ET SES APPLICATIONS
'art asiatique en général, et l'art persan en particulier, est resté longtemps inexploré; et, pendant que l'Europe moderne s'éprenait d'une admiration enthousiaste ou raisonnée pour les arts de l'antiquité classique, pendant que plus tard les arts du moyen-âge chrétien ouvraient un champ nouveau et vaste au goût, aux études, à l'imitation, on ignorait à peu près complètement l'existence de l'art oriental. Bien plus, on était assez porté à le nier et à refuser à l'Orient toute aptitude pour les arts. Or cette contrée qui a presque toujours formé la vaste monarchie de Perse a eu et a encore de nos jours un art tout particulier, propre à elle, très homogène, très complexe.
C'est l'étude de cet art persan, décoratif au premier chef, qui pourra nous faire pénétrer dan& l'intimité, dans les arcanes mêmes du goût oriental. La décoration, si je puis m'exprîmer ainsi, en est la clef; sans elle tout reste fermé à nos yeux. L'art persan en est issu et s'y subordonne. Aussi vaîs-je esquisser, à larges traits d'ailleurs, les principes qui le régissent c'est là le seul critérium possible pour aller du simple au composé, pour étudier et apprécier. Sans quoi je risquerais fort de rester enseveli sous la masse des détails ou de me perdre dans les minuties.
Deux mots sur la décoration. La décoration a pour but l'étude de
Notes d'Art. 15 juillet 1889. — N« 5.
NOTES d'art BT D' ARCHÉOLOGIE
certaines lois, c'est-à-dîre la recherche de Taccord nécessaire entre les divers éléments d'une œuvre, forme et décor, de façon à constituer un ensemble, un tout qui soit agréable en lui-même, en harmonie avec le milieu auquel on l'associe. Aussi bien la décoration conveotîonnelle, telle que l'ont cultivée de tous les temps les orientaux et principalement les Persans, ne conserve plus dans l'expression des motifs que le caractère typique de la forme dont la couleur et le détail se modifient suivant les exigences du décor. C'est pourquoi le modelé est souvent réduit à de simples clairs sur les reliefs, ou atténué au point de disparaître parfois totalement, une seule silhouette remplie d'une teinte suffisant à l'expression : dans ce cas les motifs semblent fixés et colorés sur le fond avec ou sans relief apparent ; enfin, la couleur locale est le plus souvent avivée, amoindrie ou modifiée dans des proportions notables. C'est ici la convention pleine et entière et, dîsons-le, la décoration par excellence.
Or les Persans sont, en matière de décoration conventionnelle, vraiment hors de pair. A ce propos, je ne jurerais pas qu'on ne doive pas absolument attribuer à l'ignorance plus qu'au choix une grande part dans l'interprétation conventionnelle des Persans ; mais que ce soit par le fait de leur impuissance à rendre fidèlement la nature ou par celui de leur volonté, il n'en résulte pas moins dans la plupart de leurs compositions un caractère franchement décoratif, que des copies serviles de la nature ont été inhabiles à exprimer.
Et, du reste, dans un ensemble décoratif rien de plus insuffisant, de plus désagréable et même de plus déplacé qu une sincère copie de la nature ; car, en insistant trop sur les détails, elle amoindrit forcément le résultat général. Les Persans n'ont donc pas craint de se lancer dans les modifications en négligeant les détails pour exagérer ce qu'il y a de caractéristique dans une plante, par exemple.
La flore, d'ailleurs, est un des nombreux éléments décoratifs employés par les Persans. Je dirai plus, ils sont passé maîtres dans la
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flore décorative. C'est, îl est vraî, l'allure même des végétaux qui leur indique le sens où ils doivent s'engager ; aussi les voit-on accentuer la symétrie et même la rigidité si la plante l'exprime déjà, ou au contraire la souplesse et la flexibilité, si la nature présente cette tendance. En un mot, les Persans affirment le mouvement déjà ébauché par la nature même et remplacent l'attrait de la vérité dans le dessin et la couleur par le caractère de la silhouette et la simplicité de facture.
Avec un égal succès les Persans ont parsemé leurs œuvres des représentations de la faune la plus conventionnelle. La faune offre à leur décoration toutes les classes d'êtres vivants depuis T homme et les mammifères jusqu'aux monstres les plus étranges, tels que les martichores et les simorgs, dont les formes transportées en Europe produisirent ces stryges et ces bestioles du moyen-âge, et plus tard ces grotesques de la Renaissance. La figure humaine a été employée de tous temps par les Persans. Les Arabes seuls l'ont très rarement reproduite, le Coran défendant toute reproduction d'être vivant. Mais le caractère de la figure a, chez les Persans, toujours été profondément archaïque, d'une maigreur comme voulue et moyenagesquc, et toute conventionnelle, exception faitepourtant pour les personnages que les Persans ont représentés dans leurs manuscrits^ miniatures et jeux de cartes, où le souci du dessin se montre mieux que sur leurs objets d'art décoratif.
