‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 26 sur 77 · PLAN DE L EGLISE · texte numérisé non relu

PLAN DE L EGLISE

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IL — Le sanctum mariyrium. — Rue Antoinette, sur votre gauche en descendant de Montmartre, vous apercevez les blanches murailles d^une jolie chapelle tout récemment bâtie.

Vous entrez, et vous êtes frappé de Texquise propreté, de rélégance modeste et du recueillement de ce pieux sanctuaire. Des cris joyeux d*enfants troublent seuls le silence; ce sont les petites filles du quartier qui jouent, après le travail ou l'étude du catéchisme, sous la maternelle sur\^eillancedes Dames Auxiliatrices. Un escalier tournant conduit de la chapelle dans une crypte assez spacieuse, et vous voilà dans un des lieux jadis les plus vénérés et les plus célèbres de Paris.

Ce ne fut d'abord qu'une carrière abandonnée où les premiers chrétiens, comme leurs frères des catacombes romaines, déposèrent les reliques des martyrs et se réunirent pour prier en secret.

Un autel de plâtre presque brut servait au sacrifice. Plus tard, des peintures grossières, des inscriptions gravées sur la paroi du rocher rappelèrent la mission du bienheureux Denis et son « supplice triom-

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phal». Maïs dans le cours des siècles, par suite des désastres , des in va* dons et des guerres, cette crypte, obstruée par les décombres, fut abandonnée, puis totalement oubliée. Cène fut qu'en Tannée 1611 qu*on la découvrit; on y descendit par cinquante degrés, dit le procès verbal rédigé à cette occasion, c faits de vieille massonnerie de piastre gastez et escornez*. Au bas, on trouva «une cave ou caverne prinse

dans un roc de piastre..., qui ^ a de longueur trente-deux pieds, de largeur seîze pieds, mais va en entreîssissanti en sorte qu au bout, elle n'a que sept pieds ». — Une gravure du temps nous a conservé le souvenir de cette découverte.

Au dessus de cette crypte enfouie durant plusieurs siècles s'élevait la chapelle du Saint-Martyre. 11 est impossible d'assigner à sa fondation une date même approximative. Tout ce qu'on sait de positif, c'est qu'elle existait dès 1096, et qu'elle était dès lors un lieu de pèlerinage.

Peu de temps après l'établissement de l'abbaye par le roi Louis VI, Constance, comtesse de Saint-Gilles et sœur de Louis VII, fonda un chapelain dans cette église, qui n'était alors qu'un modeste édifice au-dessus de la crypte. Dans les premières années du xrv® siècle, Hermer de Montmartre, ancien écuyer de Philippe le Hardi, la dota richement et y établit un second chapelain.

L'oratoire fut alors agrandi ou plutôt dédoublé : il y eut (sans compter la crypte alors disparue) une église haute et une église basse. Dans cette église basse avait coutume de se réunir, à certains jours, la confrérie des orfèvres de Paris.

Ce fut en ce lieu vénérable que le jour de l'Assomption r534, Ignace de Loyola et ses premiers compagnons prononcèrent leurs

États des ruines du Mariyrium en 1627.

NOTES D'ART BT D'ARCHBOLOGIB III

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veux et se consacrèrent au service de Dieu et de la sainte Eglise catholique. Après avoir prié et communié ensemble, ils descendirent le versant opposé et vinrent s'asseoir, pour prendre leur frugal repas, auprès de la fontaine de saint Denis, connue sous le nom de Fontaine du But (i). On y voyait Timage du saint apôtre « revêtu de chasuble, tenant son chef, en pierre de relief, de bien grande antiquité. Cette fontaine a son regard et jette son eau du côté de Monceau, et est couverte d'un petit chapiteau, non guère loin des trois moulins (2) ».

En 1790, tout le domaine de l'abbaye de Montmartre fut nationale' nten/ vendu. La double église et la crypte, tout le sanctum tnartyrium fut acquis à bon compte par un plâtrier qui détruisit absolument tout, vendit les pierres et creusa une carrière au beau milieu des décombres. Longtemps on ne vit plus là qu'un trou béant et un terrain vague le long de la rue Antoinette. Grâce à Dieu, il n'en est plus ainsi ; la foi et la charité ont repris possession de ce coin de terre sanctifiée par saint Denis et par saint Ignace. C. C.

' I. Une rue de Montmartre porte encore ce nom. 2. J. Doublet, ChronoL kisf. s. areopag,^ p. 526.

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