‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 2)Chapitre 54 sur 59 · L^EGLISE DE SAINT-SULPICE DE FAVIERES · texte numérisé non relu

L^EGLISE DE SAINT-SULPICE DE FAVIERES

Il nous est arrivé maintes fois, en face de quelque église remarquable, d'entendre cette question : Y a-t-il eu ici autrefois une abbaye ou un monastère? Il semble, en effet, — et une foule d'exemples le prouvent — que les établissements monastiques possédaient seuls, au moyen àge^ les ressources matérielles et intellectuelles nécessaires pour la construction d'édifices importants. On a peine à croire qu une église élevée simplement pour l'usage d'une paroisse rurale puisse offrir quelque intérêt.

L'église dont nous entreprenons l'étude a été signalée à une époque cependant bien indifférente à son genre de beauté, comme « la

1. Département de Seme-ct-Oîse, arrondissement de Rambouillet, canton nord de Doiirdan,

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plus belle église de village de tout le royaume (i) ». Elle s'élève néanmoins dans une localité qui ne comptait que 222 habitants en 1726, et quîaujourdliuî n'en a guère que 240- Elle n'est cependant pas une œuvre monastique. Elle est née d'un pèlerinage qui, au témoignage de Guillaume, confesseur de la reine Marguerite, épouse ' de saint Louis, était déjà célèbre au Xin'' siècle et attirait un grand concours de pèlerins. Il est permis de croire que ces derniers se réunissaient dans lamodestfe église dont les restes subsistent encore sous le nom de « Chapelle des Miracles » et que, la trouvant insuffisante, ils voulurent élever un édifice plus vaste et plus beau et contribuèrent de leurs offrandes à la construction de l'église actuelle. Toutefois la chapelle des miracles, annexée à la nouvelle église, ne dut pas cesser d'être plus spécialement consacrée au pèlerinage.

Des reliques de saint Sulpice, évêque de Bourges, avaient été ap* portées, nous ne savons à quelle époque, au lieu nommé Favières {3). De nombreux miracles y attirèrent bientôt les pèlerins, et le nom du saint dut s'ajouter à celui du lieu probablement au xir siècle- A cette époque déjà Favières était une cure, dont le titulaire se nommait Geoffroy- C'était une de celles dont Tévêque de Paris s'était réservé la nomination p Elle se trouve mentionnée à ce titre au Fouillé du Xin^ siècle, sous le nom de de Paveriis. Elle figure encore dans les registres de Tévêché des années 1483, 14S7 et 1626. Mais on ne la retrouve m dans celui de 1648» ni dans celui qui fut imprimé en 1692 par Le Pelletier, Cependant ^ îl est sûr qu'aux xra*'^ XIV" et XV* siècles, c'étoit la cure de campagne de tout le diocèse de Paris dont le revenu et oit le plus considérable. Aussi lit-on qu'en 1499, Jean Parent, qui en et oit pourvu, trouva un canonîcat de Chaalons, un de Laon, et une cure de Saint-Paterne d'Orléans par permutation (3) »,

r- ChasteUxn, Journal de sa vie. Manuscrit détruit en 1832^ lora du sac de Par chevêche de Paris, Cité par Lebœuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, édit, de 1883, tome IV, p. 172.

2- A copia fabarum ibî provenieniiujn. a Au xtl* siècle, Favières, qui dépendait de la châtdlenie de Moritlhéry, passa par usurpaticin dans la prévôté d^Etampes, Arraud du Chesnay en était seig^neur au xin- siècle, Antoine du Bourg sous François P'", Claude Daubray au XVII" siècle. Englobé dans le marquisat de Bâville j Saint- Sulpice releva des Lamoig-noa... » Chronique d'une ancienne ville royale, — Dourdan^ capitale du Hurepoixt par ]. Guyotj 1869.

