‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 49 sur 77 · OPINION D'UN ARTISTE SUR L'ART · texte numérisé non relu

OPINION D'UN ARTISTE SUR L'ART

PAR L. JANMOT (i)

Ce n*est pas un livre accessible au vulgaire ; il s'adresse à des gens qui nourrissent leur e^>rit d'autre chose que des faîts^dîvcrs et du feuilleton des journaux. Le résultat d'un ouvrage en ddiors du banal à ce point ne sera pas de faire Téducation des badauds ; mais il apprendra beaucoup aux artistes et aux amateurs qui, sachant déjà qu^qoe chose sur les questions d'art, cherchent un maître en pouvoir de dfasiper des notions confuses et de porter la lumière an milieu des brouillards accumulés par l'exposition, la presse et l'opinion, ces trois marais.

Ce livre a le charme de tt*être pas fait par un fiiîscur de Kvres. H échappe au désagrément de montrer un auteur ; il vous procure l'avatotage de rencontrer un homme ; et cet homme, non-seulement n*est pas le premier venu, mais c'est un artiste dans le sens le plus élevé de ce mot, c'est-à-dire un homme qui a pratiqué les arts, qui se connaît aux questions d'art et qui parle de ce qu'il connaît. Comme les maâxes d'autrefois, tout en excellant dans un genre, ce peintre n'a pas laissé que de se renseigner sur tous et d'expérimenter toutes les manifestations du beau dans la nature et dans les arts. A cette compétence s'ajoute l'érudition d'un historien, la puissance intellectuelle d'un philosophe et l'éloquence d*un poète. Il faudrait analyser cet ouvrage et en donner quelques citations. La partie historique est peut-être ta pins remarquable : elle est pleine de faits présentés avec autant de bonheur que d'originalité. Quelle vigueur de coloris dans les chapitres sur la vitalité de l'art au moyen-âge, sur la soi-disant Renaissance, stir l'influence néfaste du protestantisme et sur les ab^nratioos du XYin*" siècle !

Quelle harmonie et quel enchantement quand il s'agit de mvstqiie

I. A Paris, chez V. LecofiB-e, éditeur, me Bonaparte; A Lyon, chez Vittc et Pérusscl.

et de paysag^e ! Et quelle verve à propos de la mode et des expositions,

des admlnîstratîoiis et des mtiques d'art! C'est un rafiraîchissement de

voir <:es derniers fbueués comme ils le méritent ^ bien pnesque

tons.

Uartiste s'en donne à cœur joîe et certes avec trop de raison pour

que le lecteur ose lui reprocher de s^espacer trop et de s'abandonner

paribisau < plaisir d'écrire ». On ne saurait les r^[retter <iu montent

qu'on s'abandonne soi-même au « plaisir de lire ». En général les

peintres savent tenir la plume et plusieurs sont même éloquents ; mais

« rOpinion d'un artiste sur l'art » est l'œuvre originale d'un maître

écrivain.

NoEL Lavergne.

BIBLIOGRAPHIE ARTISTIQUE

LiELL (H.). Die Darsiellwigtn der allers eligsten Jungfrau und GoUes Gebarin Mafia au/ den KunsUDenkmàler der Katakomben, (La B. Vierg-e Marie mère de Dieu dans les peintures des Catacombes.) Fribourg en Brisgau, Herder, 1887, in-8 de XIX-418 p., 6 chromos et 67 vignettes.

Monographie très reoommandable, publiée sous les auspices de M. de Rossi, ce qui suffirait à affirmer son caractère scientifique. L'auteur examine les peintures des catacombes au double point de vue dog-matique et artistique, et il établit (à rencontre de protestants qui niaient Texistence de monuments antérieurs au V* siède) la très haute antiquité, Tapostolicité du culte rendu à la sainte Vierge par l'église catholique.

Sarzec (E. de) et Léon Heuzey. — Découvertes en Ckaldée. — Paris, Leroux, 1884- 1889. In-folio, i^* et 2* livraisons.

