‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · RAISON ET INSPIRATION · texte numérisé non relu

RAISON ET INSPIRATION

« Vous prétendez, mon cher philosophe, tirer de ce que vous m'avez fait dire la dernière fois, une théorie des rapports de Tart avec la morale et de la subordination des facultés entre elles, A votre tour de parler, car pour le coup cette démonstration est exclusivement de votre compétence. »

Ainsi s'exprima l'artiste au début de la réunion suivante.

« Je ne dirai que quelques mots, répondit le philosophe ; je poserai la question, puis je demanderai au critique de l'éclaircir par ses développements. Autrement je courrais risque de répéter en moins bons termes ce que de plus grands philosophes ont dit avant moi,

€ L^art, dites-vous, doit avoir un caractère religieux. J'accepte votre formule : il y aura lieu de la préciser, maïs par son vague même elle échappe à l'inexactitude. Elle affirme que dans l'ordre des choses, Fart, pas plus que Thomme, créateur de lart, n'est sa fin à lui-même; et qu'indépendamment des fins secondes et immédiates qu*il peut lé* gitimement poursuivre, il ne saurait, pas plus que T homme, sans dévier, perdre de vue sa fin suprême qui est Dieu ; d'une manière ou d'une autre, la raison subordonne l'inspiration de Tartiste aux exigences du bien moral.

« La question de la subordination des facultés entre elles n'est qu'un autre aspect du même problème : pour que les facultés créatrices du beau, la sensibilité, l'imagination, atteignent leur fin directe et immédiate, elles doivent se soumettre aux calculs de la raison. C'est là un travail conscient ou inconscient, mais qui existe dès qu'il y a œuv-re d'art, travail admirable de la pensée, presque inaccessible à l'observation : ceux qui en parlent ne l'exercent guère ; ceux qui l'exercent ne songent guère à en parler.

« Mais quittons ces hauteurs, et prions notre ami le critique d^ faire à ce double point de vue la communication que ses notes promettent : depuis qu'il est entré, il en tourne et retourne entr mains un volumineux paquet.

&. — La première partie de notre thèse^ dit le critique, marr

rencontre du mouvement auquel obéit le monde officiel; peut-être n'en serons-nous que mieux reçus par Topinfon publique ; en France on aime toujours ropposîtion*

« Un malfaiteur payé par TEtat pour corrompre la jeunesse qui fréquente les maisons de rUniversitéj — ceci soit dit sans double entente, — un professeur de philosophie au lycée Condorcet, qui répond au nom dXMuberlup — pardon, de Darlu, — vient en plein concours général, devant des parents qui ne Tont peut-être pas compris, devant les autorités qui à coup sûr l'en récompenseront, d^esquisser» disent les journaux, une morale indépendante de la religion. Et c'est précisément l'instant où en haut lieu on parle ainsi de la morale que nous choisissons pour affirmer de nouv^eau avec l'élite des penseurs, écrivains ou artistes, que Tart non moins que la morale est tenu de se soumettre, je ne dirai pas au sentiment religieux, mais à une foi reli* gieuse positive.

« Cette thèse est vieille : la démonstration en a été souvent faite avec plus ou moins de bonheur» N'attendez pas que je la refasse complètement : ce serait du réchauffé. Fidèle à mon rôle de critique, je me bornerai à vous rappeler quelques faits récents qui seront la confirmation nouvelle d'une antique doctrine,

a N'attendez pas d'ailleurs que j'examine comment et dans quelle mesure cette subordination devra s'effectuer : la question est plus délicate j elle pourra venir plus tard. Aujourd'hui mes exemples tendront seulement à prouver que Tart grandit à se soumettre, et qu'au contraire à s'émanciper il devient ou coupable ou puéril,

ff C'est ta littérature avant tout qui me les fournira; ne vous en étonnez pas : on peut dire qu'à chaque époque tous les arts ont un caractère équivalent. Ce sont les mêmes inspirations qu'ils reçoivent, les mêmes qu'ils traduisent chacun en sa langue. A l'exposition centennale de 1889, la corrélation entre la peinture et la littérature était frappante : je ne sais si la remarque a été faîte. Devant les David, on sougeait aux grecs et aux romnins du Directoire, et même, faut-il l'avouer? aux Martyrs de Chateaubriand, la plus grecque par Tinten-

" et la moins vivante de ses œuvres. Les Decamps faisaient penser

^rteniaies. Plus près de nous, quoi de plus analogue aux procé-

" parnassiens que la manière léchée de Meissonnier? et les Millet ne

^-ils pas la traduction poétique des Humbles de François Coppée!