En ce qui concerne le côté architectural dans l'art décoratif persan, nous le trouvons exprimé avec ime fantaisie supérieurement appropriée au sujet. Tels sont ces édicules figurés dans des tapis de prière et certains manuscrits qui nous offrent des exemples admirablement compris de l'architecture figurée dans la décoration. Les Persans se sont pénétrés de cette vérité que l'architecture n'a aucunement besoin de conserver son aspect monumental et solide dès qu'elle cesse d'appartenir à un véritable édifice. Les édicules des tentures de Perse sont charmants parce que, comme à Herculanum, comme à E^ompéi^ ils expriment bien une architecture légère, toute delà plus exquise fantaisie, et non la copie d'une construction en matériaux lourds et solides. C'est ce qui me fait crier à l'hérésie quand je voisrarchitecture rendue avec une vérité absolument malheureuse et déshonorante , comme dans ces châsses et monstrances du XV* siècle, en manière de
portails de cathédrales, garnies de leurs tours et clochers, contreforts, arcs-boutants et gargouilles, ainsi que dans nombre d objets d'art de la Renaissance italienne, lanternes, candélabres et encensoirs, où sans nécessité aucune on retrouve des portiques et arcades flanqués des trois ordres complets.
Et la géométrie ? Ah ! comme elle vient bien à son tour apporter son appoint à Tart décoratif persan, quand elle n'a pas déjà servi de base à la structure même de la composition, en fournissant les lignes de cadre ou le tracé des axes ! Et notez bien que la nature et la convention ne sont plus en lutte avec cette science toute d'exactitude. L'on sait combien les motifs abstraits et purement mathématiques
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variées. Sans avoir été aussi habiles que les Ajrabcs et les Maures dans la décoration géométrique^ les Persans toutefois en ont tiré un bien merveilleux parti, surtout pour le revêtement peint de grandes surfaces, et ont poussé d'ailleurs fort loin le goût des ornementations richement capricieuses qui, selon la belle expression de M. Bayet, se répandent sur toutes les parties d'un édilice comme une végétation luxuriante. La géométrie sert aussi de base à une foule d'ornements qui ne la rappellent plus que par la structure générale et se rattachent en même temps à la flore et à d'autres sources décoratives. Leur procédé ordinaire consiste à superposer un galoonage plus saillant, à méandres variés ; puis ils font courir sur le tout un entrelac uni, large et voyant, dont Tefifet simplifie l'ensemble et règle la composition ; enfin par quelques boutons, pommes, fleurons disposés avec ordre en des points déterminés, ils complètent un décor d'une richesse et d* une clarté satisfaisante. Mais jamais, au grand jamais, l'on ne verra l'art persan se permettre dans son ornementation une exubérance exagérée de détails. Comme je le disais plus haut, l'art indien, le gothique flamboyant, la Renaissance flamande et espagnole, ne sont pas toujours parvenus au résultat qui
semblerait devoir être le prix de tant d'eflforts faits en vue de plaire.