Magnifique publication accompagnée de planches en photogravure, contenant en même temps que l'historique des fouilles, la description minutieuse de tous les monuments découverts. Ces monuments célèbres qui paraissent remonter jusqu'à trois mille ans avant notre ère, sont rangés dans la galerie assyrienne du musée du Louvre, où Ton peut maintenant les étudier à loisir. Il est certain que depuis les merveilleuses découvertes de Botta, le sol de la Mésopotamie ne nous avait rien livré d'aussi intéressant pour l'histoire de Tart.

FoNTENAY (Harold de) et Anatole de Charmasse. Auiuft et ses monuments, Autun, Dejussieu, 1889. In-8, CCLXXI. — 541 pag-es.

- A la collaboration de ces deux auteurs est due une oeuvre d^une science sûre, (Vuae lecture facile, excellente en tout point et fort dig^ae d^ètre propo^^ée comme modèle aux nombreux historiographes de nos provinces. M, de Charmasse s*est occupé de Thistoire d'Autun depuis l'époque g-auloise jusqu'à la fin du x\ i* siècle : c'est la première partie du livre. Dans la deuxième partie^ M* de Fonteuay décrit avec exactitude et commente avec soin tous les. monuments anciens qui subsistent encore et ceux aussi qui n'ont point laissé de traces et dont T existence u'f^st révélée que par les documents. H, T.

Le Gérani : Y^uG^n^ BKL VILLE,

Paris. -J.Mersch, imp. !^, PI. Dtcifert-Rocriere^»

Venise est si légère que rien d'elle ne semble peser sur Teau ; il fait joli temps, le ciel mdécîs et doux ressemble à Ténorme feuille d*un véHn attendant les enluminures. Un rien de vent fait frissonner les pompons noirs aux cages des gondoles ; la lagune est paresseuse et reflète à peine les palais qui sont comme endormis sur ses eaux, elle a ce beau ton profond de perle noire, et par endroits veiné de rose et d'or.

La calle étroite, s'enfonce, et mène derrière Saint-Sébastien sur une grande place où il y a un puits à margelle de bronze aux armes des Pésaro. Les maisons sont presque sans fenêtres, les toits surmontés de ces cheminées si particulières à Venise et qui ressemblent à des couronnes murales. Une loque d*un jaune vif pend à une étroite lu- Notes d'Art. 15 novembre 1889. — N® 9,

carne, ce coin retiré de la ville est comme en une léthargie douce. On entend le bruit des sandales de bois que portent les femmes du peuple, une d'elles passe enveloppée dans son châle noir qui la drape comme une madone de Bellini ; de beaux plis lui encadrent le visage et prennent les bras qui se devinent sous TétofFe souple. Elle a cet air ennuyé et dolent des fiévreuses, le volant de son jupon rose ondule autour de ses pieds qu*on ne voit pas, elle passe et derrière elle la pointe de son châle lui bat les talofis. Le bruit des sandales s'en va décrescendo et tout retombe dans la langueur des après-midi de siroco.

Dans réglîse tout est fête au-dessus du tombeau du peintre. Véronèse a mis là toutes ses gloires, ses triomphes, ses architectures riches et folles de lignes, ses chevaux, ses drapeaux triomphants; l'habileté de ses mains au service de la magie de ses yeux et de son esprit. C'est tout Venise, mais Venise belle et reine de la mer, Venise ivre de vie, de richesses et de gloire, quand la corne dogale s'ombrageait sous les gonfalons des drapeaux de Lépante, et que le lion de saint Marc montrait son évangile aux villes asservies.

Celui qui devait le mieux traduire et résumer l'état d'esprit de ce peuple aux heureux moments de sa ville enchantée, ne devait pas le faire par des mots, des faits racontés et des dates, mais par des harmonies ; et il a pris du lapis au ciel et des émeraudes aux lagunes ; il a semé des perles dans l'or des chevelures ; aux nuages qui flottent le soir au-dessus de la Guidecca il a pris leur transparence pour la mettre dans l'ombre des chairs ; il a dit la pourpre de la simarre des doges et de l'étendard de la république, il a fait se cabrer et hennir les chevaux, résonner les trompettes, retentir les clameurs.