3. Lebeuf, Histoire de la mile et de tout îe diocèse de Paris* Edit, de 1883, tome IVi p, 175»

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L'abbé Lebeuf parle d*un incendie qui ravagea Téglise et le presbytère, mais sans indiquer à quelle date il eut Heu. C est peut-être par suite de ce fléau que la voûte haute des trois premières travées fut détruite. La date de 1684, inscrite au dessous de l'écu des LamoigTion (r), nous porterait à croire que Tïncendie fut peu antérieure cette année, et que, en 1684^ le président de Lamoignon, seigneur du^ lieu, réparait cette partie de Téglise» Six ans seulement plus tard, Baillet écrivait dans sa Vie des saints « que, depuis quelques années, Tabbé Régulier de Saint-Sulpîce de Bourges, de la participation de Tarchevéque du lieu, envoya une relique de saint Sulpice à M. le président de Lamoignon, pour une de ses paroisses appelée Saint- Stfipice de Favières, aux extrémités du diocèse de Paris, où le con^ cours des peuples a formé un pèlerinage de dévotion (2) ^. Les reliques primitives avaient sans doute disparu, et le président voulait apparemment contribuer à entretenir le pèlerinage dont il venait de rétablir le sanctuaire. Peut-être les reliques qu*il obtint étaient-elles contenues dans le buste d'argent de saint Sulpice, que Chastelain vit en 1703.

Malgré les injures que lui ont fait souffrir le temps et les hommes, réglise de Saint-Sulpice de Favières présente un remarquable caractère d'unité. Elle n'a pas, comme tant d'autres édifices religieux, subi de ces remaniements, de ces modifications qui en ont fait progressivement des constructions hybrides ou composées de parties tout à fait disparates. S'il y a entre ces diverses parties des différences de détail que nous aurons occasion de signaler, la cause en est aux progrès que fit Tart de bâtir pendant le laps de temps que dura sa construction. L'art du moyen âge, loin d'être stationnaire, progressait sans cesse et marchait d'un pas rapide et continu vers une perfection que la vitesse acquise ne lui fit dépasser que pour dégénérer. Les bâtisseurs de cette époque ne laissaîent rien au hasard. Tout^ dans leur œuvre, était si soigneusement étudié; ils tenaient si heureusement compte des nécessités techniques ; ils connaissaient si bien les qualités des matériaux qu'ils employaient et savaient si habilement en tirer le

1, Voir plus loin*

2, V, Lebeuf, tome IV, p, 173.

parti le plus rationnel, que chaque année — j'allais dire chaque joiir — apportait son caractère propre, et que le travail du lendemain se différenciait déjà sensiblement de celui de la veille. Sans doute l'ensemble de Tœuvre pouvait, comme à Saînt-Sulpice, présenter une unité que rien ne semble rompre pour des yeux peu exercés ; mais Tarchéologue sait voir dans l'exécution des diverses parties, dans mille détails d'ornementation, dans la forme d'un chapiteau ou le profil d*une nervure, des différences qui lui permettent de suivre la marche progressive de la construction. Nous montrerons bientôt corn* ment notre église, commencée après 1250, se terminait dans la première moitié du XIV^ siècle, et comment la partie orientale est la première en date, tandis que la façade principale fut la dernière.

Façade occidentale de l'église de Saiiit*Sulpice de Favières.

La façade occidentale de Téglise de Saint-Sulpice en est, venonsnous de dire, la partie la moins ancienne. Le gable ajouré qui s'élève

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au-dessus de lentrée principale le prouve tout d*abord. Quoique malheureusemem mutilé, il offre encore des restes de ces formes géométriques et rayonnantes qui sont la caractéristique de rarchîtecture religieuse au xrv* siècle. La double voussure en tiers point que couronne ce gable est ornée, entre des cordons délicatement sculptés, de statuettes d'anges surmontées de dais. Quelques-unes de ces statuettes, encore intactes, sont, avec celles du tympan et les gargouilles, les seuls restes de la sculpture de régUse, Deux pinacles appliqués au mur se dressent à la base du gable.

Deux grandes niches, aujourd'hui vides, couronnées de dais, surmontent de chaque côté de Tembrasure, des pîeds droits ornés d'arcatures trilobées. Une niche semblable est pratiquée dans le trumeau. Ce dernier a aussi quatre arcatures trilobées sous lesquelles se voient les restes mutilés de quatre petits bas-reliefs encadrés dans des quatre-feuilles et relatifs à la légende de saint Sulpice-

Dans le premier, le saint, portant une croix à longue hampe, la chape et la mitre, et accompagné d*un clerc, bénît le roî Gontran sur son lit, auprès duquel se tiennent la reine et deux servit eurs.

Le deuxième bas- relief représente saint Sulpice, suivi de son clerc, bénissant trois infirmes, au nombre desquels sont un cul-de-jatte et un boiteux» ,^

Dans la troisième scène, le saint, sortant d'une église, semble exorciser un personnage à genoux devant lui* Un démon aux pieds armés de griffes, grimpe dans un arbre, sous lequel sont couchés plusieurs personnages.

