PELERINAGE AU VIEUX MONTMARTRE
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CLINNIENCOVRT
Montmartre, ce mont des martyrs consacré par le sang de saint Denis, fut non seulement le berceau du Christianisme à Paris, mais, de tout temps, comme dit une charte du roi Jean (i), le cœur de la France,
Cor Galliœ, titre magnifique, plus que jamais mérité aujourd'hui que s'élève à son sommet le monument du Vœu national, à la gloire dtt sacré Cœur.
Or, proche de la nouvelle basilique, il est deux vénérables reliques du passé qu^il importe de sauver de Toubli et que nous signalons aux nombreux pèlerins qui, chaque jour, gravissent la sainte colline. Nous voulons parler de V église haute, aujourd'hui paroisse de Saint-Pierre, et de l^cMpeiiedu Saint ^Martyre, rue Antoinette, L'église haute est, dans quelquesunes de ses parties , le plus ancien débris de l'art chrétien qui ait échappé aux ravages du temps et des hommes dans toute ^'étendue de la ville et des faubourgs de Paris. Do sanctum martyrium, les ruines mêmes avaient disparu ; bien peu en savaient encore la place, il y a quelques années; mais, à cette heure, une charmante chapelle recouvre la crypte où saint Denis, entouré des premiers fidèles de Lutèce, offrait le saint sacrifice et près de laquelle il scella de son sang la foi qu'il prêchait.
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LA CHAPCLLC D^S MARTIRS
Fragment du Plan de la Tapisserie (1690).
I. — L'église haute de Saint-Pierre. — Au temps deladominadoa romaine, les Parisii zy^î^nt bâti sur cette colline un temple fameux,
U Citée par le P. Binet, dans sa Vie de saint Denis, p. 270.
dédié à Mercure, inventeur des arts, protecteur des marchands,., et des voleurs, Jusqu en Tannée 161 S, où un violent orage détruisît les derniers vestiges du monument, « il estoit resté un grand pan de mur du temple, qui avoit tant de hauteur que presque de toute Tlsle-de-
Absîde de l'église de Saint- Pierre.
France on Vapercevoit », et dans ce mur, c une niche remplie d*iine figure de deux ou trois pieds, qui passoit pour une idole (i) ». Le P. Dubreuil(2) qui écrivait dans les premières années du xviP siècle, après avoir décrit la chapelle du Saint-Martyre située sur le versant méridional de la montagne, ajoute ; « Le temple de Mercure estoit plus
I* Sauvai, Histoire de Paris.
■ 2, Tkéàîrt des Antiquités de la ville de PaHî.
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haut, tendant à la coste d'occident, où il se voit encore une pente de mur haut et solide... »
Quand la vérité eut triomphé de Terreur, on bâtît, tout près du temple renversé, une chapelle de marbre, pour consacrer ce ntonf des fnariyrs où « le très vénérable témoin du Seigneur avait terminé heureusement son combat (i) ».
Plus tard, les premiers rois de la dynastie capétienne, « qui comptaient le saint martyr Denis au nombre des amis particuliers de leur race a , fondèrent la célèbre abbaye placée sous l'invocation du premier évêque de Paris, patron des Gaules. Hélas ! la Révolution devait détruire en quelques mois Toeuvre de sept siècles !
Comme on le voit, Téglise de Montmartre est bien plus ancienne que Tabbaye. Selon M. le baron de Guilhermy (2), que nous prenons pour guide, la fondation de ce temple vénérable remonte au v** siècle. Telle qu'elle est aujourd'hui, cette vieille église nous oflfre comme un abrégé de toutes les vicissitudes subies par notre architecture nationale. Des marbres contemporains des rois mérovingiens y sont accolées à des piliers romans ; une voûte du XV® siècle s'élève sur des murs qui datent du XII®; l'abside^ réédifîée sous Philippe- Auguste, est précédée de voûtes construites par Louis le Gros. Enfin, pour que rien ne manque, la façade et un collatéral ont subi une transformation barbare sous Louis XV, tandis que le bas-côté méridional date de 1838.
Les architectes de Louis VI qui rebâtirent l'église, eurent soin de sauver, autant que possible, les débris de l'ancienne. A l'aide de ces fragments encore visibles (quatre colonnes et six chapitaux de marbre), on peut réédifier en idée la basilique latine des premiers âges. Deux files de colonnes en marbre noir surmontées de chapiteaux en marbre blanc, la divisaient en trois nefs égales. Des mosaïques décoraient les archivoltes, des peintures couvraient les murailles. Un ciborium^ dont Texistencej d'après M. de Guilhermy, est indiqué par un chapiteau de petite dimension, couvrait l'autel.
A l'heure présente, il est facile, en étudiant l'édifice à l'extérieur, de reconnaître le style de quatre époques différentes, sans parler de la partie toute moderne.
1 . Diplôme de Charles le Chaiive (857) confirmant le droit d'asile
2, Sx irait d'un mémoire sur les antiquités^ l'abbaye et les églises de MotUmarirât par M. Ferdinand de Guilhermy. Paris, Imprimerie royale, 1863 {sic).
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L*intérieur, dès rorîgîne, fut divisé en deux portions inégales, la plus g^rande réservée aux religieuses, la moindre à la paroisse: mais cette dernière enceinte lut agrandie au XV!!** siècle, quand le titre abbatial fut transféré au prieuré du Saint-Martyre. Il est bien regrettable qu*à partir du transept, Téglise soit maintenant livrée au plus déplorable abandon. Si Ton n'y prend garde, ce ne sera bientôt plus qu'une ruine. Or il nous semble qu'on ne saurait assez le déplorer au nom de la Religion et au nom de l'Art. Ce témoin éloquent du passé, encore debout près de la basilique grandissante, atteste l'immuable tradition catholique et garde le souvenir de nos premiers apôtres et nos pères dans la foi.