MURAILLES ET AFFICHES
« 11 n*y a de sérieux que ce qui ne le paraît pas. » Cette opinion de Démocrite pourrait servir d*en-tête à une causerie dont le sujet, c'est bien le cas de le dire, esi; vieux comme les murs : mieux encore que Testampe, raffiche n'a-t-elle pas des titres de noblesse remontant
Affichag^e des amiODces à Pompéi, diaprés tine peinture murale.
à la plus haute antiquité et des papiers de famille absolument indiscutables? Ce serait certes un bien curieux ouvrage que celui qui nous donnerait l'histoire de Tannonce sous toutes ses formes. Les documents ne manqueraient pas. Quoi de plus curieux que de montrer la réclame prenant chez les Grecs et chez les Romains la forme d'annonces tantôt peintes en couleur sur des pans de murailles blanchis, tantôt manuscrites et collées à la devanture des boutiques.
^ NOTES d'art et D'ARCBÉOLOGm
A Porapéî, les annonces de tout genre, qui devaient être portées à la connaissance du public, étaient placées sur des tablettes que Ton suspendait devant les temples. Souvent aussi on les mettait dans un endroit apparent de la ville, et une couche de blanc effaçait les afiSches anciennes et pennettait d'en mettre de nouvelles.
Les annonces du commerce ne pouvaient pas être faites avec autant de solennité ; on les accumulait sur certains points de la ville dis* posés pour les recevoir et qui remplissaient le même rôle que la quatrième page de nos journaux.
En 182 1 , on a découvert à Pompé! un bâtiment situé près du forum, dont la disposition architecturale se compose de pilastres corinthiens supportant un entablement et encadrant des espaces rectangulaires où étaient contenues des inscriptions écrites en couleur rouge. Des frontons alternativement courbes et triangulaires complètent cette décoration d'une certaine élégance. Les inscriptions qui annonçaient les ventes, les locations » ou les spectacles de Tamphithéàtre n'existent plus aujourd'hui, mais elles ont été reproduites dans le grand ouvrage de Mazois qui les a transcrites au moment où on venait d'en faire la découverte.
Il nous faut maintenant faire un saut de treize siècles pour retrouver lannonce se manifestant sous la forme d'enseignes, Et combien variées et intéressantes ! Il est telles enseignes d auberges ou d'hôtel* leries qui nous apprendraient plus que telles pages de Dulaure sur la société parisienne du XIV^ au XV siècle,
La Fontaine disait que :
L'enseigne fait îa chalanderie.
C'est en effet le commerce qui inventa les enseignes : de véritables emblèmes en pierre, en terre cuite, en bois ou même en métal, qui étaient attachés pour la plupart avec des anneaux à des potences de fer et qui faisaient saillie de deux: ou trois pieds sur la rue. En sorte qu'au moindre coup de vent les passants risquaient de recevoir sur la tête qui un cheval blanc, qui un lion d'or^ qui un grand cerf en fer forgé plus ou moins lourd.
Que de jolies choses perdues à jamais parmi ces tableaux- réclames ! Et renseigne du bon vieux temps ayant disparu, Taffiche est devenue pour le public l'enseigne qui se déplace» qui court les rues^
qu'on retrouve à tout îastant et qui provoque le regard par sa répétition même.
Au moyen âge, Taffiche fit une très timide apparition, pour renaître dans la première moitié du XV» siècle ; c'est sous Louis XIII seulement qu'elle commence à prendre un développement sans cesse grandissant. L'origine des affiches artistiques semble se confondre avec celle des thèses historiées qui prirent naissance au commencement du XVir^ siècle ou avec celle des affiches officielles portant à la même époque les armes royales-
Au début du XVIII** siècle, les affiches des confréries et celles des comédiens sont toute la publicité murale. Ce n'est que sous Louis XV que l'affichage parisien prit une extension extraordinaire, à laquelle n'avait pas été étrangère la fièvre de spéculation introduite à Paris par Law, comme le prouve si bien d'ailleurs cette légende d'un dessin satirique de l'époque ;
Puisqu'on affiche tout dans le siècle où nous sommes, Affichez aussi que Colette vend des pommes.
Je me demande vraiment pourquoi les maîtres graveurs du XVIII* siècle n'ont pas porté leur attention sur ce côté fort curieux de la publicité artistique. Rien ne leur est resté étranger; la réclame elle-même n'était pas faite pour les effrayer. On sait qu'ils y avaient recours ; témoins Chofiard, Moreau, Cochin^ Eisen qui dessinaient avec tant de grâce et d'esprit ces délicieuses cartes-adresses, classées aujourd'hui parmi les œuvres les plus recherchées.
Les affiches théâtrales de Moreau le Jeune pour faire connaître aux invités de la cour la composition et la date des spectacles dans les palais royaux, les invita tions-annonces de balj différents avis de libraires sont les seuls monuments dignes d*intérêt en ce qui concerne la publicité d'art.
Aujourd'hui, ah! aujourd'hui elle règne en maîtresse, l'affiche! Sur tous les murs, sur les monuments publics eux-mêmes^ la voici s' étalant éclatante, bariolée, tirant, crevant Toeil du passant auquel elle promet monts et merveilles-
Elles vous racontent, ces affiches, l'histoire d'un pays, sa vie politique, ses deuils, ses ietes, ses coutumes, ses mœurs. Icî, c'est la réclame d'un industriel qui vous prie de ne le point confondre avec son
voisin, là, Tannonce d'une fête de charité, plus loin la profession de foi d'un candidat qui a trouvé l'onguent merveilleux qui guérira les plaies de la nation. Voici représenté le héros du roman qui passionnera le public, le grand chanteur populaire; voici la scène à eflfet de la pièce en vogue, le nouvel élixir, la dernière poudre de riz, le succès du moment.
Et ce n'est pas une mince gloire pour Taffiche illustrée d'avoir
Fac-similé d'une invitation annonce de bal (1754).
dans notre XIX® siècle été consacrée par le talent des artistes les plus considérables de ce temps, Horace Vernet, Delacroix, Ingres, RafFet, Célestin Nanteuîl, Gustave Doré, Gavarni, Daumier, Grandville, Bertall et tutti quanti.
Il faut remonter à 1830 pour voir Taffiche illustrée devenir d*un emploi plus fréquent. C'est le temps où RaflFet composa des affiches lithographiées pour la Némésis de Barthélémy, l'Histoire de l'Algérie de Galibert, l'Histoire de Napoléon par Norvins, pour le Compagnon du tour de France.
NOTES d'art et D'ARCHÉOLOGIB
Horace Vernet ne dédaigna pas de signer une affiche pour THistoîre de Napoléon, qui fut commandée par Téditeur Dubochet.
Une des merveilles de la collection DessoUiers est T affiche, întrou-
TKÉATRC IMPCfllAL DU CHÀTCLET