146 NOTES l/ART ET U* ARCHÉOLOGIE

11 est donc aisé de passer par analogie de la littérature aux arts plastiques, et les exemples littéraires ont d'ailleurs sur ceux qu on emprunte aux autres arts rarantage d'être plus aisément compris : les livres ont facilement des lecteurs ;mI est plus difficile de voir l'original ^run tableau ou d'une statue, et pourtant rien ne remplace cette vue des originaux pour comprendre ce qu'on en dît. Rien ne m'a été plus pénible que la lecture de Rio avant d'avoir visité en Italie les tableaux dont il parle.

« Si j'osais employer un mot récemment appliqué à la littérature par Fernand Brunetière avec plus de malice peut-être que de conviction (i)t je dirais que depuis rorigine de notre histoire Vidée dont je m'occupe a subi chez nous une longue évolution. Nos mystères, nos chansons de geste de la première époque, étaient ce qu'on qualifierait aujourd'hui d'oeuvres ad umfPi scJwiarufn, On peut en exagérer la valeur ou les défauts : je ne m'occupe ici ni de les défendre ni de les attaquer; mais il est impossible de nier que dans ces œuvres les auteurs aient subordonné leur fantaisie aux exigences de la morale et de la religion ; et ce n'est pas à coup sur à ce respect qu'on peut attribuer les imperfections qu'on est libre d'y trouver* Comment dès cette époque et à côté de cette littérature chrétienne, il s'est formé une littérature licencieuse qui s'est perpétuée à des degrés et avec des fortunes diverses à travers la renaissance et le XV[r siècle jusqu à nos jours; quelles ont été dans le même temps les vicissitudes de notre littérature nationale et chrétienne, c'est ce que je ne puis vous dire ici ; ce serait, avec un meilleur point de vue que son procédé dogmatique partant d'une définition de l'esprit français, et sans doute en le contredisant sur bien des choses, vous refaire l'ouvrage du respectable Nisard,

ïf Notons seulement deux faits : le caractère hostile à la religion que prend notre littérature au XVHt^ siècle; et au commencement du xix'', par une réaction inévitable, son caractère ardemment, sinon profondément rehgieux, Rousseau et Voltaire d'une part, Chateaubriand de l'autre, s'attribuent une mission et se servent des belles -lettres pour la remplir. On peut dire que jusque vers 1840 cette double tend?' subsiste^ et subsiste dans les deux sens : qui avec une ode, qui a

1h U évolution des genres ^ t, 1''^", 1^90,

NOTES d'art et D* ARCHÉOLOGIE î^.^^

un drame^ qui avec un roman, il n'est pas d'écrivain qui ne tente de régenter les destinées humaines. Il est triste de constater Téchec du mouvement chrétien ; Victor Hugo, qui en fut un instant le chef» « n'avait, remarque Pontmartîn, oublié qu'un point : c'était d'y mettre « un peu de spiritualisme sincère, de christianisme véritable. » Ht Montalembert lui disait avec raison : tf Nous entrons à Notre-Dame « pour prier, vous pour rêver, js> De là, comme premier résultat , des exagérations de pensées qui décrièrent la tenialive. Ecoutez ce que Victor Hugo écrivait en 1S39 :

Peuples, écoutez le poète!

Ecoutez le ri^vcur sacrô !

