‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 3 sur 59 · LES JOYEULX ANGES DE THANN · texte numérisé non relu

LES JOYEULX ANGES DE THANN

La vallée de Saint- Amarin, l'une des plus pittoresques de la haute Alsace, possède de nombreuses curiosités archéologiques ; au pied et sur le flanc des montagnes qui la protègent, on découvre des ruines splendides comme celles de l'abbaye de Murbach, des bourgs et des villages ornés de vieux monuments, d'antiques châteaux, auxquels l'imagination rattache de fantastiques légendes. Parmi ces derniers, il faut citer la forteresse d* Engelbourg détruite sous Louis XIV pendant l'expédition d'Alsace (i), la seigneurie de Wesserlîng, ancienne

I. Turenne fit sauter le château d'Engelbourg en 1674. L(is murailles épaisses s'écroulèrent, mais telle était leur solidité que l'une des tours, projetée par l'explosion, gît encore tout d'une pièce, parmi les décombres, semblable à un immense tonneau défoncé.

résidence des princes-abbés de Murbach, convertie en fabrique, le manoir de Wildenstein dont îl ne reste plus que les murailles lézardées et le donjon gigantesque. Ce débris magnifique d'un autre âge atteste la grandeur d'un art qui s'oublie. Les ruines de Wildenstein sont placées dans un décor sauvage à Tarrière-plan duquel se dresse le roi des Vosges, le majestueux ballon de Guebwiller.

Sur une étendue de quatre à cinq lieues, la campagne de Saint- Amarin, animée par d'importantes stations industrielles, renferme plusieurs villes dignes d'attirer l'attention du touriste : BoUwiller, Soultz, parée comme une coquette de ses maisons duXVl^ siècle (i), enfin Guebwiller (2) et Thann qui s'élèvent aux deux extrémités de la vallée et dont les clochers romans et l'aiguille gothique semblent être des phares artistiques, placés là pour indiquer au voyageur les merveilles qui les entourent.

Thann est une charmante petite ville dominée par la montagne que couronne le vieux château d'Engelbourg (Engelburg château des anges) ; elle s'étend sur les rives fleuries de la Thur qui la traverse en formant deux jolies cascatelles sur des rochers moussus; elle ne possède d'autre monument remarquable que son église dédiée à Saint- Thiébault (3), mais ce monument seul suffit à sa renommée.

L'Eglise de Thann dérive de Notre-Dame de Strasbourg ; elle est fille, dit-on, du même architecte, Erwin de Steinbach. Ses dimensions sont loin d'égaler celles de la célèbre cathédrale, pourtant elle porte encore à près de cent mètres dans la nue sa flèche ciselée comme une dentelle de pierre et que l'on voit de loin émerger du nid de verdure qui s'étend jusqu'à Cernay (4).

1. Soultz possède une église dont le clocher octogonal supporte une flèche très admirée.

2. L'église Saint-Léger, à Guebwiller, est un édifice du xii^ siècle fort remarquable. On admire surtout les trois belles tours, si bien conservées, qui le couronnent et le grand portail, extrêmement curieux. Ce monument est considéré cqmme le plus pur spécimen de Part româù dans la haute Alsace.

3. On doit une visite àPhôpital de Thann qui fût bâti par Kléber, le vainqueur dHéliopolis, alors qu'il était architecte. Cest à simple titre de curiosité, car lifars et Apollon ne se donnent pas toujours la main.

4. Entre Cernay et Thann, on trouve TOchscnfeld (champ des bœufs), plaine aride autrefois et que Ton supposait doublement maudite. La tradition veut qu'Attila y ait d'abord livré un sanglant combat, l'herbe sécha sous les pas de son cheval après la mêlée et ne repoussa qu'avec peine. Plus tard, c'est également

Les travaux de construction de ce gracieux monument commencèrent en 1590 ou 1291. Les plans sont attribués à Erwîn de Steinbach, Des Torigine, Fceuvre n'avança guère, on mit près de deux siècles à terminer la nef> qui fut inaugurée en 1430; dix ans plus tard, on bâtit la tour et c'est seulement en 15 16 que la flèche fut élevée.

