LE MEDAILLEUR JEAN DE CANDIDA
On nous communique sous ce titre, au moment de mettre sous presse, un court mémoire extrait de la Bibliothèque de r Ecole des Chartes, signé par M. Léopold Delisle, et tirant de Toubli profond où il était tombé le nom d*un artiste célèbre du xV sîccle. Nous 1.. empressons de signaler aux lecteurs des Noies d'Art^ la découv" que vient de faire le savant directeur de la Bibliothèque Nationale, quel l'histoire de Tart est déjà redevable de tant de précieuses rév
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tîons. Documents et commentaires étant aussi brefs que décisifs, nous les transcrivons intégralement.
A ceux de nos confrères qui s'occupeni du règne de Charles YIII nous signalons un nom encore peu connu^ qui est peut-être destiné à tenir une certaine place dans l'histoire des arts en France à la fin du xv"" siècle. Il s'agit de Jean de Canoida ; c'est le nom qu'il prend dans un acte authentique qu'on lira un peu plos loin. Yoici comment nous avons àlé mis sur la trace de ce personnage.
Robert Briçonnet^ qui fut archevêque de K ci m s et chancelier de France, avait pour secrétaire un certain Guillaume de La Mare, originaire du Disert en basse Normandie. La correspondance de Guillaume de La Mare, qui a été publiée en 1514» contient plusieurs lettres écrites au nom de rarchevêque de Reims et notamment la suivante :
* Eobertus, etc. Joanni Candidïje, summo ei oratorî et historico ac sculptons artis atque plastices hac ^etate omnium consomraatissimo, S, P. D.
» Amice charissîme, tcrnas epistalas tuas, figurse et imaginis nostrse sigilla impressas atque argenteum mummisma recepimus, quibus nihil desit praeter spiraculnm, adeo me ad vivum effinxisti. Scio quid gcstias ; vis amicitiam nostram etiam perse verare post mortem ac perenni hominum memoria continerL Quod mihi quoque jucundum est, Kegocia vero tua ne cures ^ curabo enim ea quam accuratissime. Valc. >
De cette pièce il résulte que Jean de Candida avait exécuté une médaille et probablement un sceau de Robert Briçonnet, Cette médaille est parfaitement connue, et la Bibliotbèque nationale en possède un exemplaire. On ignorait jusqu'ici quel en était l'auteur; mais l'attribution à Jean de Caudida ne saurait être douteuse, et, selon toute apparence, il sera facile de reconnaître d'autres médailles du même style dont on sera fondé à lui faire honneur- Nous connaissons déjà une médaille, celle d'Antoine Gralia Dci, qui porte la signature Candid.
Il existe, d'ailleurs, une médaille à la légende lOHANNlS CANDIDA, médaille dont un exemplaire est conservt^ dans le cabinet de M* G, Dreyfus, â Paris.
Dans la lettre de Robert Briçounet que nous avons citée, Jean de Candîda qualifié de summus et oraior et ht si or i eus ac sculpforiœ ariis aiguë p/as~ s hac œtaU ommum consummaiisstmus , On est sur une piste qui fera îouvrir une partie des œuvres de Tartiste. Il reste à justifier ses droits au e de oraior é^i kt s tort eus. Nous ne pouvons encore signaler aucune corn- -ition historique qui puisse lui être attribuée ; mais nous sommes en mesure
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de montrer que la qualité d'ora/or De lui a pas été donnée par simple courtoisie. Oraior, dans la langue du xv* siècle, signifie ambassadeur, et Burchard a pris soin de notis informer que parmi les ambassadeurs envoyés à la cour de Rome, en 1491, par Charles VllI, figurait Johannes t>b Candïda.
Le médailleur dont Robert Briçonnet a fait Télogc était donc en. même temps un homme d*Etat. Son nom devra se retrouver dans les papiers administratifs du règne de Cliarles VIIL Nous pouvons dès maintenant produire une des pièces du dossier qui lui sera consacré. Cest une quittance, dont Toriginal est conservé à la Bibliothèque nationale.
1 En la présence de moy Jehan Charpentier, notaire et secrétaire du roy nostre sire, maistre Jehan de Candïda^ conseiller dudit seigneur, a confessé avoir eu et receu de maistre Anthoine Bayard, conseiller dudit seigneur, trésorier et receveur gênerai de ses finances es pais de Languedoc, Lyonnoiz, Foretz et Beaujouloys, la somme de trois cens livres tournois, à luy ordonnée par le roy nostre dit seigneur pour sa pension et entretenemcm en son service durant ces te présente année commencée le premier jour de janvier derreaier passé, de laquelle somme de iii^ h t. ledit de Candida s'est tenu pour content et l>iea payé et en a quitté et quitte ledit maistre Anthoine Bayard, trésorier susdit et tous autres. Tesmoing mon seeing manuel cy mis à sa requeste, le xvi"** jour d'octobre mil CCCC quatre vingts et treizCp
< Charpentier, »
Les points suivants demeurent donc établis. Jean de Candida, que Charles VIII envoya en ambassade à Rome en 1491, était conseiller du roi en 14.93. ^ *^ titre, il recevait une pension de 300 livres tournois par an. Il a fait la médaille d'Antoine Gratta Dei et celle de Robert Briçonnet, qui, dans une lettie de remerciement, le qualifie de summm ei oraior et kisiaricus (^ sculptori^ ariis atque piastices hac é^fate ùmnwm consummaiissimus. Ses traits nous ont été conservés par une médaille, dont il est peut«êtrc Tauteur.
L, Delïsle.
