I. Millet, Ehge de Laèrmtsfe
de l'indu strie, împrovisées en quelques mois, ont su revêtir, à côté de leur aspect colossal, une figure attrayante» nous dirions volontiers gracieuse, a
Le constructeur se trouve donc aujourd'hui en possession d'un nouvel élément de construction, le métal, qui, sous ses différents états — fonte, fer et acier — a fait ses preuves, que Ton connaît et auquel on peut demander de très grands services*
Comme tout élément de construction, il doit être employé avec discernement ; ile&t desmomiments, en effet, qu'on ne devrait jamais faire en métal, sous peine de leur imprimer un caractère en complet désaccord avec celai qu'ils doivent tirer de leur destination; mais, sans parler des cas extrêmement nombreux où 1 économie et les difficultés à vaincre imposent T emploi du métal » il offre , dans les seules œuvres d'art » un champ très vaste à Tartiste soucieux de la beauté de ses oeuvres.
Le métal tombera fatalement un jour sous Taction de la rouille qui le ronge lentement, mais sans trêve, et en aura raison avec la certitude propre aux causes permanentes quelque faibles qu elles soient. De plus les vibrations continuelles et les variations de température auxquelles, en pratique, il est soumis, modifient insensiblement sa texture et le rendent cristallin et cassant. Donc, inévitablement, une construction métallique sera de courte dur,ée. Conçoit-on dès lors un palais de justice, une mairie, un temple en métal? Ce serait évidemment là un non-sens! L'Église, manifestation d'une religion faite d'éternité, qui ne nous parle que d* éternité, qui répond aux révolutions et aux bouleversements qui emportent en cette vie les rêves et les travaux des hommes par raffirmation et la promesse d'une éternité d'un bonheur parfait et toujours semblable à lui-même, doit être une constructton majestueusement gracieuse, largement et solidement assise sur ses fondations, respirant la tranquillité que donne la certitude d*une existence perpétuellement heureuse. On n'écrira bien que sur la pierre ces consolantes promesses : une construction métallique sera légère, coquette, gracieuse; mais elle gardera toujours, quoiqu'on fasse, le cachet d'une chose passagère, provisoire,
Boileau, Ballu, Baltard eux-mêmes l'ont reconnu ; car ils se gardent bien, dans leurs églises, de faire paraître le métal à l'extérieur et s'ils ■nous le montrent à l'intérieur, c'est dans les formes et les proportions
que nos incomparables architectes du moyen âge ont données à la pierre.
Ce qui est vrai d*une église Test également de tout monument auquel sa destination doit donner un caractère de permanence.
Mais, s'il est des monuments dont la destination repousse l'emploi du métal, il en est par contre, et de très nombreux, qui s'accommodent très bien du nouvel élément de construction; il en est même qui, pour être en harmonie avec leur destination, doivent être construits en métal : personne n'a oublié l'histoire des Halles centrales de Paris ; la construction en fut commencée en pierres, en 1S53, Lorsqu'on dégagea de ses échafaudages le premier pavillon pour en £iire Tinauguration, il apparut si lourd, si massif, qu'il souleva une réprobation générale; les Parisiens le jugèrent et le condamnèrent d'un mot : ils l'appelèrent le Fort de la Halle. On dut le démolir- D'après les conseils d'Eugène Flachat, l'empereur se décida pour la reconstruction en métal; Baltard s'y résigna non sans résistance ni sans avoir traité d'engouement la préférence du public pour le métal, mais il ne dut pas s'en repentir et Viollet-le-Duc a pu écrire avec justesse ; a La Ville de Paris n a eu qu*à se féliciter d'avoir engagé un de ses architectes les plus renommés à adopter pour les Halles centrales les idées et les projets d'un ingénieur. »
L'œuvre de Bâltard a fait école : on ne construit phis aujourd'hui de marchés en maçonnerie. Citons encore, parmi les constructions auxquelles convient le métal :
- — Les gares de chemins de fer, qui doivent se développer et même se déplacer suivant les besoins du trafic que des causes multiples et complexes modifient et déplacent (i),
— Les magasins dont l'existence est essentiellement éphémère, parce qu'ils sont tributaires des changements des populations, de leurs besoins, de leurs caprices, de leurs modes.
— Les manufactures qui, le plus souvent, après avoir abrité pendant quelque temps une industrie florissante doivent disparaître devant une industrie nouvelle.
I, Tcinoin la gare Saint-Lazare qui, daos Vesprit de ses auteurs, devait servir de gare terminus à tous les chemins de fer français ; elle fut bientôt trop petite et ctut être reconstruite beaucoup plus vaste pour une fraction seulement des lïg"nes de rOuest.
NOTES d'art et D'ARCHÉOLOGIE • «S^-
— Les hôpitaux qui doivent s'éloigner des agglomérations à mesure quelles se développent ou être démolis quand le réclame une mesure radicale de salubrité.
— Les bâtiments des expositions qui doivent s'élever, abriter pendant quelques jours les chefs-d'œuvres des arts et des industries, puis disparaître,
— Toutes les constructions en un mot dont Texistence soumise aux fluctuations de la fortune, des besoins, des caprices des hommes, est vouée par leur destination même, à une durée limitée.
Mais si le métal doit être exclusivement réservé aux constructions éphémères, on a donc eu tort de le faire servir à la construction des ponts et viaducs? Non, car le plus souvent, par suite des difficultés de fondations et de contructîons ou pour éviter des dépenses inacceptables, il fallait faire le pont en métal ou ne le pas faire du tout. Auraiton pu, par exemple, construire en pierre le pont de Garabit ? Pour les chemins de fer, la raison économique seule eût imposé le métal j si son emploi n*eût pas déjà été une condition stne qua non de la possibilité de leur construction.
Sachons donc gré au métal d'avoir rendu réalisables les communications nombreuses et rapides et aux constructeurs d'avoir su donner à Tutile des formes agréables.
Et que les artistes, amoureux à bon droit de leur art, se rassurent ; si le fer, par suite d'un engouement bien explicable, a fait quelquefois irruption dans le domaine qui doit rester réservé à la pierre, il en sera vite repoussé : Tarchitecture religieuse métallique, par exeraplej semble déjà aujourd'hui — en France du moins — condamnée et abandonnée. Il reste d'ailleurs au métal un champ assez vaste, dans lequel son emploi pourra se développer et se parfaire. • Et maintenant a-t-on raison de tiire que Ton ne peut rien faire de beau avec le métal? Cette affirmation est incontestablement démentie en ce qui concerne les ponts et viaducs et les marchés^ et il ne serait pas difficile de la combattre par des preuves puisées dans un grand nombre d'autres genres de constructions ; la dernière exposition, d'un avis aussi unanime qu'il est possible, a donné, dans plusieurs genres, de beaux échantillons d'architecture métallique.
Concluons donc que le métal est un auxiliaire dont les constructeurs peuvent et doivent tirer de grands et beaux effets ; quelques-uns
ia8 NOTES d'art et d'archéologie
y ont réussi. Si beaucoup nY sont point encore arrivés, cela pourrait bien prouver que Ton ne connait pas encore les règles de Tarchitecture métallique; il appartient peut-être à notre génération de les déterminer et de créer par- là rarchitecture du XIX'' siècle qui n'existe pas encore. Joseph Carlioz.