Daos voire noh, sans lui complète,

Lui seul a le frout (éclairé!..,

Il rayonne ; il jette sa flamme

Sur raernellc vérité 1

Il la fait resplendir pour Ta tue

D*une merveilleuse clarté!

Il inonde de sa lumière

Ville et désert^ Louvre et chaumière,

Et les plaines et les hauteurs ;

A tous dVn haut il la dévoile,

Car la poésie est Tétoile

Qui mèae à Dieu rois et pasteurs.

ffl Les vers sont beaux, Tidée est fausse : elle fait de la littérature une sorte de sacerdoce qui tend à se substituer à Tautre, dont elle prendra vite ombrage quand elle verra qu'elle n'en peut prendre la place.

— Un sacerdoce! vous dites bien, interrompit Tartiste. Ces vers, je m'en souviens, ont été parodiés. Un de mes camarades d'atelier> par un petit nombre de nioditlcatlons et sans rompre la mesure» était arrivé à les appliquer au prêtre :

Peuples, écoutez le prctrcî iîcouiez le prêcheur sâcré !

à la fin :

Car le sacerdoce est rétoile Qui mène à Dieu rois et pasteurs-

— ^ On ne pouvaitj dit le critique, jouer plus cruellement la prè-

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trophobîe d'Hugo et des hu^olâtres. je ne sais si cette chargée est venue aux oreilles de Tauteur que j'ai déjà cité, mais il soutient, et il promet d'en fournir la preuve, que notre poésie lyrique du Xix^ siècle, notamment celle d'Hug^o, descend par évolution de Téloquence sacrée du XVII®. C'est, dit-il, même matière et même style ; on ne peut dire plus poliment aux gens que leurs vers sont ennuyeux comme des sermons. Encore une gasconnade, et ce n est pas la dernière, à relever dans un ouvrage dont la forme outrageusement paradoxale a sans doute pour but et réussira peut-être à remettre en vogue bon nombre de vieilles vérités.

(f Prêcher comme le prêtre j former une sorte de clergé laïc : telle était donc la prétention d'Hugo et de ses contemporains. De plus experte verront là peut-être le bout de Toreille maçonnique. Quoi qu'il en soit, tout autre est la fonction des lettres et des arts. Au moyen âge nos jongleurs^ je parle des plus châtiés, et si tant est qu'ils fussent les auteurs des pièces qu'ils débitaient, ne songeaient directement qu'au but direct de l'art, qui est de plaire» Quand ils faisaient un sermon, c'est dans la bouche du prêtre qu'ils le mettaient ; ils connaissaient sa mission j et pour le faire parler, — scmperin adjUTUtts œvoque ntorabintur apiis, — ils trouvaient le langage convenable. Au besoin nos romanciers contemporains pourraient à cet égard prendre leçon chez eux.

Se vus murez esterez seint martîr, Sièges avrez eL'greiguor pareîs.

dit l'archevêque Turpin à Roland et à ses preux avant leur dernier combat, dans une scène certes aussi saisissante que les plus saisissants récits de \ Iliade, Probablement Hugo aurait mis ces paroles dans la bouche d'un contrebandier ; il eut fait parler Turpin à peu près comme son Afranus :

L'empereur, c'est la rôgle; et, bref^ la loi salîque Très mauvaise à Menton, est trcs bonne à Final (i).

Et la prêtrophobie lui eût fait rater son effet : on est toujours 1» par où l'on pèche.

I. Légende des siècles, I. VII. L'Italie. Ratberi^ L Les conseiUers proùe libres.

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« On vit bientôt le ridicule : l'écrivain le plus spirituel de Tépoque^ prenant pitié de ses coofrères, finit par leur crier ;

Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu?