Comme on est loin du pénétrant mysticisme des maîtres de Toscane, comme on est loin de Padoue si près cependant des lagunes et où Gîotto était venu dépenser son cœur. Les murailles de Santa Maria d'el Arena où il a retracé ce qui était son âme, Venise ne l'a pas su voir, plus catholique que chrétienne elle n'a pas compris. Elle n'avait de satisfaction à donner qu'à ses yeux, parce qu'elle n'avait pas d'âme, peut-être même pas de cœur. Et pourquoi tant regretter que l'idée ne prédomine pas dans l'œuvre des vénitiens, pourquoi regretter que la magie des tons passe avant la beauté du geste? Peutêtre ceux-là ont-ils pris la meilleure part de ce que Dieu laisse voir aux hommes.

<r A quoi bon, se sont-Ils dit, ces mystiques et leurs larmes, qui nous dit qu ils ne se trompent pas, que l'expression qu'ils donnent est juste, que leur douleur est sincère? La vie n*est pas seulement ce qui se passe en nous, mais surtout ce qui se déroule aux yeux. Montez rescalîer des géants, venez sur Télégante loggia du palais des doges, regardez et voyez s'il est peuple au monde pouvant montrer pareille féerie. Cette eau qu'aucun souffle ne ride, c'est la mer pourtant, c'est cette belle et pâle Adriatique qui berce nos galères quand elles partent pour Chypre, Malte ou le Bosphore. Le Lido n'est-il pas là tout exprès pour faire à Venise un rempart de ses sables? La république est putssantei elle a trois cents vaisseaux, cinquante galères, des milliers de matelots. Est-il de souverain plus craint que notre conseil? Nos marchands et nos artistes ne sont-ils pas les plus ingénieux et les plus habiles? A quoi serviraient nos macérations, ne sommes-nous pas les citoyens les plus riches et les plus heureux? Si le turc a repris Stamboul, nous venons de .conquérir et de faucher les forêts de la Dalmatie pour faire des mâts à nos navires. Laissons tout et jouissons au passage de ces choses qui ne trompent pas, qui ravissent nos yeux ou éveillent nos sens, des belles créatures, des riches étoffes, et de ce beau ciel qui se perd là-bas du côté de Chioggla et qui le soir est une énorme mosaïque d'or au-dessus des neuf coupoles de notre basilique, ce joyau que Bysance a oublié sur la côte latine. Nous sommes les élus, quand le fier campanile qui domine la cité s'ébranle au son de ses cloches, le doigt de Dieu s'abaisse vers nous auréolé d'un grand crucifère, ainsi qu'on le voit au porche de San Zéno ou dans les vieux vitraux des cathédrales de France. ^

J'assistai un jour au service d'enterrement d'un riche dans l'église San Stéphane; rien de plus aimable. Dans les loggia des transepts, des violons jouaient à l'unisson un air qui était peut-être l'intermezzo dVne comédie de Goldoni. Dans l'église pimpante et jolie comme un billet de bal du siècle dernier, tout était lumière, musique. Les nuages légers et parfumés de l'encens montaient mollement aux voûtes avec Tharmonie d* une musique profane qui ne montait pas à Dieu parce qu'elle ne venait pas du cœur. Tiépolo eut retrouvé là ses musiciens dans Tarchitecture qu'il aimait, et comme dans cette ville le carnaval ne se termine guère que quelques jours avant le mardi gras, Guardi

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eut revu ses modèles d'autrefois sauf les loups et les domïnos* D'ailleurs, pas une larme, aucune tristesse, à peine de recueillement; pas même de ces marques ostensibles et bruyantes du désespoir italien qui se traduisent par de grands cris accompagnés de grands gestes, mais sans un sanglot. La cérémonie terminée on emporta le mort aux sons d'une jolie et dernière cadence des violons, on le mit dans une riche gondole du plus mauvais goût.... et vogue la galère vers le campo santo. C'est plaisir que de mourir quand on sait qu'on sera si agréablement enterré.