Enfin, devant saint Sulpice debout, un petit personnage parait cacher un objet dans le creux d*un arbre,

La niche du trumeau était autrefois occupée par la statue du saint patron. L'abbé Lcbeuf, qui la vit encore en place, dit qu*on lisait V dans un des plis de sa chappe cette inscription en lettres capitales

gothiques ; ADAM HASTE jadis MRSTRE de ce ANS A DONNE CETTE

îMAGE jft. Mutilée à Tépoque de la Révolution, enfouie dans leglise vers i8t2, cette statue, déterrée depuis, n'offre plus qu*un tronçon sans tête ni bras. On voit encore au côté gauche des traces bien frustes de Tinscription signalée par Lebeuf.

Le tympan est divisé en trois zones par des cordons horizontaux. Dans la zone supérieure, le Christ debout ^ nimbé, drapé dans un man-

teau qui laisse à nu le haut de son corps, tient un calice de la maia gauche, et bénît de la droite, A ses côtés, deux anges portent la croix, la lance et les clous. Enfin j aux extrémités, deux personnages sont agenouillés, mains jointes, tournés vers le Sauveur : à sa droite» la Vierge couronnée; à sa gauche, saint Jean. Tous ces personnages sont posés sur une bande ondulée qui semble figurer des nuées.

Au dessous sont représentés la Résurrection des morts, puis le Jugement dernier. « On y voit, écrivait Tabbé Lebeuf (i)» saint Michel tenant des balances qui décident du mérite de chacun. Du côté droit sont les hommes destinés pour le paradis, derrière lesquels est un ange qui joue du violon ; et à la main gauche de Jésus-Christ sont les damnés suivis d'un diable noir qui les pousse en enfer. »

Pendant longtemps, les deux zones inférieures ftwent couvertes d'une épaisse couche de plâtre sur laquelle on pouvait lire ces mots, inscrits par ordre de la Convention : Le peuple français recouftatt l'Etre suprême et l' immortalité de l' âme (2),

Ces sculptures, en particulier celles qui ont trait à la Résurrection et au Jugement, avaient beaucoup souffert avant d'être cachées par du plâtre, et leur état de mutilation ne permet que difficilement d*en retrouver le détail.

Toute Tornementation de cette porte est intéressante, et la sculpture en fut particulièrement soignée. Si les statuettes offrent quelque peu de sécheresse, les daîs, les cordons et les piédestaux attestent un ciseau exercé. Les colonnettes qui séparent les grandes niches ont ces chapiteaux à deux rangées de feuillages qui appartiennent au xiv^ siècle.

Entre les deux contreforts qui flanquent la porte principale et ceux qui soutiennent les angles de la façade, sont percées deux portes plus petites et plus simples, dont Tune est murée. Des faisceaux de colonnettes à chapiteaux garnis de crochets, supportent une voussure en tiers-point formée de plusieurs tores. A la base du tympan, trois petits socles octogones étaient destinés a porter des statues.

Au-dessus de chacune de ces deux portes latérales s* ouvre une large fenêtre à deux divisions renfermant elle-même deux arcs trilobés. Un oculus achève de remplir Tarchivolte ; au-dessus des trilobés

I. Histoire de la ville et de tout h diocèse de Paris ^ t* IV, p. 172,

3. L* église de Saini-Sulpice de Favières^ par M, Patrice Salin, Paris 1865, p. 15.

NOTES d'art BT D' ARCHÉOLOGIE

sont tracés des quatre-feuilles. Trois chapiteaux à double rang de feuillages reçoivent les retombées des arcs intermédiaires.

Plus haut, un larmier court dans toute la largeur de la façade, et contourne les contreforts. Une corniche à feuilles entablées soutient ce larmier depuis l'extrémité de gauche jusqu'au delà du troisième contrefort. Deux gargouilles sont appliquées aux contreforts qui bordent le portail principal.

Au-dessus du larmier, le mur de la construction primitive continue à s'élever, accusant les combles des bas-côtés et percé d'un simple oculus au-dessus du grand portail. Là il s'arrête subitement, couronné par un pignon construit postérieurement en petits matériaux, à Tépoque où la' voûte de la nef, détruite, fut remplacée par une voûte en bardeaux.

{A suivre.) A. Bouillet.

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