On vit plus tard le danger, car, affranchi de la direction cléricale qui n'avait été nuisible ni à Tessor de Chateaubriand, ni aux débuts de Lamartine, on tomba sous celle du socialisme : Eugène Sue et George Sand prêchèrent à leur tour dans des genres inférieurs, La chose n'alla pas mal jusqu'en 1848, mais alors> sous le coup des événements, le bourgeois prit peur; il fallut une littérature qui ne rcffarouchàt plus avec les idées derrière lesquelles il entrevoyait la baisse de la rente. C était vers 1850 : le Parnasse était né,

ff Plus de mission supérieure pour les lettres et les arts : le bourgeois n'aime pas les sujets religieux, il aime moins encore qu*on lui parle de réforme sociale; ce qu'il veut, c'est un amusement, un chatouillement des oreiUes, des yeux, de Timagination, De là ces chinoiseries de style ou de forme qu'il absorbe comme de l'opium ou du haschich. De là, au dernier degré, la pornographie. On se plaint sans doute, on réagit ; il y a, même en dehors de ceux qui pensent comme nous, de nobles résistances- Mais où est le remède? Dans le spiritualisme, nous disent les rationalistes. Je réponds que le spiritualisme séfaréj comme Tappelait un penseur dont il faut d'ailleurs se défier, le P. Gratry, le spiritualisme séparé en vient où nous en sommes : il a fait naufrage à Athènes et à Alexandrie, il vient de faire naufrage à la Sorbonnej il faut aux lettres et aux arts, comme à la philosophie, cette foi religieuse positive dont Gebhart, dans sa lourde compilation de X Halte mystique^ fait si bon marché,

« 11 me serait aisé d'entrer dans plus de détails : maïs avec ce que je viens de dire les échappées sont ouvertes ; à vous d'y pénétrer si bon vous semble. Je passe à notre seconde thèse : que Tinspiration, dans la poursuite de sou objet propre, qui est la production du beau, doit encore se soumettre à la raison, La raison ne l'avertit pas seule- .it qu'elle a un but supérieur à elle-même, et que pour être dans .dre elle y doit subordonner ses actes- Elle lui montre encore que

Fur produire le beau il y a des voies qu'elle doit tenir et d'autres

mt elle doit s'écarter.

— Permettez» dit le philosophe, qne je place un mot.

c Nos facultés ont entre elles une hiérarchie : il faut que la raison commande, il faut que l'inspiration et la sensibilité, quel qu'en soit l'essor, obéissent. Dans tout chef-d'œuvre la raison a dirigé Tauteur ; et là où la direction lui a échappé, il y a une tache. Devant ces taches, notre premier mouvement est de dire : Cela n'est pas raisonnable.

« Je n'aime donc pas voir Femand Brunetière, dans l'ouvrage que vous citez, louer Rousseau d'avoir réintégré la sensibilité dans ses droits. Toutefois, je le répète après vous, nous avons affaire à un gascon, et il se pourrait que cette formule paradoxale cache encore une vérité : sans doute Voltaire et son école, exagérant une tendance déjà excessive de l'âge précédent, avaient desséché les lettres au nom de la raison, et en cela comme dans le reste, ils s'étaient montrés déraisonnables ; mais Rousseau tomba dans l'excès contraire, et avec lui la sensibilité, comme plus tard l'imagination avec Hugo, devînt la maîtresse, ce qui n'était pas plus légitime.

« L'action dirigeante de la raison est, je crois, la loi fondamentale de l'art. Tout ce qui développe chez nous l'empire de la raison, loin de nuire à l'inspiration, ne peut que lui profiter. On citera des exemples pour me contredire; mais il faudrait examiner de près si la contradiction est réelle, et j'en ai dans mon sens qui sont incontestables : à ceux qui craignent pour leur débile inspiration l'aridité et la diversité des études, et qui sous ce prétexte s'éloignent par orgueil et paresse du travail, je souhaite la fortune de Dante, de Vinci et de Michel- Ange.

« Il y a dans l'art d'autres lois et d'autres règles : ce n'est pas notre objet de les examiner en détail. Mais je dois établir entre elles une distinction, la première que la raison indique : les unes sont absolues, les autres relatives; ou, si l'on veut parler une langue rigoureusement scolastique, les unes substantielles, les autres accidentelles. L'embarras est de reconnaître ce caractère : je doute qu'on y parvienne à priori. Toutes les règles sont des indications de la raison, et le plus souvent la raison les tire des données de l'expérience. Or l'expérience dans d'autres conditions donnera d'autres résultats, plus d'un procédé pour dégager du minerai le métal qu'il contie*"^ doit en avoir plus d'un pour faire un drame ou un paysage.