Pour ce qui est de la composition même, les Persans, décorateurs exquisement raffinés, non seulement au point de vue de l'interprétation de la flore f de la faune et de la géométrie, mais à celui de la composition, nous ont laissé des arrangements qui peuvent passer pour les types du genre : tout y est, et Taudace, et la fantaisie et l'humour ; et cela s Jînesi in the world », tandis que nous voyons les Japonais qui ont souventes fois le diable au corps, méconnaître ou tout au moins négliger l'accord si indispensable de la forme et de Tornementaiion. Sans rien ôter à leur exécution spirituelle, empreinte du plus charmant réalisme, cet accord de la forme et de l'ornement mettrait leurs œuvres à l'abri de toute critique. •
Telle est la rapide et incomplète ébauche des principes mêmes de Tart décoratif persan. Quant à ses manifestations, l'art persan a de tout temps brillé du plus vif éclat. « La Perse, a dit M. Duranty, doit être considérée comme le foyer de l'art islamite et même de l'art asiatique tout entier. » Les Arabes ont commencé par se servir des artisans persans, architectes, potiers, sculpteurs^ verriers, jieintres et iutii quanti, en même temps que des artisans byzantins qu'ils trouvèrent en Syrie et en Asie-Mineure, c'est-à-dire de gens imprégnés de tout ce style mixEe où se réunissaient la tradition égyptienne, celle de la Phrygie, de l'Assyrie, de la Phénicie et autres pays, traditions revues, altérées, modifiées par les idées de l'art gréco-romain. Les Arabes ont traîné ces artisans partout avec eux, jusqu'en Espagne et en France, à TOccident ; jusqu'à Delhi et Agra dans l'Inde. La Perse a rayonné sur l'Inde, la Chine et le Japon. A son tour, elle a beaucoup reçu de l'Europe. Venise et les Croisades créèrent de tels contacts entre les chrétiens, les pays islamites et les contrées extrêmes, qu'on peut affirmer qu'Occident et Orient se sont imprégnés, imbibés mutuellement de leurs arts. Et voyez les rapports des peuples! Il y a des faïences persanes qui rappellent Palissy, ou les carreaux de poêle de Nuremberg, ou nos poteries du moyen-âge. Il est bien probable que la Perse nous avait déjà imités quand, à son tour, en Saxe et à Sèvres, à Delft et à Rouen, l'Europe se mit à imiter les Orientaux. Rien de plus curieux que ce chassé-croisé de l'art oriental et de l'art occidental. Les voyageurs des trois derniers siècles semblent avoir appris aux Orientaux et surtout aux Persans l'art des sujets entourés d'un
NOTFS d'art RT O'ARCHÉOLOGIE
cadre ou d'un cartouche (i). Je cite pour mémoire mille sujets religieux européens traduits sur des plaques de faïence persane, les figures gravées des ouvrages métalliques qui semblent empruntées à nos manuscrits ; sur des boîtes peintes en Perse nous apparaissent des Sévîgné, des Pompadour, des soldats en tricorne; des cafetières de style rococo nous rappellent que les Sassanides se mirent de parti -pris à Técole des arts chrétiens vers la fin du XVII® et au XVin® siècle.
Mais même avec ces mille et une influences étrangères, l'art persan sait rester homogène et affirme les erreurs que nous faisons souvent en appréciant le goût oriental où nous voulons voir Tamour des couleurs bruyantes, tapageuses, qui tuent l'œil. Ce goût du crû, du criard est tout récent par tout l'Orient. Autrefois, les Persans voyaient la couleur en gens qui ferment à demi les paupières et ont le regard voilé, en personnages qui marchent avec des sandales, sans bruit, dans le silence du sanctuaire et passent leur vie assis ou couchés dans un indolent far niente. Leur art est la gloire du neutre, des tons gris et bruns, des clairs obscurs, des jaunes éteints, des bleus et des verts obscurcis et brouillés, où ils posent une note vive, quand ils voient un oiseau ou un papillon sur un feuillage. Qu'on en juge par ces magnifiques tapis anciens du Daghestan, ceux d'Hérat, de Cachou, d'Ispahan, qui sont comme tabassés, mordorés, dont le ton général est vieil or patiné avec quelques reflets métalliques extrêmement doux. J'accorderais volontiers que l'ornementation de certains tapis de la Perse est ce que dans l'Orient entier on a imaginé de plus beau.
C'est d'ailleurs dans les tapis ou étoffes que l'art persan semble avoir conservé davantage le caractère national et la tradition antérieure* Des animaux mythiques, mais surtout des fleurs» les unes exactement prises à la nature, les autres compliquées par une transformation symbolique de leurs organes en sont le principal ornement. Elles jaillissent, s'élancent, retombent, se profilent ou s'étalent entraînées par des tiges hardies, minces, élégantes. Ce jet élégant avec une sorte de déchiquetage est bien le caractère direct du décor floral des Persans. Ah ! ta mode se les dispute aujourd'hui, ces merveilleux tapis, qui, nous n'hésitons pas à le dire, sont comme le reflet, la caractéristique
I ♦ Je possède un tapis de prière, ea soie, qui rappelle par reosemble et surtout par certains détails tout à fait typiques les charmants motifs de décoration Louis XVI.
