‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 27 sur 59 · ICONOGRAPHIE DE ROLAND · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE DE ROLAND

L — 11 existe dans divers pays, particulièrement en Allemagne |

un assez grand nombre de monuments auxquels une tradition, qui paraît remonter au moyen âge, a appliqué le nom de Roland. C'est un témoignage incontestable, j'allais dire vivant, de la popularité qui, dans tout le monde chrétien, s*est attachée au neveu de Charlemagne jusqu'à en faire Tarchétype du héros chevaleresque ; mais ces oeuvres^ d'une valeur fort inégale, ne rentrent pas dans le domaine propre de riconographie* En France et en Italie, au contraire, nous rencontrons des monuments qui doivent être considérés comme la traduction plastique de ridéal enfanté par l'Imagination populaire et, si je puis m' exprimer ainsi par comparaison, crystallisé dans répopée du trouvère inconnu de Roncisvals.

Je dois, cependant, avant de vous conduire à Chartres, à Vérone, enfin à Brindîsî, mentionner un manuscrit allemand du Xir siècle, où Roland est représenté agenouillé et prosterné devant un ange, aux ailes relevées- Le messager céleste tient de la main gauche un sceptre fleurdelisé, tandis que, de la droite, il lève deux doigts pour bénir le héros. Diaprés la reproduction qu'en a donnée M. Léon Gautier {Chanson de Roland^ chez Marne), cette scène respire une incontestable grandeur. Si les mains de Roland sont rendues sans aucun souci de la perspective, le groupe est bien agencé, les attitudes appropriées et les mouvements vrais. Ce simple trait produit une impression qui reste gravée dans la mémoire.

Je dois aussi faire remarquer que les artistes se sont appliqués, à peu près exclusivement, à représenter la catastrophe finale, bien que, même dans la seule Chanson de Roland, il ne manque pas d'épisodes pour ainsi dire plastiques. Ce n'est pas un effet du caprice ou du hasard. L'épopée française du moyen âge est une épopée douloureuse, comme il y a ailleurs des épopées triomphales. Ce n'est pas le lieu de nous étendre sur les causes intimes et profondes de ce caractère; mais il faut relever qu*en s'y attachant, les artistes ont montré une intelligence très nette de l'œuvre qu'ils entreprenaient de nous montrer après l'avoir entendu réciter.

NOTES dVrT et d'ARCHÉOLOGIK

IL — Le vitrail de la cathédrale de Chartres, consacré à Charlemagne, est trop connu par les publications de M, Durand et autres pour que je m'attarde à le décrire. Les Annales archéologiqms eu ont donné au trait, une petite reproduction très soignée.

Un médaillon rond, placé sur Taxe central, dans la partie supérieure du vitrail, représente Roland dans les deux actes qui ont précédé sa mort. Nous n'en sommes plus à nous scandaliser, de rencontrer

deux fois le même personnage dans un seul cadre, pas plus que de voir les Âîystères dramatiques placer les diverses localités à la suite les unes des autres sur le même terrain. Tout cela est affaire d'habitude ou de convention.

Dans Tune et Vautre scènes, le héros a les pieds cachés sous la même couche épaisse de guerriers étendus morts- La main de Dieu, issant d'en haut, sépare les deux figurations adossées de Roland.

Des vingt mille hommes que Charle magne a laissés à Varri èregarde, il ne reste plus qu une poignée. Roland, déjà blessé, prend son cor dont il n*a pas voulu user plus tôt. C'est pour rappeler Charlemagne qui a passé les défilés pyrénéens avec le gros de l'armée :

1^3 NOTES DMRT et D'ARCHÉOLOGIB

Avec douleur, avec si graud effort, Le preus Roland a sonné de son cor Que le sang clair lui jaillit par la bonche ; De son cerveau les tempes sont rompues.

Charles, qui passe aux défilés, Teotend — Nayme rcntcnd; tous les Français l'enteiident. - , ■ J'entends le cor de Roland i, dit le Roi..-

Telle est la sccne que représente le médaillon à la droite du spectateur, et qui est reproduite ici d'après un dessin très net de M, Marcel Rouillard, membre de la Réunion artistique.

La pose générale est bonne. 11 y a une grâce juvénile dans la tête ; le bras droit est bien placé, ainsi que la main et le cor. Si les jambes ne sont pas tournées tout à fait comme il aurait fallu, Tensemble ne donne pas moins un bon spécimen du grand art verrier du xm^ siècle.

Si j'intercale ici quelques citations, c'est parce qu elles peignent^ pour ainsi dire, des scènes aussi dignes d'inspirer les artistes chrétiens que le suicide de Caton ou les frasques de Jupiter (i).

Les Français ont entendu : ils retournent sur leurs pas.

Les monts sont hauts et ténébreux et grands, Les vaux profonds, rapides les torrents.

Clairons sonnaient et derrière et devant :

Ils répondaient tous au cor de Roland, Le Roi chevauche avec emportement Et les Français courroucés et dolents.

Tous de leurs yeux pleuraient amèrement Et priaient Dieu de garantir Rolaud }usqu*ils viendront ensemble sur le champ.

Comme avec lui frapperaient- ils gaimenti Mais à quoi bon? C'est inutilement Trop ont tardé ? Ne peuvent être à temps.

Il n'était plus temps, Roland était resté seul après avoir vu fuir les Sarrazins-

Roland sent bien que la mort lui est proche-

Il ne veut pas laisser aux ennemis son épée Durandal et il s'efforce de la briser :

I, J ^emprunte ces translations en trançais quasi -moderne à rédition populaire (Palmé), dans les Classiques four ioust à 60 centimes.

Ce n*est le droit que les païens te tieniient : Par les chrétiens tu dois être servie.

Voîcî le sujet de la scène de gauche :

11 frappe encor sur une pierre grise ^ Plus en abat que je ne vous sais dire.

Grince Tacier^ ne llécliit ni ne rompt :

Contre le ciel Tépée a rebondi.

Le Comte voit qu'il ne la brisera.

Tout doucement il la plaint à soi-mcme :

* Eh! Durandal^ que tu es belle et sainte!

* Que, dans ta garde, il y a de reliques, ,

fl Dent de saint Pierre et sang de saint Basile « Et des cheveux de mon sieur saint Denis, 1 Du vêtement de la vierge Marie! »

La verrière ne représente pas Teffort, mais Tafifaissenient du héros, sans doute pour faire comprendre qu il ne réussira pas à briser DurandaL L'effet voulu ressort bîeu de la tenue du corps et des bras, {A suivre.) A, d'Avril-

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