— Vous me mettez, dit le critique, sur la voie des exemples ^ vais donner.

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ne Prenons en matière d'art dramatique la règle des trois unités. Elle fait le tourment de Corneille, qui dans cliacun de ses examens essaie de prouver ou qu'il Ta observée ou qu'il a eu raison de la violer. Elle ne fait pas la beauté du Cïd^ qui grâce à elle est dénué d& Tampleur de la pièce espagnole. Et si Ton soutient K^Alhalte lui doit d'être un chef-d'œuvre, je demanderai s'il y a encore quelqu'un en France qui ose dire que Macbeth n'en est pas un. Voilà uiie règle qu'on a longtemps soutenue au nom de la raison; le malheur est qu'elle fut attaquée en France par des hommes qui ne songeaient guère à mettre la raison danâ leurs œuvres. Rien d'absurde à mon sens comme le théâtre de Victor Hugo : le pourpoint rose de don César, dans Ruy-Blas, a dépassé la croix de ma mère* Et ce n'est qu'une vétille : mais passons; cherchez vous-même, et vous aurez le plaisir de trouver.

c Dans un autre ordre d'idées, que n'a-t-on pas écrit sur notre versification ï La coupe de l'hexamètre, la rime, l'enjambement : que d'idées contradictoires se sont croisées sur ce sujet ! Et que nous dirait la raison, si nous l'écoutions? Que toute parole littéraire, prose ou vers, a son rhy thme ; que dans chaque langue le vers est Texpression d'un'rhythme plus parfait» obtenu au moyen de procédés conformes au génie de cette langue. De là des limites dont on ne doit pas sortir, mais que les péciants ont parfois rendues trop étroites. Jugez la coupe du vers suivant ;

Il peut me conquérir à ce prix sans danger.

C'est de la prose ! s'écriera un classique, mettez donc ;

11 me peut à ce prix conquérir sans danger.

La correction est digne de Gustave Planche ou de Geoffroy, le vers est de Racine, et le malheur est qu'avec son principal repos après/r/ja: il rend mieux le sermo sohitus de la passion. La rime aujourd'hui doit être riche : peut-être jugera- t-oa plus tard que là encore il y a excès, et qu'on prend le moyen pour le but. Maïs ce à quoi Ton ne .jût arriver dans notre langue, c'est au vers métrique, à moins t'être qu'on ne finisse par prononcer le français comme à Marie.

En peinture, notamment pour le paysage dont vous parliez, il

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s'est passé quelque chose d'analogue. Nos pères ont eu le paysage classique avec ses conventions, nous avons maintenant Timpressionisme, qui ne vaut pas mieux.

«r Mais je m'en tiens à des généralités, et peut-être n'ai-je été déjà que trop long.

— Vous avez au contraire passé trop rapidement, dit Tartiste, sur une distinction capitale. J'admets que nos entretiens ne doivent pas se transformer en un cours complet des règles de Tart : restons sur les sommets. Toutefois, à propos de la subordination de Tart à la morale, il faut s'entendre : malgré sa subordination^ Tart reste distinct- Entre la bonne action et l'œuvre d'art, pas de commune mesure. C'est un devoir d'être moral, mais la moralité ne sera pas un titre à la valeur esthétique.

— La question, dit le philosophe, mérite un sérieux examen : elle peut former, avec la manière dont se manifeste la subordination de l'art à la morale, le sujet d*un nouvel entretien. Comme aujourd'hui notre ami le critique paierait son écot de faits et d'observations. »

La proposition fut approuvée et le critique chargé de la rédaction

du procès- verbal.

Bernon.

P.-S. — Erratum à Tarticle Un livre d* artiste^ août 1890, ligne 35, au lieu de ont les conditions, lire sont les conditions*

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