Il ne manque à Saint-Thiébault, pour être un édifice tout à fait remarquable, que des proportions mieux comprises. L'Eglise ellemême paraît être une dépendance de la tour, qui peut rivaliser de majesté avec les clochers de Chartres et de Strasbourg. Cette tourj chargée d'ornements, sans tomber toutefois dans les excès du style flamboyant 4 supporte une flèche incomparable de forme et de détails qui se marie merveilleusement avec sa base et dont Teffilement gradué» sur une élévation aussi considérable (97 "^,29,) produit des lignes d'une harmonie suprême. L'église manque de longueur : elle mesure à peine 44 mètres hors œuvre, tandis que ses voûtes atteignent 32 "",15 de hauteur. Sa largeur est de 28 mètres. Elle se fait encore remarquer extérieurement par le magnifique portail de la façade, dont les voussures et le tympan sont peuplés de figures et de statues et qi^e surmonte un beau pignon, couronné par une petite aiguille d'un charmant effet, La nef de Saint-Thiébault, malgré son peu de profondeur» ne manque point dç noblesse, grâce à son élévation, à l'élégance de ses voûtes, à la hardiesse de leurs retombées ; elle est éclairée par de vastes fenêtres > parées de brillants vitraux. La beauté des peintures murales, les stalles en bois sculpté qui garnissent le chœur, la chaire, ciselée avec art et sa curieuse rampe en fer du xv*^ siècle, la ravissante chapelle du collatéral de droite, donnent à l'ensemble de ce vaisseau on cachet de richesse qui manque à beaucoup de nos cathédrales. Ici la perfection des détails rachète les défauts de la masse, et le manque d'homogénéité s'oublie, car Tœil est distrait par mille objets divers,

sur cette bruyère que plusieurs historiens, notamment le savant Schœpflin, placent le fameux Lugenfeld (champ du mensonge) où Louis le Débonnaire fut livré à ses ïDclignes fils. Le vieil empereur, faible d'esprit, dont Thabitude invariable était d'être content quand même, perdit en cette occasion sa mansuétude ordinaire et maudit le lieu du parjure. Ses malheurs Tavaient sans doute doué du mauvais œil, car sa malédiction eut le surprenant pouvoir d'arrêter le travail de la terre et la plaine dévastée d'Attila devint absolument stérile. La Providence, les pro- ,grès de Tagri culture aidant, a changé les choses depuis. L'Ochsenfeld est aujourd'hui défriché et couvert d'abondantes moissons.

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L*églîse de Thann.

Les chapiteaux touffus, les cordons courants entremêlés de rinceaux de vignes et de chardons fleuris, aux formes légères, les fragiles meneaux ouvragés des ogives géminées, les culs de lampe épanouis en luxuriants feuillages ou s*accrochant avec les griffes des monstres étranges qui semblent vivre, les colonnettes engagées, aux ciselures compliquées^ les statues, les ornements sans nombre, semés à profusion, empêchent de regretter ce manque de perspective grandiose qui élargit la pensée dans les grandes basiliques chrétiennes; en visîtant l'église de Thann, on se croit transporté dans un petit musée précieux de l'art gothique de plusieurs époques.

On rapporte à la construction de Saint-Thiébauk une légende assez originale dont divers épisodes sont reproduits dans quelques anciennes sculptures du pays.

On voyait, il y a une soixantaine d'années, au-dessus de la porte d'entrée d'une auberge située en pleine campagne, près de BItschwil- 1er, à 3 kil. de Thann, un tableau de pierre sur lequel étaient gravés ces mots en caractères gothiques : Les joyeulx anges. Le tableau représentait douze figures grossières tenant de la main droite des emblèmes de maçonnerie et de la gauche une coupe informe. Ces figures, mutilées pour la plupart, étaient revêtues de robes flottantes* Pour justifier leur qualité d'anges, tous les personnages étaient décorés de long^ues ailes pointues, si naïvement sculptées que leurs plumes ressemblaient à des écailles de poisson. Une main repliée, avec Tindex étendu, environnée d'étranges zigzags simulant la foudre, semblait menacer la douzaine en question. L'auberge fut incendiée, plusieurs fragments du tableau de pierre se retrouvèrent dans les décombres, ils appartiennent actuellement à un collectionneur. Or il paraît que les anges, dont nous venons de parler, descendirent dans la plaine de Thann à une époque fortunée où les habitants célestes étaient en rapports visibles avec les simples mortels.

