‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 15 sur 77 · UN TRAITE D'ART AU XV« SIECLE · texte numérisé non relu

UN TRAITE D'ART AU XV« SIECLE

(Fin.)

Dans la troisième partie l'auteur aborde la peinture à fresque, « le travail le plus doux, le plus délicieux qui soit... 9

Après avoir indiqué les soins à prendre pour préparer l'enduit de chaux et de sable, la manière de composer son dessin au charbon, il décrit minutieusement comment on colore « un visage jeune (ch. LXVII), un visage de vieillard (ch. LXVIII), différentes barbes et cheveux (ch. Lxix), et enfin les vêtements, » consacrant un chapitre spécial à chaque couleur. Il s'occupe aussi des verdures et de l'architecture. « Supposons (ch. LXVII) que tu aies à faire une tête de sainte ou de saint jeune... prends la grosseur d'une fève d'ocre obscure... du noir gros comme une lentille... un peu de blanc de Saint-Jean (blanc de chaux purgée), la valeur d'un tiers de fève, une pointe de couteau de cinabre clair en ajoutant de l'eau... que cela soit courant et liquide. Ebauche peu à peu avec ton pinceau à peine chargé de cette couleur qu'à Florence on nomme verdaccio (terre de Sienne) et à Sienne baz* zeo... Alors aies un peu de terre verte bien liquide... et avec ton

pinceau doux, tenu entre le gros doigt et le doigt longf de la maia droite, commence à ombrer sous le menton et dans toutes les parties qui doivent être plus obscures, allant et revenant sous la lèvre de la bouche, dans le creux de la bouche, sous le nez, de côté sous les cils, peut-être sur le côté du nez, un peu vers la fin des yeux et vers les oreilles. Puis avec un pinceau pointu arrête bien chaque contour avec ce même verdacab.

< Il y a des maîtres aujourd'hui, qui, le visage étant dans cet état, prennent du blanc de Saint-Jean allongé d'eau et établissent les sommités et reliefs du visage selon l'ordre voulu, puis mettent un peu de rouge sur les lèvres, sur les pommettes et les joues, puis avec de la couleur chair bien liquide passent sur le tout; le visage est coloré ; ils relèvent encore les reliefs avec un peii de blanc. Ces manières sont celles de gens qui savent peu... sois persuadé que ce que je te démontrerai sut- Fart de colorer est la manière véritable, d'autant que Giotto, le grand maître, la tenait bonne pour lui... Aies un vase... mets y si peu que rien de blanc de Saint-Jean et autant de cinabrese clair (le dnnbrese est un mélange de stnopza, une terre rouge obscur broyée avec un ton de blanc de Saint-Jean)... promène cette couleur rosée sur les lèvres et les pommettes des joues. Mon maître posait le rouge des pommettes plus vers les oreilles que vers le nez parce qu'elles ajoutent au modelé du visage; fonds les pommettes avec ce qui est autour. Alors aies trois vases que tu divises en trois différentes carnations... et avec la couleur la plus claire va chercher tous les reliefs du visage, avec la couleur moyenne recherche tous les milieux tant du visage que des mains, des pieds et du buste... avec la troisième va vers l'extrémité des ombres, t'arrêtant là où le mélange enlèvera à la terre verte sa valeur .et de cette manière reviens plusieurs fois, fondant une teinte avec l'autre... Quand tu auras étendu ces teintes de chair, fais en encore une plus claire, presque blanche et avec elle on va sur les cils, la poipte du nez et un peu au bord de la bouche... Prends uapeu de noir avec le même pinceau pour former le contour des yeux, les narines et le trou des oreilles... n

Dans le chap. LXX qui traite des mesures du corps humain, nous relevons ces remarques étranges :

« Celles de la femme, je n'en parlerai pas, elle n'a aucune mesure

parfaite. L'homme a de moins que la femme une côte du côté gauche. » « L'homme beau doit être brun et la femme blanche. » Au sujet des arbres (ch. LXXXVn) l'auteur recommande t de travailler bien les feuilles et k plusieurs reprises » ; puis il ajoute : « Mais avant tout, quand tu auras couvert en noir le corps des arbres, dessiné les branches, mis les feuilles dessus et les fruits ensuite, sur les gazons mets quelques fleurs et des petits oiseaux. »

