‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 50 sur 77 · DE LA PEINTURE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE FRANÇAISE

De même qu'il est bon de quitter parfois son propre pays pour étudier ce qui se fait par delà les frontières, de même il est instructif et attrayant de prêter l'oreille pour connaître ce qu'on pense de nous dans les diverses parties du monde civilisé : les étrangers, amis et ennemis, sont d'ordinaire des juges clairvoyants; «î nos propres appréciations se trouvent confirmées dans cette enquête, ce sera chose piquante, et si nos œuvres sont goûtées, les éloges prendront alors une saveur particulière, ce sera un vrai régal pour nous.

Et voilà à quel régal nous voulons convier aujourd'hui les lecteurs des JVotes d'Art, L'étude dont nous donnons ici la traduction a été publiée, sous la signature de M. Claude Phillips, dans le numéro d'octobre de la revue anglaise bien connue Tke art Journal,

Qu'il nous soit tout d'abord permis de dire, en rendant hommage au talent critique de l'auteur, que nous n'entendons nullement faire nôtres toutes ses théories, ni souscrire à tous ses jugements.

Ainsi, il nous paraît difficile d'attribuer à Corot cette place hors pair que M. Philips semble vouloir lui accorder, et il y aurait beaucoup à dire sur cette seule . appellation : t Le plus classique des mdtres. »

Que penser encore de la t phase léonardesque > du talent de Prud'hon? N'estce pas aller loin que de comparer en quelque façon que ce soit deux hommes si différents : Prud'hon, épris d'une grâce et d'une élégance parfois un peu molles, qui cherche à charmer les yeux en baignant dans une douce lumière les formes et les contours; Léonard au contraire qui joint, à une finesse et à une souplesse merveilleuses, une énergie incomparable et une puissance pleine de calme et de simplicité, aussi bien dans l'étude la ligne que dans la recherche du modelé?

Nous prenons deux exemples au hasard, mais nous ne voulons pas insister.

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le lecteur fera lui-même ses réserves ; nous . croyons toutefois qu'il sera heureux de voir appréciés à leur valeur, dans un pays qui se pique d'échapper absolument a notre influence artistique, les grands maîtres français de ce siècle.

On a vu rarement une réunion de coUectîons plus belles ou plus intéressantes que celles qui doivent présenter, à l'Exposition universelle, le tableau de l'art français pendant la période de 1789 à 1878 (date de la dernière exposition). Elle consiste principalement en peintures à rhuile et en sculptures exécutées durant cette période; mais elle comprend aussi des sections distinctes pour les aquarelles, pour les fusains, sanguines, crayons et autres genres de dessin, et pour les gravures qui complètent les deux sections principales.

Cette vaste exposition ne tient pas cependant toutes ses promesses; elle ne représente point complètement Tart français pendant les cent années qui se sont écoulées depuis la première Révolution française. Un côté de cet art durant les trente ou quarante années qui suivent 1789, et le plus caractéristique, est si maigrement représenté qu'il est encore nécessaire, pour formuler un jugement sur le style du temps, d'avoir recours au Louvre, où se trouvent réunies, dans le salon de la Méduse et dans la nouvelle salle des Etats, les œuvres les plus célèbres, qui donnent une couleur particulière au style du siècle pendant ses premières années,

La série s'ouvre avec quelques peintures et aquarelles de Fragonard (pauvre « Frago » , qui s'efforça tant et si inutilement à la fin de s'accommoder au nouvel ordre de choses!), de Greuze, d'Hubert Robert et d'autres artistes du XVIII° siècle expirant, dont il n'est pas nécessaire de parler longuement dans cette étude.

David n'apparaît pas ici comme le sévère pseudo-romain, le destructeur des frivolités élégantes de son temps, le peintre dont le classicisme agressif était autant politique qu'artistique. Il brille surtout comme l'un des plus nobles et des plus simples parmi les portraitistes des dernières années du xvm® siècle et des premières du XIX*, se dé* barrassant de toutes les conventions voulues de son style et devenant presqu'un réaliste par ses observations de l'humanité contemporaine. Son chef-d'œuvre est certainement le grand « Couronnement de José-

I. Ce tableau est plus connu sous le nom de « Couronnement de l'Empereur. ^

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phîne par Napoléon P"" », du palais de Versailles, qui n*a jamais jusqu'ici été apprécié à sa juste valeur. L'ordonnance de ce tableau, particulièrement difficile à trouver, est admirable; le coloris est plus transparent et moins chargé que de coutume, et les nombreux portraits qui composent cette œuvre sont à la fois vrais et pleins de. dignité. Comme morceau d*apparat, peint sur conunande, selon toute probabilité, il a peu ou point d*égal. Le charmant portrait de « Lavoisîer avec sa femme », par le même maître, se ressent encore fortement des grâces du XVJri" siècle, tandis que celui de Mme Récamier (prêté par le gouvernement) est tout de David lui-même. Pour mettre en lumière sa manière gréco-romaine, nous devons recourir aux « Sabines », aux *t Horaces j? et au « Bélisaire, » du Louvre.

L'art exquis de Prud'hon dans sa phase léonardesque est principalement représenté par des dessins; il n'y a ici aucune de ses meilleures œuvres d'imagination, telles que « la Justice poursuivant le crime » ; comme portraitiste, ce maître est suffisamment caractérisé par le beau portrait en pied de Talleyrand en robe empire rouge et or.

Ni Girodet-Trioson, ni Gérard, ni Guérin, ces imitateurs du style de David, qui étaient dans leur temps des peintres du plus grand renom, oe sont représentés ici par ces nudités académiques qu'ils affectent. Pour comprendre leur manière froide et faussement classique, il faut voir « Le déluge » et le « Chactas et Atala », du premier, la ff Psyché recevant le premier baiser de Tamour », du second et le « Marcus-Sextus », du troisième, toutes toiles actuellement au Louvre, Une autre phase du talent de Gérard, est toutefois heureu* sèment représentée par son portrait célèbre de Mme Récamier.

Les deux précurseurs du mouvement de 1830, Gros et Géricault^ sont aussi imparfaitement représentés. Le premier, qui rompit si courageusement avec les préceptes de son maître David dans les fameux « Pestiférés de Jaffa » , paraît à l'Exposition avec une œuvre triviale et maniérée « Louis XVIII quittant Fontainebleau (i) en 1815 », dans laquelle il semble être retourné à l'école et s'être de nouveau, dans sa maturité, soumis à l'influence de son maître. L'art passionne de Gérîcault ne compte que des œuvres moins importantes, parmi lesquelles une admirable étude de chevaux et son portrait peint par lui-

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