même de l'art décoratif persan tout entier. Célèbres par la beauté de leur dessin, ils le sont encore par la finesse de leurs laines et le bon tdlnt de leurs couleurs toutes végétales. Le vert persan ne se fait qu'en Perse ; quant au safran et à l'indigo, ce sont des couleurs dont on cherche encore le secret (i). Je rappellerai aussi que la Perse a fourni son nom pour exprimer le grand effet produit sur les Européens lorsqu'ils eurent sous les yeux les étoffes et tissus spéciaux à cette contrée. Si les Persans se sont montrés de merveilleux décorateurs dans leurs tapis, ils ont également porté la faïence décorée au plus haut degré de perfection, surtout dans les poteries de mobilier. Du reste, cette sorte de peinture faite d'émaux colorés appliqués directement sur la terre crue et sous couverte transparente possède cet immense avantage d'obtenir la pénétration des couleurs dans 1 email, ce qui leur communique une puissance et une profondeur inimitables. Les céramistes persans ont surtout mis en œuvre ces superbes bleus d'outremer et turquoise, ces rouges de corail, ces jaunes francs et ces verts émeraude qui accrochent aux légers reliefs de leur surface des parcellicules de lumière, comme diaprant et irrisant de mille feux, de mille couleurs ces faïences si absolument remarquables. C'est au xW siècle que la céramique persane a jeté son plus grand éclat. Les plaques de Meshed entre autres sont égales aux plus magnifiques œuvres rhodiennes et syriennes. Mais il est incontestable qu'on reconnaît dans les poteries persanes les traces d'une union intime avec la Chine et le Japon. Le dragon, le phénix, l'oiseau sur la branche de pêcher, la feuille dentelée du nénuphar, le cône alvéolé, les treillages, les tortillons en volute qui signifient les flots en l'air, les rinceaux, les lions fantastiques, le vase sacré, tous ces emblèmes qui foisonnent dans la poterie chinoise et japonaise remplissent l'art persan. A ces emprunts faits à l'Extrême-Orient, je préfère mille fois les fleurs qui, dans les faïences persanes, sont la base de la décoration : c'est l'œillet sacré, la tulipe, la rose, le myosotis, que sais-je? tout TOrient.en fleurs, traduit et chanté en sublimes poèmes dans les éclatantes majoliques de Perse.
I. U est à noter que ces tapis sont fabriqués dans les villages et dans les campements de nomades, presque exclusivement par des femmes et des enfants. Leur fabrication n^exige pas un métier savamment combiné : quatre piquets fichés en terre, de manière à retenir les fils de laine, tel est le simple mécanisme employé pour tisser ces magnifiques tapis.
Vraiment Tart persan est fort curieux. Dans le métal, il est particulièrement fin et islamite, quoiqu'il ait conservé ses fibres, La plupart des cuivres persans sont gravés, pleins ou ajourés, avec personnages, animaux se détachant, soit au milieu de médaillons, soit directement sur un fond couvert de rinceaux fins et trèsmenus^ oùlafletir, ramenée à son squelette, est seulement marquée parle contour en saillies et se mêle parfois à des caractères d'écriture et aux profils de Tarcade à trois lobes. Le dessin de ces personnages semble emprunté à nos miniatures du moyen-âge. La forme des vases persans, tant en cuivre qu'en matière précieuse, est exquise. Le galbe est souvent le simple élément de la forme ; et pour ce qui est de Tétude même du profil, ces récipients orientaux restent des types accomplis de grâce, de souplesse et de simplicité. Si le type du cuivre persan peut se caractériser par la lampe cylindrique, cette forme, devenue classique, est loin d'être la seule que Ton rencontre : ce sont des brûle-parfums, des pots, des hanaps, des aiguières, des vases à biberons, des bassins à pieds, des vases honorifiques, vasques, théières, ex-votos, chandeliers, torchères, que sais-je! jusqu'à de grands plateaux contenant des ^milles de cailles, de perdrix, de coqs, de paons et des mères gigognes d'oies couvant un peuple de petits. Dans cette multiplicité d*objets, il n*en est pas un seul dont la forme ne soit appropriée à Tusage avec élégance et dont le décor ne soit harmonieusement adapté à la forme. Le sentiment décoratif est toujours juste, aussi bien par le dessin que par l'emploi de matières précieuses, telles que Tor, Targent, les pierres fines; mais dans aucune pièce nous ne le trouvons aussi bien exprimé que dans la lampe cylindrique- La forme se prête beaucoup à la suspension, et, en planant, elle présente à l'œil des lignes d'une harmonie et d'une suavité délicieuses. Le décor a pour mission de remplir le rôle d'un grillage métallique; aussi est-il le plus souvent rehaussé d'argent et ne laisse-t-il passer par les baies en verres de couleur qu'une lumière tamisée, opalisee, versant des traînés de feux luisants d'une douceur exquise. Fort souvent les lampes sont votives ; la calligraphie persane s'y développe avec ses lettres élégantes et se mêle aux rosaces, aux médaillons, aux lacis, à tous ces ornements appelés arabesques; les feuillages, les fleui3, les personnages même viennent rompre les lignes, les emblèmes occupent les champs ; la pièce ainsi décorée prend un caractère par*
ticulier qui ne laisse aucun doute sur Texcellence du goût de rartiste. Pour ce qui est delà gravure sur métal, la niellure, la damasquinerie, les Persans ont employé ces procédés avec un très grand succès et un goût supérieur, surtout dans leurs armes et armures, où les oppositions de couleur et d*éclat entre les dilBférents métaux employés et la silhouette des contours sont de TelOfet le plus charmant.
