REMBRANDT RETROUVÉ
Il paraît bien qu'il était perdu. Si vousTaimez mieux, il était caché,
n est enfin découvert. Un artiste hollandais, M. Hopman, a accepté la tâche délicate de nettoyer la Ronde de nuït^ et quelle surprise! la Ronde de nuit est devenue une Ronde de jour. C'est du moins ce qu'affirmait naguère un écrivain distingué, M. Durand -Gré ville (i) qui, ayant prié Thabile restaurateur de lui envoyer quelques renseignements sur le travail qu il avait entrepris, recevait les ligues suivantes : ff Depuis des années le Rembrandt était couvert d*une couche épaisse de vernis, dont le temps avait rompu la cohésion moléculaire; le vernis était devenu terne et craquelé, rude et opaque sur presque toute la surface. Cette rudesse et cette opacité avait tellement augmenté dans ces dernières années qu'il était parfaitement impossible d entrevoir seulement la beauté caractérisque du tableau. j>
M* Hopman n'a pas osé dévernir entièrement le chef-d'œuvre. U s*est contenté de pulvériser d'abord la couche supérieure du vernis, la frottant du bout du doigt, de façon à la rendre mate ; puis, après 'éger dévernissage au pouce, !l a effectué le reste du nettoyage par jrocédé Pettenkofer, qui consiste à ejtposer le vernis aux légères
[« RêVHe hieui^ 22 mars 1890,
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vapeurs qui se dégagent d'une mousseline de laine imprégnée d'alcool non chauffé. Ces vapeurs pénètrent le vernis, le rendent mou, pâteux, et en font disparaître les crevasses. Au bout de vingt minutes, le ver* DIS de la Sortie des gardes civiques était redevenu une glace transparente, un peu moins épaisse et moins brune que jadis; selon Texpressîon de M- Hopnian, « le tableau est apparu plus beau que personne de la génération vivante ne Ta jamais vu, »
De fait» nous avons eu, il y a peu de jours ^ Toccasion d'étudier à nouveau Tœuvi e du maître ; l'effet est tout autre et il faut bien avouer que tout ce qu'on admirait n'était pas du au pinceau de Rembrandt, mais à l'action du temps.
Sans avoir retrouvé toute sa beauté et son éclat primitif, le tableau fameux a beaucoup gagné» « Les personnages du second plan ne sont plus noyés dans la poix; ils sont encore derrière une glace brune, mais enfin cette glace est transparente et permet de les voir vivre et respirer dans une véritable atmosphère. On se rend compte, beaucoup mieux qu'autrefois, qu'ils sont en plein soleiL II y a encore assez loin de cet effet roux, — mettons doré, si vous voulez — à Teffet blond de la petite copie faite par Lundens^ vers 1660, conservé à la National Galle r y et mise depuis 1887 sur la cimaise par sir Frédéric Burton, directeur d^c^^ beau Musée, Mais la distance entre Toriginal et la copie est déji devenue beaucoup moîos grande (i)* »
Le doigt du dévernisseur a un peu entamé la teinte jaune dorée qui enveloppait le lieutenant des pieds à la tête, et on a vu reparaître une partie des nuances qui se trouvaient sous le vernis, le blanc de récharpe, par exemple; mais pour la fillette à la robe jaune d'or, elle a conservé absolument son ancienne couleur. Les autres parties du tableau n'ont pas touttrs été à ce point ménagées. Là, où le vernis était plus craquelé, presque réduit en poudre, M. Hopman a mis à découvert la couleur sous-jacente. Certaines collerettes qui semblaient avoir trop longtemps servi, sont redevenues d'une éclatante blancheur, ce qui convient mieux, on l'avouera, à la méticuleuse propreté hollandaise. Telle plume de chapeau qu'on aurait dit avoir longtemps traîné dans la poussière, est d'un rose assez vif. La seconde fillette, à de cachée dans le centre de la composition, s'est gentiment débarbor^'