Revenons à nos peintres, non pas que la peinture puisse être prise comme synthèse, cela est difficile, sinon impossible. Elle est trop sujette aux variétés individuelles, les hommes n'ont pas tous les mêmes yeux pour voir, ni le même cœur pour interpréter, II est loin ce temps ou de génération en génération les moines de l'Athus transmettaient invariable ce qu'ils avaient reçu avec respect, comme ces rhapsodes des temps de la fable. Art immuable que tout ce qui sortit des monastères grecs est bien feît pour exprimer ce qui a été sans commencement et doit être sans fin. La peinture telle qu'elle est comprise depuis les premières années du XIV* siècle ne peut plus être un art type, elle ne peut plus synthétiser le génie d'un peuple et être lexpression de ses joies ou de ses douleurs. C'est plus haut qu'il iaut regarder, c'est aux façades des palais et aux porches des églises. Là Taction individuelle ne peut rien ou presque rien, c'est l'état d'esprit de tout un peuple qui inventera le cirque, arrondira des dômes ou creusera de mystérieuses basiliques. Les primitifs seuls éveilleront en nous une idée correspondant à leur architecture, et pour ce qui est de Venise, Bellini lui-même ne nous attendrira pas.

En voyant les Carpaccio qui sont à l'académie, peut -on s'empêcher de songer à la châsse de sainte Ursule que peignit Memlin^ à Bruges, cette autre Venise voilée dans les brumes du nord et puissante aussi du temps des ducs et de la toison d'or. Le flamand et le vénitien ont traités le même sujet, le premier y a mis tout son cœur, l'autre a fait œuvre froide et merveille seulement pour les yeux. 11 nous montre ses contemporains dans des attitudes hautaines, quelques-uns, insouciants du sujet pourraient bien être des portraits, d'une noblesse rare, quoique semblant un peu trop heureux de pouvoir montrer de quels riches brocarts pouvaient se vêtir des patriciens recevant un ambas-

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sadeur. (i) Il n'oubliera pas de montrer tout ce qui a trait à la vie extérieure, la galère lourde des produits d'Orient est amarrée au quai, les palais reflètent leurs marbres dans l'eau qui clapotte aux marches de leurs péristyles. Tout y est pompeux et partant un peu froid, c'est bien cette fin du XV* siècle où la république est l'état le plus puissant et le plus riche du monde. Si Carpaccio a si bien compris la fierté de Thomme et Ta rendue si magistrale, en revanche le charme delà fenune semble lui avoir totalement fait défajut. Sainte Ursule est sans grâce quoique son geste soit joli quand elle est agenouillée devant le pape saint Cyriaque qui la bénit. Les onze mille vierges qui la suivent sont lourdes, massives, leur longue théorie contraste avec la dignité des prélats qui font cortège au pape, tout droits dans leurs lourdes chapes d'or, avec leurs mitres blanches.

Le flamand au contraire est tout amour. Memling, vaincu de Morat, blessé, fuyard, arrive à grand'peine dans sa Flandre, au foyer de la vieille cité, et s'y réchauflFe comme un enfant transi et pauvre heureux de retrouver les caresses maternelles. L'artiste a soulagé le cœur du soldat qui se gonflait sous la chaude étreinte, ses larmes joyeuses et reconnaissantes ont enfin coulées, mais changées en les précieuses petites images. Ce qui est du cœur ne change pas, et Memling est étemel en sa raideur gothique. Carpaccio a changé et n'est plus que le souvenir d'une pompe disparue. Dans la Venise d'aujourd'hui, les femmes avec leur fard et leur allure si libre font songer sinon à TArétîn, tout au moins aux extravagances de Tiépolo ou aux fantantaisies de Guardi ; tandis que dans les rues silencieuses de la petite ville morte, on comprend et on est pénétré du charme mystique de cette pieuse Flandre d'autrefois. Les bourgeoises ont l'aspect calme et doux des femmes d'un béguinage, et on les voit agenouillées et recueillies dans des poses de donataires aux fonds d'or des triptyques.

