivît la dévastation de Tabbaye par les Calvinistes, il prit des mesures pour réparer les désastres»

Le règne des abbés co m mandataires était arrivé, les moines de Jumièges protestèrent contre cette intrusion, notamment lors de la nomination d'Hîppolyte d'Est, cardinal de Ferrare : ils voulaient continuer d'élire leur abbé. Un moine du nom de Gauvin fit une résistance énergique, les autres moines se joignirent à lui, mais ils furent tous obligés de se soumettre.

Parmi les abbés qui lui succèdent, on distingue les deux cardinaux de Bourbon, archevêques de Rouen. Celui qui fut roi de la Ligue, sous le nom de Charles X, accorda aux religieux des troupes pour se défendre. Quand la bonne nouvelle s'en fut répandue, dit Deshayes, on vît arriver à Jumièges toute la noblesse des environs, des marchands, des laboureurs, des artisans, des femmes de toute condition. L'appartement destiné au roi, les dortoirs, Tinfirmerie, le logis abbatial, les hôtelleries, les greniers» tout fut occupé. Il existait des ménages entiers dans le réfectoire, la buanderie, la boulangerie, le pressoir et jusque dans les clochers des églises. Le séjour de cette multitude dura près de sept mois {1591-92); après quoi, chacun se retira chez soi avec ce qu'il avait apporté- L'entretien d'un aussi grand nombre de personnes réduisit les religieux à la plus pénible détresse. Jumièges avait mérité une fois de plus son glorieux surnom d' « Aumônier » . Henri IV nomma abbé René de Courtenay (1594). Le comte de

Soîssons, prince du sang, luî succéda. Sous son gouvernement eut lieu la réforme de Saint-Maur, Jumièges passa aux mains des religieuse de cette congrégation.

En 1640, la peste ravagea Jumièges et les eavirons. Les moines, quoique attaqués par le fléau, procurèrent des soins et des secours aux habitants.

Le roi donna l'abbaye à Pierre de Coislin, âgé de six ans (1640}, Quelques années après, François de Harlay, archevêque de Rouen, échangea son abbaye de Saint-Victor de Paris contre celle de Jumièges. Jean Harel était prieur claustral, puis Mathieu Desforges, qui fit bâtir Thôtel de la Poterne, à Rouen.

Les troubles de la Fronde virent encore une fois accourir à Ju. mîèges une foule considérable de toute condition, de tout sexe, qui se plaça spus la sauvegarde obtenue par les moines. Il vint jusqu'à quatre cents pauvres de T Orléanais qui furent accueillis et nourris dans labbaye. Leur entretien coûta, dit-on, quinze mille livres aux religieux.

En 1651, l'archevêque de Rouen donna son abbaye à son neveu François de Harlay, âgé de vingt-six ans.

Le duc de Longueville, gouverneur dé Normandie, visita Jumièges en 1657. A cette époque, on construisit la bibliothèque qui ne contenait que six cents livres manuscrits, les imprimés n'étaient guère plus nombreux. Le nombre s'en accrut rapidement, car à la Révolution elle contenait au moins dix mille volumes, non compris les manuscrits dont deux cents avaient disparu.

Vers cette époque encore, on construisit une digue de deux mille cinq cents pieds pour arrêter les ravages, terribles en cet endroit, de la marée ou « mascaret » comme on Tappelle maintenant -

En 1665, mourut à Jumièges, D. Pierre Barré, En 1632, il avait été appelé à Loudun pour exorciser les religieuses Ursulines, 11 exerça les fonctions d'exorciste jusqu*en 1638. Il contribua à la condamnation d'Urbain Grandier, curé de Loudun.

Les religieux de Jumièges avaient la suprématie sur les curés des alentours. Le curé de Duclair, ou plutôt le vicaire perpétuel de Duclair, voulut secouer le joug; il fut obligé de se soumettre.