Voilà donc remis désormais en lumière le nom d*un de ces maîtres attachants, dont le génie fît éclore à la fin du XV'^' siècle sur la terre de France tant de charmantes créations. Il s'agit^ comme on le voit, non d*un artiste de second ordre, mnis d'un homme dcjà célèbre de son vivant* A Tépoque indiquée pur M. L, Delisle, Jean de Caud'-^-^ **<=* déjà en possession de la renommée; Robert Briçonnet, qui fut u^^ vêque de Reims et chancelîer de France, rappelait mon cher ami donnait le titre d'historien et le quaUfîait de sculptorùe ariis i piasitces hac ^iaîc omm'mn consummaîîssfmus. 11 avait donc !;< '
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tatîon d'un modeleur et d'un sculpteur de premier ordre et^ ce qui confirme pleinement cette a.pprécîation qu'on pourrait croire trop élogieuse^ Charles VÏII, après Tavoir jugé di^ne de le représenter à la cour de Rome, lui conférait le titre de conseiller du roi.
Nous pouvons dès à présent affirmer que ce qui reste de Teeuvre de cet artiste est important, beaucoup plus important même qu'on ne parait Tavoir soupçonné. Ce n'est point que Tattention n'eût été depuis longtemps éveillée au sujet de quelques-unes de ces belles médailles que nous lui attribuons ; d'heureux rapprochements avaient été faits. Ainsi M. Armand (i), avec son tact habituel, avait formellement signalé la médaille de R. Brîçonnet (p* 85^ n" 7) et celles de P, de Courthardy et de F< Accohî comme sorties de la main d'un même artiste; de ces pièces, il avait rapproché (sans doute à dessein) la médaille de J. de Candi da lui-même. Mais sa perspicacité était en défaut quand, omettant de joindre à ce petit groupe la mcdaille d'Antoine Gratia Dei, il voulait au contraire y faire entrer celle de G, Canacci. Probablement était-ce à tort aussi qu il repoussait Videntification, proposée par M. Friedlaender, de l'auteur de la pièce d'Antoine Gratia Dei avec le médailleur de Jean Miette,
A ces quelques pièces que, dans notre esprit, nous attribuions volontiers au même maître, nous ajoutions encore un certain nombre de médailles de personnages français et étrangers. Mais nous attendions, avant de faire connaître le résultat de nos recherches, d^avoir découvert le vrai nom et Tétat civil de cet artiste. C'était un mystère et nous ne comptions plus guère, pourleclaircir, que sur le hasard ; mais voici que la providence des chercheurs en détresse, M, Léopold Delisle, vient de faire la lumière sur ce point. Nous profiterons de son heureuse découverte pour faire connaître tout prochainement ce que nous avons pu retrouver de Tceuvre de ce grand artiste qui fut Jean de Candïda, espérant que de nouveaux documents viendront confirmer par des preuves irréfragables quelques-unes des attributions proposées par nous.
Pour qui a l'œil habitué au faire des médailleurs de cette époque, lyle de Jean de Candîda est assez facile à reconnaître. Bien que tre médailleiïr ait subî l'influence des grands maîtres italiens, avec
t. Les Médaitkurs itatiens des XV* et XVi= siècles ^ 2"^ édjt,, t. I, p. 104, et (, p- 85 et 86.
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lesquels il a des ressemblances, il n'en conserve pas moins sa personnalité. Dans ses médailles, têtes et bustes sont d'ordïnaire franchement posés de profil ; des légendes sobres, à lettres fortement accusées» encadrent solidement la tête et le type du revers, dont elles occupent parfois le champ tout entier ; généralement^ un grènctîs très peu ressenti et touchant la tranche souligne la légende circulaire et complète la décoration qui reste toujours sévère. Sans atteindre la puissance, l'ampleur et la merveilleuse souplesse de Pisanello, son modelé est ferme, son style est large, sans mièvrerie et sans recherche d^ornementation : c'est toujours clair, naturel, vivant, spirituellement et
fermement dessiné.
H. DE LA Tour.
BIBLIOGRAPHIE
L'Art Français, publication officielle de la Commissioo des Beaux- Arts, sous la direction de M. Antonin Proust. — L. Baschet, éditeur, 12, rue de TAbbaye.. Paris. — L'ouvrage complet (300 pages), sera publié en 12 li\ raisons à 5 fr.
La Commission des Beaux-Arts, à l'Exposition universelle de 1889, a résolu de consacrer, par un livre, le souvenir des merveilles prêtées à TExposition centennale par les musées et les grands collectionneurs.
A cet effet, elle a réuni les principaux critiques d*art français et a demandé un chapitre à chacun d'eux, selon leurs préférences et leurs connaissances spéciales :
L'Introduction, à M. Paul Mantz; la Peinture d'histoire, à M. L. de Fourcaud; le Portrait, à M. Maurice Hamel; le Genre et les Mœurs, à M. Gustave Geoffroy; le Paysage, à M. André Michel; le Dessin, à M. Arsène Alexandre j la Sculpture, à M. Henry Fouquier; la Médaille, à M. Roger Marx; T Architecture, à M, Louis Gonse; l'Estampe et la Gravure, à M. A. de Lostalot; la Caricature, à M. Armand Dayot.
Dix de nos premiers aqua-fortistes, MM. Bracquemond, Boula rd, Cliauvel, Courtry, Focillon, Gaujean, Guérard, P. Huet, Le Coûteux^ Lcfort, ont été chargés de graver dix chefs-d'œuvre de l'Ecole française, d'après Daubigny, David, Delacroix, J. Dupré, Géricauld, J. Huet, Manet, Rrud'hon, Kîcard, 1 h. Rousseau,
A ces dix noms, il faut ajouter celui du maître regrette C.-P". Gaillard, repi-*^senté par une de ses plus belles gravures : Œdipe, d'après Ingres.
Le Gérant / Eue este BEL VILLE.
Paris. -J.Mersch, imp. 22, PI. D^nferl-Rochcrtau