Il faut d'abord raconter à la suite de quelles circonstances la bienheureuse Vierge Marie expédia sur terre une douzaine de ses divins pages.

Jehan le chauve était un serf intelligent dont la misérable chaumière s'élevait sur les terres de l'abbaye d'Ebersmûnster, non loin de Schlestadt. Il sut plaire à un vénérable éveque de Spolête, nommé Thiébault, lequel était un grand saint. Lorsque ce dernier, venu pour visiter les

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couvents de TAlsace, repartit pour des pays éloignés, Jehan obtient de le suivre, ce dont il fut très heureux,*car le sort du serf ne procurait pas ici-bas toutes les béatitudes. Le triste hère avait perdu ses cheveux et son ventre par trop rudes misères et privations, il espérait tout au moins regagner ce dernier au service d'un si excellent maître. Malheureusement les plus beaux rêves sont courts ; à peine la première moitié du voyage s'était-elle accomplie que le bon saint mourut en route. Thiébault n'était pas positivement riche, il n'avait point de bagages et ne possédait pour tout bien que l'anneau pastoral qui brillait à son doigt, c'est du moins ce qu'affirma son compagnon, auquel il légua cet ^nneau. Lorsque l^évêque eut rendu le dernier soupir, le '' '||

fidèle serviteur s'empressa de prendre la bague. Le doigt du saint vint avec elle. Frère Jehan en conclut à un miracle, et il ne se trompait point, ainsi que les événements le lui prouvèrent, sur la valeur de sa relique. Il réfléchit que le possesseur d'un tel trésor serait fort honoré dans son pays et qu'il y ferait fortune mieux qu'ailleurs. Sans plus tarder, il creusa son bâton de voyage pour y cacher le précieux débris '•:fi^

et reprit le chemin de l'Alsace.

Comme il touchait presque au terme de sa route, Jehan, très fatigué, s'arrêta un soir au pied de la montagne d'Engelbourg et, après avoir fiché son bâton en terre, s'assit contre un arbre pour se reposer. Le sommeil le surprit. A son réveil, le bâton avait pris racine et c'est en vain qu'il essaya de l'arracher du sol. Le bois en étant trop sec pour servir de bouture, il était évident qu'un fait surnaturel venait de se produire et que le doigt sacré désirait rester en ce lieu. Jehan le chauve et tous les curieux qui l'entouraient racontèrent ce prodige en haut lieu; Conrad de Gottlieben, abbé d'Ebersmûnster, vint saluer dévotement le gourdin reliquaire, et comme les discours ne manquèrent point, non plus que les signes merveilleux, une chapelle fut rapidement élevée et l'héritier de saint Thiébault en devint le gardien.

De nombreux pèlerins arrivèrent de tous côtés, et le doigt bienfaisant guérît tant de malades et consola tant d'affligés que le lieu de pèlerinage fut désormais célèbre. Tout un village se forma autour de la chapelle sur les deux rives de la Thur qui coulait à ses pieds. Le village devint ville et cette ville (Thann), plus ambitieuse, voulut honorer son saint par un temple digne de lui. On s'adressa au plus

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illustre architecte du temps, au fameux Erwîn de Steînbach qui, chargé de besogne, se contenta de réduire le plan de la cathédrale de Strasbourg, en y apportant quelques modifications, et l'expédia aux bour* geois de Thann, Les travaux de constructions de la nouvelle église commencèrent la même année. Ces travaux, entrepris au Xlll"^ siècle durèrent jusqu'au xvr siècle. C'est à cette époque qu'apparaissent les joyeulx anges.