L'abbaye était vacante depuis 1695; elle fut donnée par le Régent, en 17 16, au fils du marquis de Saint-Simon, Claude de Saint- Simon, âgé de vingt ans, qui ne prit possession qu'en 1720* Son

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administration fut des plus singulières : il ruina les religieux , injuria le prieur et battit à coup de canne le cellerier. Ces deux derniers prirent le parti de se réfugier, Tun à Fécamp, Tautre à BourgueiL Les habitants détestaient cet étrange abbé qui les molestait de toutes façons. Les religieux transportèrent leur noviciat à Saint-Wandrille.

L'ancien roi de Pologne, Jean Casimir, visita Jumièges en 1720- C*est la seule visite royale du xvm* siècle.

En 1760, le roi donna Tabbaye au prince François de Lorraine. Cet abbé ne vint jamais à Jumièges, mais de loin protégea toujours les religieux.

Le dernier abbé fut M. de Loménie, neveu de rarchevêque de Sens^ du même nom. Il ne fit que paraître à Jumièges. Nommé au commencement de la Révolution, il disparut bientôt sans laisser de traces.

Dans les dernières années, la règle s^était beaucoup relâchée, mais les religieux pratiquèrent la charité jusqu'au dernier moment de leur existence. Le dernier prieur, dom Pierre Armand Bride, quitta Tabbaye au début de la Révolution , emportant avec lui les regrets de tous les habitants. Après la Révolution, il desservit la paroisse d'Yvetot, de 1802 à 1820, époque de sa mort.

Pendant la tourmente révolutionnaire, Tabbayé fut vendue par le gouvernement et livrée à la destruction ; les monuments furent détruits ou mutilés, les vases sacrés et T argenté rie confisqués par le trésor public, La bibh'othèque, une des plus riches de la province, fut livrée au pillage. Cependant, la majeure partie des livres, portés à Rouen, sont maintenant à la bibliothèque de la ville, dont ils ne forment pas la partie la moins intéressante et la moins précieuse.

Malheureusement tout ne fut pas sauvé, on eut à déplorer des pertes irréparables. « On mit au feu les amas de parchemins, titres féodaux^ chartes seigneuriales de Tabbaye, et la population dansa autour du brasier immense où ces documents de onze siècles d'histoire étaient réduits en cendres. »

Les belles cloches de T abbaye, dont les habitants étaient fiers à juste titre, disparurent à leur tour. L'une d'elles, la plus grosse, fut transportée à T église paroissiale (ancienne abbaye royale) de Saint- Ouen de Rouen ; elle y est encore actuellement et appelle les fidèles à Iti. prière comme jadis elle y appelait les moines. Cette cloche a nom : « Jumièges o^

Après avoir passé par diverses mains « un marchand de bois de Canteleu acheta, en 1802, les deux églises et les bâtiments conventuels et passa des marchés avec des entrepreneurs de Rouen et de la Mailleraye pour la démolition générale. Tout disparut sous les coups des barbares, peintures murales, sculptures, bas-reliefs si finement fouillés, dentelles de pierre si délicatement ajourées. Chefs-d'œuvre de Tart gothique, de la renaissance, des temps modernes, ces trésors d'art de nobles et grandioses basiliques furent impitoyablement brisés, broyés, dispersés, anéantis. Les voûtes, dît M, Savalle, s*écroulaîent avec fracas sous d'immenses nuages de poussière. La mine qui devait d'un seul coup mettre à bas la grande tour carrée fit mal son effet : et l'on voit encore un gigantesque pan de muraille de la lanterne, seul, debout dans l'air, dominant la nef, au-dessus d'une voûte de quatrevingts pieds, soutenu par deux piliers contemporains de saint Philbert* c'est-à-dire inébranlables depuis douze siècles,

« Le vandalisme des étrangers et la rapacité des passants achevèrent peu à peu l'œuvre de destruction. Des Anglais, assure-t-on, achetèrent de belles sculptures scellées dans la muraille de la lanterne, et le cloître « qui passait pour un des plus beaux du monde j&, ce cloître a été, dit-on, reconstruit dans un parc anglais.

« La grande abbaye ne porte plus désormais qu*un nom tristement populaire : les ruines de Jumièges (i). s

(A suivre.) CL,

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