Venise ou Bruges, c'est le passé, c'est ce temps où la foi et l'art réunissaient les hommes en un même amour et les faisaient se comprendre. L'abîme des différences sociales se trouvait comblé par la même émotion qui poignaît le cœur de tous. Les simples avaient euxmêmes d'inconscientes jouissances d'art, et étaient sensibles à ce que retraçait les sculptures des églises. Ce peuple de statues se trouvait

I. Réception de Tambassadeur anglais par le roi Maurus. (Académie n® 539.)

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animé de rémodon de ceux qui les contemplaient, c'était un lien entre les hommes, c'en était un aussi entre les hommes et Dieu. Puis avec le xvi*''siècle éclata la Renaissance qui se désintéressa du peuple qui ne la comprit pas, ce fut fini, notre art français devint une imitation de Tart italien lui-même en décadence. Le peuple se détourna de ces divinités antiques qui ne répondaient pas au besoin de son cœur et doucement se détourna de ces sculptures qui autrefois l'avaient ému, il désapprit de lire aux porches des cathédrales.

Pour X'^enise comme pour nous, la Renaissance fut la grande coupable, la baie flamboyante et la fenêtre sarrazine furent remplacées par rare à cintre plein, le même art se répandit sous différentes latîtudesj et commença au XVI® siècle ce nivellement si cher à notre époque.

Cependant^ plus heureuse que nous, Venise eut un art qui fut bien à elle au déclin de ce mouvement renaissant dont devait mourir son originalité antérieure, le sort lui fut aussi moins cruel, et lui épargna la Réforme, conséquence forcée de cette Renaissance qui portait en elle le germe de ces révolutions qui ne sont pas finies.

En France la fin si inquiète du XV® siècle n'est-elle pas comparable au déclin du nôtre? N'est-ce pas même transition, même inquiétude? N'est-on pas comme il y a quatre cents ans soucieux de l'idée qui naîtra demain? La poésie, qui est l'art précurseur, indique-t-elle un chemin qui ne soit pas une impasse? d'oii naîtra la formule qui doit créer un art nouveau qui peut-être ne sera qu'une mode nouvelle et éphémère? Est-ce de l'analyse et de ses înfiniments petits, ou du symbolisme qui lui au moins a encore des ailes? CA/* /(O ^û: P disent-ils du côté des Apennins, et quoiqu'il en soit, souvenons-nous que rien n'est sans racines, qu'il faut respecter les ancêtres et ne pas blasphémer le passé. N*est-ce pas là que nous trouvons un refuge dans l'amour de ce qui fut grand et beau! Aussi nous faut-il beaucoup aimer ce passé, Taîmer pour ceux qui en médisent parce qu'ils l'ignorent ou ne le comprennent plus.

Le temps a des ailes, et nous voilà bien loin de Carpaccio et de Facadémiel Faut-il demander au temps de nous y reporter? A qnoi bon, d*autres n'ont-ils pas mieux que moi parlé de ces choses? Si je le f>iis, c'est un peu par nostalgie et comme pour donner satisfaction au désir de revoir et d'admirer encore.

NOTES d'art et D'ARCHÉOLOGIE i8^

Venise, fiancée de la mer, est une sirène qui attire et retient, elle a <

sur les sens un charme étrange qu'on n'analyse pas et qui captive. t

Quand on s'est dit pendant une longue semaine « Je partirai demain, » et

qu'enfin on se décide à s'en aller, on est surpris de revoir des chevaux,

des arbres, des montagnes, on avait tout oublié, comme si en passant

les lagunes on avait franchi ce fleuve antique dont les eaux charriaient

de l'oubli, et ce n'est pas sans tristesse qu'on s'éloigne de cette ville

où, somme toute, on a eu de grandes jouissances d*art, et que peut-être

on ne reverra plus.

Aman JEAN.

EXPOSITION CENTENNALE

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