Vers la fin de i5ï6j des chaleurs torrides s'étant prolongées jusqu'au milieu de l'automne, Teau vint à manquer. L'église Saint-Thiébault était presque achevée, sauf la flèche, qui s'élevait à peine audessus de la belle tour qui la supporte; mais, comment bâtir sans eau? Les ouvriers désertèrent les échafaudages. Ils se consolaient en buvant r excellent petit vin de Thann qui coulait à flots. La vendange avait été exceptionnelle. Le soleil qui tarit les sources fait mûrir le raisin et il n'y avait point assez de tonneaux pour suffire aux récoltes de Cernay et de Saint -Amarin. La châtelaine d'Engelbourg qui possédait dans ses domaines les meilleurs crus du pays, n'avait jamais entassé dans ses immenses celliers d'aussi royales provisions, et par grande générosité elle avait octroyé aux paysans tout le surplus de ses vignes dont elle ne savait que faire* Les manants, mis en joie, vidaient en plein vent les cuves de vin doux. Dieu sait si toute la contrée était en liesse et joyeuse humeur ! Une seule personne ne partageait pas l'allégresse générale, c'était la noble comtesse Yseult, en sa forteresse d'Engelbourg, VeuvCj depuis plusieurs années, de Gerhard de Merxheim^ elle s'était adonnée avec ardeur aux pratiques de la dévotion. Il est à supposer qu'elle n'oublia pas le doigt du bienheureux Thiébault et qu'elle eut à s*en louer, car elle avait pour le saint une reconnaissance extraordinaire et vidait son escarcelle au profit de Téglise. Lorsque les travaux cessèrent, elle eut recours à la Vierge Marie et lui adressa les plus ferventes prières pour obtenir un peu de pluie, La Vierge Marie est compatissante, elle fut touchée du chagrin de dame Yseult et Tavertit par un songe que l'église serait terminée avant que trois jours ne se fussent écoulés. Le lendemain, la châtelaine, au comble de ses vœux, se retira dans son oratoire pour y prier jusqu'à la nuit- A l'heure où le soleil se cache derrière les montagnes, une lumière argentée éclaira la fenêtre ouverte, puis se dissipa peu à peu ; alors la comtesse aperçut devant elle douze étrangers parfaitement beaux, vêtus à

la façon des hommes ; elle se prosterna, car elle comprit aussitôt que c'étaient les envoyés célestes.

Les anges parlèrent d'une voix douce; ils annoncèrent qu'ils étaient descendus du paradis, par ordre de la très sainte Vierge, pour terminer l'église inachevée et qu'ils demeureraient à Engelbourg jusqu'au matin, puis ils daignèrent sanctifier la table de leur hôtesse, plongée dans une béate extase, après quoi ils lui promirent que leur séjour attirerait les faveurs divines sur elle et sur ses enfants, jusque dans leur descendance la plus éloignée; enfin, fatigués de leur long voyage, ils se retirèrent pour goûter le sommeil des humains.

Dès le jour, les saints ouvriers descendirent dans la plaine; la chaleur était lourde, et comme ils approchaient de la ville, ils virent dans un champ des paysans, assis autour d'une énorme tonne de vin, et occupés à y perdre la raison. L'odeur du breuvage leur parut si agréable qu'ils s'avancèrent près de ces gens. Les anges, ayant pris la forme mortelle, se trouvaient conséquemment assujettis à nos lois naturelles, ils avaient soif et furent tentés de goûter à la liqueur terrestre. Ils acceptèrent avec empressement l'offre gracieuse qui leur fut faite de se désaltérer. Le vin ambré leur parut si bon, qu'ils jetèrent un lourd sac d'or aux paysans émerveillés, en leur demandant d'apporter, au pied de la tour de Saint Thiébault, les cuves et barriques pleines qu'ils pourraient se procurer. La récompense de leur peine serait le rachat de tous leurs péchés. Avant la nuit, on avait transporté autour de réglise une assez grande quantité de vin pour remettre à flot le lit d^séché de la Thur et la marchandise était largement remboursée par de belle monnaie précieuse et le salut de tant de vilaines âmes ; combien se fussent contentés de la première moitié du payement !

Pensant qu'une bonne chose convenait à une belle œuvre, les anges artisans avaient eu l'idée de gâcher leur mortier dans le vin.