Que dire de la peinture en Perse, sinon qu'elle est toute dans les miniatures. Il y en a de la plus grande délicatesse et d'une extrême naïveté, où les visages sont teintés de blanc et où les tonalités sont remarquablement sobres et légères : jeunes princes, grandes dames, scènes d'amour, pavillons à dais rouges. C'est de l'art à petite échelle se prêtant à toutes les finesses, à toutes les coquetteries du pinceau. Parmi les plus belles miniatures persanes citons celles de la collection de M. Jacquemart et de M. Ph. Burty , intéressantes au premier chef. Il y a aussi de curieuses peintures persanes : je veux parler des personnages peints sur faïences et d'autres peints sur étoffes, qu'on admet être postérieures à l'époque de l'influence européenne. Ce n'est plus le type vieux genre à turban çans autre caractère que la naïveté et la délicatesse, c'est le type national avec le costume et la coiflfure du pays, un mélange singulier de traits nets, régulièrement géométriques, avec de violentes et dures colorations, dues à l'imitation des teintures et des fards. Le noir charbonnant et réunissant les sourcils, armant et agrandissant les yeux, massant les chevelures bouclées sans y laisser de reflets, le henné enduisant les mains comme des mitaines oranges et le rouge tachetant d'une petite plaque ronde les joues au bord des lèvres. C'est l'art de l'amour et nullement l'amour de l'art qui se manifeste dans ce genre de décoration de faïences ou d'étoffes. Mais il est certain que la délicatesse, la naïveté, un aspect frêle, fin et virginal, donnent à ces miniatures un véritable charme. Les attitudes raides ou très simples, les teintes plates, les terrains bien souvent nus, les détails d'ornements minutieux, les plis ou timides ou absents dans les vêtements : tout concourt à ce caractère consciencieux, innocent, naïf, plein de grâce juvénile. Cet art se rapproche de celui de la gravure sur métal par ses côtés précis, menus et fins.
Sans parler de l'architecture proprement dite en Perse, disons quelques mots sur l'ornementation des édifices tels que palais, mosquées, caravansérails* Les distributions intérieures sont bien entendues,
et une grande symétrie règne dans les détails. D'ailleurs, les Persans ont merveilleusement compris l'échelle d'une décoration proportionnée au recul de la vision. Et ceci est très vrai ; par Temploi de couleurs intenses ou calmes, mais toujours fraîches et ordinairement peu nombreuses, par un modelé restreint et même parfois remplacé par de simples çernures, ils ont su obtenir, en même temps que Tharmonie, un très grand effet décoratif. Pour Tornementation des coupoles, des voussures et des murs intérieurs, ils la font consister en cartouches* rinceaux, figures de divers oiseaux et fleurs, encadrements de cristaux superposés les uns aux autres, qui produisent Teffet d'un nombre infini de diamants réfléchissant les eaux des bassins et les couleurs variées de toute la salle. C'est un éblouîssement ! les rêves le*î plus audacieux de ces architectes décorateurs persans semblent plus appartenir au fantastique domaine des Mille et une nuits qu'à la réalité. L'ornementation extérieure se fait en général avec des briques émaillées de forme et de couleurs variées, représentant des fleurs, des rinceaux, des oiseaux, des vases, des cartouches, des inscriptions : dans ces dernières, c'est le bleu qui domine sur tous les autres tons. Et quel bleu ! une véritable symphonie de « teintes qui chantent, » com* me dit le poète Saadî !
Et maintenant, est-il besoin de parler de la décadence profonde, je dirai presque irrémédiable, dans laquelle se trouve actuellement l'art persan? Depuis le délire de l'exportation, tout cela devient d'une vulgarité déplorable, d'un luxe criard, hurlant de contrastes violents, durs, impitoyables, inexorables pour l'œil; la machine a déjà remplacé l'artiste. Grâce aux bienfaits inestimables de la civilisation, les chemins de fer se frayent en ce moment une route à travers la Perse, autant dire qu'elle est banalisée, déchue, finie. Le progrès industriel a profané l'art persan : ceci tuera cela. G. DE Roton,
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Vue g^énérale de San Gimignano.