‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 4 sur 77 · THOMAS BOHIER, FONDATEUR DE CHENONCEAU · texte numérisé non relu

THOMAS BOHIER, FONDATEUR DE CHENONCEAU

« Le Château de Chenonceau, disait le roi Henri II, est assis en un des meilleurs et des plus beaux pays de notre royaume. » Rien de plus riant effet, que les rives du Cher en cet endroit, de plus gracieux que le paysage qui encadre cette charmante construction de la renaissance française.

Voici ce que nous lisons dans le Dictioniiaire universel dliisioire et de géographie de M. N. Bouillet (édition de 1876) : « Chenonceaux. Beau château bâti par François \^^ pour la duchesse d'Etampes,

et qu'habita ensuite Catherine de Médicîs. • Dans Tédition de 1876, mêmes affirmations et mêmes erreurs, car ce château fut en réalité construit par Thomas Bohier et, avant de passer aux mains de Catherine de Médicis, fut possédé et habité par sa rivale, Diane de Poitiers.

Les premiers seigneurs de la terre de Chenonceau sont les Marques, originaires du Limousin ou plutôt de l'Auvergne. Ce fut en 1496 que Pierre Marques et Martine Bérart la vendirent à Thomas Bohier, leur créancier. Notre médaille nous fournit la véritable orthographe du nom de celui-ci ; on ne doit donc pas écrire Boyer^ comme Ta fait P. -G. Aîguepcrse^ dans sa Biographie des personnages illustres d'Auvergne.

Thomas Bohier descendait d'une famille bourgeoise, enrichie par le commerce; il était fils d'Austremoine (M. Cartier, Revue numismatîque^ 184S, écrivait à tort Astremoine) et de Béraude ou Béroalde du Prat, tante du célèbre cardinal du Prat. Austremoine fut consul d'Issoire, secrétaire des rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII, et annobli par ce dernier, en 1490.

Son fils Thomas fut largement possessioné en Touraine et en Auvergne, et c'est dans ce dernier pays, près d'Issoire, qu'il fit construire le château de Saint-Cirgues, que M. Cartier s'est efforcé de découvrir dans la Touraine, en interprétant « Saint-Cyergues » par Sacierges.

Il fut successivent chambellan des rois Charles VIII, Louis XII et François 1'^ maire de Tours, général des finances de Normandie et enfin lieutenant général du roi en Milanais, où il mourut, en 1524, à Vigelli. Il fut enterré à Saint-Saturnin de Tours dans un tombeau qui reçut plus tard le corps de sa femme. Il avait épousé Catherine Briçonnet (f 1526), fille légitime du cardinal de Saint-Malo, Guillaume Briçonnet, Les Briçonnet étaient de simples marchands, bourgeois de Tours,

En 1515, Thomas Bohier fit commencer la construction de Chenonceau ; mais on pourrait dire que le véritable fondateur fut Catherine Briçonnet 1 femme éminente et d'un goût délicat, qui surveilla et dirigea les travaux pendant les longues absences de son mari.

On ne sait quel architecte fournit les plans, mais il y a tout lieu de croire que ce fut un Français, peut-être un Tourangeau. Ce qu'on

sait positivement, c'est que Philibert Delorme construisit la galerie et les dômes, et que Cardin de Valence, Bernard Palissy, le Primatice, etc. , concoururent à la décoration.

Malgré les hautes fonctions qu'il avait remplies, et, à l'inverse de son cousin, le chancelier du Prat, dont la richesse aurait provoqué le fameux « Satprata biberunt », Thomas Bohier ne mourut pas riche, car sa succession fut grevée d'une dette de 190.000 livres envers le roi. Afin de se libérer, ses fils passèrent un compromis avec leur souverain et lui cédèrent Chenonceau.

Dès son -avènement, Henri II le donna à Diane de Poitiers, laquelle rendit la cession définitive (1556), en faisant une nouvelle transaction avec le fils aîné de Thomas, Antoine Bohier, agissant en son nom et au nom de ses frères.

Diane fit construire le pont qui relie le châtçau à la rive gauche du Cher et la galerie qui recouvre le pont.

A la mort d'Henri II, la favorite fut obligée par Catherine de Médicîs d'échanger Chenonceau contre la terre de Chaumont-sur-Loire. Les embellissement furent continués, la reine s'efforçant d'éclipser sa rivale. Après avoir abrité les jours les plus heureux de la vie de Marie Stuart, Chenonceau tomba entre les mains de la reine Louise de Vaudemont qui s'y réfugia pendant son veuvage. Les Vendôme succédèrent à la reine Louise; puis vinrent les Condé, le duc de Bourbon, ministre de Louis XV, enfin, par droit d'achat, le fermier général Dupin. De 1799 à 1863, cette magnifique terre appartint au comte de Villeneuve. Les enfants de celui-ci la vendirent à M""® Pelouse, et l'on connaît les événements qui viennent de faire adjuger cette royale demeure au Crédit foncier.

, Notre médaille présente, au droit, la légende circulaire : THOMAS • BOHIER • GENERAL • DE • NORMANDIE, et le buste du personnage lui-même, de profil et coiffé^du mortier.

Au revers, on lit ceci : • S'IL • VIENT • A • POINT • Ce ne sont là que les premiers mots, assez énigmatiques d'ailleurs, de la devise adoptée par Thomas Bohier : « S' il vient à point m'en souviendrai t^ ^ allusion, a-ton dit, au vif désir qu'il avait devoir l'achèvement de son œuvre. Dans le champ, est un écusson tiercé en pal, et qui porte au quartier honorable les armes de la famille Bohier : elles étaient d'or, au lion d'azur sous un chef de gueules.

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Mais quel est Tauteur de cette médaille ? — Nous devons encore avouer notre ignorance. Tout ce qu'il nous est permis de dire, c'est que nous le présumons italien, t^u'on veuille bien, en effet, se donner la peine de parcourir une collection de médailles italiennes delà fin du XV° siècle et du commencement du XVl% qu'on veuille bien considérer, par exemple, la pièce de Clément et de Julien délia Rovere, et il sera bien difficile de ne point admettre cette hypothèse.

H. DE LA Tour.

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