Les bourgeois de Thann s'étaient rassemblés sur la grande place pour voir ce qui allait arriver. Ils nç virent rien du tout : un brouillard épais enveloppa l'édifice. Ils comprirent que le mieux était de ne pas approfondir, et les plus sages rentrèrent chez eux. Les curieux qui persistèrent à rester devant l'église entendirent seulement des chants joyeux qui durèrent jusqu'au matin.

Les anges ne s'étaient point cachés sans raison ; ne devant commencer leur tâche qu'à la première heure de la nuit, pour la finir à la

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Sixième, mis en gaieté par laboisson inconnue qui avait déjà produit un doux bien-être dans leurs corps tout neufs, ils avaient résolu de se réjouir entre eux, en attendant le moment d'accomplir leur mission. Chacun d'eux avait emporté d'Engelbourg une large coupe et s'humectait consciencieusement avant de mouiller le plâtre. Il en résulta que la bonne humeur du groupe sacré s'accentua de plus en plus et que lorsque les anges entreprirent leur travail, ils avaient tous le visage enluminé. Ils chantaient, mais les cantiques différaient déjà de ceux qu'accompagnent les harpes célestes. Pourtant, la flèche grandissait rapidement, bâtie, sculptée par enchantement ; seules, des mains divines pouvaient créer de semblables merveilles. La silhouette légère de l'aiguille se détachait, s'élançait vers la nue, élégante et hardie, fière de ses broderies, de ses ornements, de ses ciselures* Ermn luimême, en traçant son œuvre sur le vélin, n'eût pu en concevoir une réalisation aussi splendide. La nuit s'écoulait^ les joyeux anges bu* vaient et travaillaient toujours ; le vin suintait des pierres que leurs ciseaux fouillaient, le vin coulait dans les coupes d'or que baisaient leurs lèvres et les rires se mêlaient aux chants profanes. Sur les fines arêtes de la flèche, inimitable bijou, courait une végétation capricieuse, s'épanouissant en crochets fleuris, et que peuplait tout un monde d'animaux fantastiques et de figurines charmantes j mais dignes de l'enfer, La croix seule restait à poser sur son piédestal, déjà plusieurs anges dormaient sur la plateforme de la tour, quelques autres vidaient une dernière fois leurs coupes d'or. Nul d'entre eux ne songeait à cou* ronner l'édifice du symbole de la Rédemption. La sixième heure sonna. A ce moment, une main gigantesque apparut qui prit la croix et la mît en place, puis une voix terrible sortit des nuages. Les anges qui dormaient, se réveillèrent, ceux qui étaient restés au sommet de Téglise furent précipités sur la terre ; alors, ils comprirent leur faute et se prosternèrent devant le Seigneur.

La voix prononça cette sentence :

« Anges faibles, qui avez succombé aux passions des hommes, restez sur terre la durée de toute une vie, pour expier votre erreur. >

Puis des éclairs sillonnèrent la nue et Ja foudre tomba avec fracas sur la flèche, sans la détériorer, comme un baptême de feu. Les coupables sentirent pleuvoir sur eux une rosée parfumée. C'étaient les figurines, conçues dans la folie de l'ivresse, qui tombaient en poussière

avec les larmes de la Vierge Marie, Dieu n'ayant pas voulu qu'il restât autre chose du ciseau de ses anges que les merveilleux enroulements de la flore gothique.

Le voile de brouillard était tombé, Téglîse Saînt-Thiébault parut dans toute sa magnificence, ornée de son admirable flèche.

Douze hommes, la mine contrite, se tenaient au pied de la tour ; nul lie les reconnut pour ceux qui descendirent la veille de la montagne. Ils se rendirent a Engelbourg. On ne sait ce qu'ils racontèrent à la châtelaine, mais elle les recueillit avec joie dans sa forteresse; plus tard, elle donna à chacun d'eux un terrain sur son coteau. Y planterent'ils des vignes ? la légende ne le dit pas.

Il paraît que, même aujourd'hui, raîguille de Thann transpire à répoque des vendanges et répand un parfum exquis. Lescloches, alors, rendent un son si harmonieux et si pur, qu'elles semblent faire partie d'un concert divin. C. Velloni.

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