La quatrième partie est consacrée à la peinture à l'huile ou sur mur, ou sm* panneau, « peinture en usage chez les Allemands ». L'auteur y donne également des procédés pour l'application de l'or et de l'étain; il conseille à ce propos à l'artiste de ne se servir que d'or fin et de bonne couleur, particulièrement « dans la figure de Notre-Dame», € Que si tu veux me répondre, ajoute- il, qu'une personne pauvre n'en s'aurait faire la dépense, je te dirai : Si tu travailles bien... tu acquierras une telle réputation qu'une personne riche te viendra en aide et paiera pour le pauvre, et ton nom de bon coloriste sera tel que là où im maître aura d'une figure un ducat, tu en recevras deux. »

Dans la cinquième partie, Cennino s'occupe des colles de toute espèce ; mais avant d'entrer en matière, il pose en principe qu'il faut treize ans pour apprendre à peindre. Un an pour étudier le dessin, six ans « pour rester avec le maître dans sa boutique, apprendre à broyer les couleurs, faire les colles, préparer les panneaux et enfin six autres années pour « étudier la couleiu:, orner de mordants, faire des draperies d'or et te rompre au travail sur mur. »

Nous arrivons enfin à la dernière partie du livre, à la peinture sur panneau. L'auteur emploi neuf chapitres à nous dire comment le panneau de saule ou de tilleul doit être encollé et recouvert ensuite de bandes de vieille toile ; on laisse sécher le tout pendant deux jours, puis on applique par dessus à chaud deux couches de plâtre, la seconde de plâtre plus fin... Il s'étend ensuite longuement sur la manière de faire des reliefs, d'appliquer l'or, de le brunir, de colorer les chairs vivantes ou mortes. Parlant des poissons il fait observer « que les poissons et tous les autres animaux non rationnels ont les ombres par dessus et les lumières par dessous. »

Puis après avoir dit un mot de la dorure sur papier pour la mïnia^ ture, il consacre un chapitre à cette question inattendue dans un traité d'art (ch. CLXI) : « Comment ayant peint un visage humain, on a le lave et le nettoîe? » «Comme praticien, nous dit- il, il t arrivera «quelquefois d'avoir à peindre des chairs vivantes» comme par *i exemple des figures d'hommes ou de femmes. Tu peux pour cela (i tempérer tes couleurs avec de l'œuf, ou si tu veux mieux, avec de n r huile ou du vernis liquide. » Pour enlever cette peinture il conseille de frotter la face avec un jaune d'œuf d'abord, puis avec de l'eau de son bouillante et cela vigoureusement jusqu'à ce que le visage ait repris 'sa couleur naturelle ! Ce chapitre est doublement curieux tant au point de vue de l'histoire de la mode qu'en raison de la lumière qu'il jette sur la condition de l'artiste à cette époque, qui tenait, on le voit, de celle de l'artisan. Nous voyons mal les artistes de nos jours, mcmeles plus humbles, allant en ville badigeonner à Thuile ou à la coUe le visage de quelque élégante.

Les derniers chapitres du livre sont consacrés au moulage sur nature, qui paraît avoir été fort répandu à cette époque, non seules ment au point de vue documentaire mais encore au point de vue artistique ; en effet Cennino nous fournit des détails minutieux sur les précautions à prendre pour mouler des personnes de qualités, a seigneur, roi, pape ou empereur. »

Puis il termine son livre, comme il l'a commencé, par une prière à Dieu, à Notre-Dame et à tous ses saints patrons.

Puisse cette analyse, bien sèche, encourager nos lecteurs à étudier le vieux maître dans son livre, où ils trouveront certainement le grand plaisir que nous y avons trouvé nous-mêmes.

E. Balysis.

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Le Gérant: Euqèiïe BELVtLLK.

Paris. -J.Mersch, imp.22, PI. DMfert-Rochereau

LES TOMBEAUX POLYCHROMEvS EN FLANDRE

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entière est née artiste. Dès le Xlir et le xrv® siècle, Técole flamande avait une réputation méritée; ses artistes étaient recherchés et appelés sur tous les points de lii France, de TAUemag-ne et même de Tltalie.

Ils aimaient du reste à parcourir pour leur propre compte les contrées les plus lointaines; tel l'architecte Villard de Honnecourt, qui nous a laissé de ses voyages, un album de croquis si curieux; il visita la Hongrie et semble y avoir fait un long séjour.

De ce commerce avec l'extérieur, de ces relations multiples, naquit un art parfait qui sut s'assimiler les meilleures méthodes et perfectionner les procédés les plus propres à exprimer leur idée. Mais parmi tous les arts, la peinture était cultivée de préférence et valait à de nombreux artistes les plus grands succès. La corporation des peintres de Gand avait reçu avant 1410, 131 maîtres (i), et publiait

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