‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · ICONOGRAPHIE DE ROLAND · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE DE ROLAND

m, — Puisque nous avons associé ici deux formes de Fart qu'il ne faudrait jamais dîsj oindre j il me sera permis d*entrer en Italie par trois vers de Dante, Il a entendu un cor retentir :

Dopo la dolorosarotta, quando Carlo Magao perde la sauta gesta^ Non sonô si terribilmentc Orlando,

Je mentionnerai d abord deux figures sculptées qui représentent Roland et Olivier sur le porche de la cathédrale de Vérone. Ces statues, qui ont été souvent reproduites, notamment par M. Léon Gautier, ne méritent guère de nous arrêter : elles sont du XU^ siècle et ne font pas pressentir les splendeurs du XlU*.

Nous arrivons à un monument capital, qui a été divulgué en France par M, E. Muntz (i), et dont nous donnons une reproduction.

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. représentatîûn que nous voyons ici, est un pavement, ce qui

Eiudes icùHùgrapkîques ei arckioïogiques sur h moyen âge, — Chez Leroux, ; la petite bibliothèque d'art et d'archéologie.

explique la simplicité et la nature des moyens employés^ sans justifier les incorrections, mais sans nuire à la sincérité de Texécution et à la grandeur émouvante de l'impression. U a été exécuté en 1178 par un prêtre, nommé Pantaléon, sur Tordre de rarchevêque de Bnndisi, Guillaume, qui était d'origine française. Je croîs que Tartiste connais* sait seulement la chronique deTurpin.

La partie inférieure est un combat, dont je n ai pas bien réussi à saisir la signification. Dans la partie supérieure, voici d'abord deux cavaliers armés : des inscriptions indiquent que le premier est rarchevêque Turpin et le second Roland. La figure de Turpin est tournée vers le cavalier qui suit. La main droite semble indiquer une voie à suivre. Passons à la droite du spectateur : c'est la mort d 'Olivier (Alvier). Le héros est couché.

Suivant Tusage du moyen âge, 1 ame, ou plutôt la figure de la vie terrestre, s'échappe sous la forme d'un corps beaucoup plus petit. Quelques fragments indiqueraient qu'elle est reçue au ciel par Dieu ou par un ange. Olivier couché est démesurément grande bien qu'il ait été de courte taille. Dans la petite figure qui représente l'àme, le mouvement des bras vers le ciel est admirablement, je ne dirai pas rendu, mais indiqué. Il m'a rappelé les bras de la Madeleine du Gioito, aspirant à Notre-Seigneur dans le Nolime tangere. Voilà de ces effets, comme celui du ravissement au-dessus de terre, où le moyen âge a excellé et n'a jamais été surpassé ni même égalé*

Quand Roland voit que mort est son ami, ^ ,

A le pleurer, il se prend doucement ;

€ Mon compagnon, vous étiez trop hardi.

« Des jours, des ans ensemble avons été.

« Mal ne me fis, ni je ne t'offensai.

Et quand tu meurs, ce m'est douleur de vivre- j

Tel est le sentiment que représente la figure placée debout aux pieds d'Olivier, penchée et s'appuyant sur une grande épée. A mon avis, elle le représente très bien. Assurément, les jambes (comme dans toute cette composition) sont déplorables ; mais que voulez-vous? C'est émouvant. Les bras sont disposés très adroitement» l'un sout*^ corps siu: l'épée ; la tête est penchée sur l'autre bras.

Entre les deux cavaliers dont j'ai parlé d'abord, et la mort d ' vief , l'artiste a représenté une scène qui est assurément la plus b

de répopée française, peut-être de toutes les épopées, Roland et Turpin restent seuls sur le champ de bataille- JL^'archevêque va mourir le premier. Roland lui dit :

c Nos compagnons, qui nous étaient si chers, « D s sont tous morts ; ne les oublions pas, t Je vais aller les chercher dans Ja foule

* Et devant vous les porter et ranger, i Roland tout seul, par le clianap de bataille, Fouille les vaux et fouille les montagnes,..

Le pieux Roland les a pris un à un,

Les a portés tous devant Tarchevêquô Et les a mis en rang à ses genoux*.. Roland retourne ; il cherche dans le champ.

Lors, il retrouve Olivier son ami, Contre son sein étroitement l'embrasse.

Du mieux qu^il peut revient à l'archevêque, t Sur un écu près des autres le couche,,*

Turpin ne peut sVmpêcher de pleurer, '

Lève la main et puis il les bénit,

1! dit après : * Yons eûtes du malheur I

€ Seigneurs, que Dieu place toutes vos âmes

* Au paradis parmi les saintes fleurs... i

Roland est représenté transportant assez adroitement un corps, celui d*01ivîer sans doute » pour le placer auprès des autres chevaliers déjà rangés sur la terre. On ne voit pas larchevêque; mais un ange descend ou plutôt tombe du ciel, on ne sait trop comment. Les jambes d'Olivier sont encore tout à fait manquées. Au-dessus de son corps, est un objet en forme de violon avec un appendice étroit, que je n'ai pas compris.

Puisse notre essai iconographique servir à montrer quel effet les arts plastiques peuvent obtenir en s'inspirant des œuvres chrétiennes et françaises!

A* d'Avril,

Membre de la Société de Saint- fe an.

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