Il faut lire ; Les Tuileries
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même, dans lequel il apparaît comme un romantique de la plus « belle eau », bien qu'il soit mort en 1824, avant que le mouvement n'eût atteint son apogée.
Le grand prêtre du romantisme, Eugène Delacroix, ne figure pas ici à son plus grand avantage, attendu qu'on n'a mis à contribution ni le « Massacre de Scio », ni 1' « Entrée des croisés à Constantînople » , ni le plus ancien « Dante et Virgile » , qui tous font maintenant partie de la collection nationale. Si la grande « Bataille de Taillebourg » -manque un peu de vérité, il y a de la vraie passion dans le n 28 juillet 1830 » prêté par le Louvre, et dans l'une de ses nombreuses répliques de la « Médée » .
Le grand rival et contempteur de Delacroix, Ingres, est à peine en meilleure situation que son contemporain, si Ton ne tient compte que des œuvres finies. Le peintre de V c Apothéose d'Homère », de la « Source », de 1' « Œdipe », n'est pas convenablement représenté par le « Saint Symphorien », fatigant et encombré de personnages^ ou par les quelques portraits trop léchés et d'un faux éclat qui portent son nom. Toutefois, heureusement pour ceux qui désirent conserver inaltérable leur admiration pour un maître dont les œuvres ont une beauté et une autorité incontestables, l'Exposition du Champ-de-Mars contient une série entière de ces superbes portraits contemporains, dans lesquels éclatent une vie et une pénétrante faculté de divination, une sobriété et à une maîtrise d'exécution qui justîfieraîemt sa grande renommée, alors même que ces œuvres seraient uniques. On remarque de Bouchot, peintre trop peu connu de l'époque, une représentation très dramatique et admirable du « 18 Brumaire », datée de 1840. Parmi les romantistes, Devéria et Delaroche sont représentés d'une façon à peine suffisante, le dernier avec son tableau admiré jadis, « Cromwell devant le cercueil de Charles P' ». Decamps, le poète de l'Orient et l'un des premiers Français modernes qui aient envisagé la pleine splendeur du soleil, doit, pour être apprécié complètement, être étudié à Manchester House dans la collection de Sir Richard Wallace. Toutefois son œuvre s'enrichît ici de plus d'un beau morceau, y compris une superbe « Cour » orientale, et, pardessus tout, d'une immense aquarelle montrant, croyons-nous, (car le tableau n'a pas de titre) une eiSfroyable bataille composée non- seulement d'armées, mais de nations barbares entières ; c'est là une mer-
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veille d'illumination poétique, de finesse de dessin, une ébauche pleine d'une splendide énergie. Ce tableau, qui est une surprise pour nous, a été si mal placé au Champ-de-Mars , qu'il attire moins lattentioîi qu'il ne le mérite, Marilhat, dont les scènes orientales et égyptiennes rivalisent quelquefois avec celles de Decamps, bien que sa touche ait plus de dureté et moins de transparence^ est pauvrement représentée
Nous ne trouvons rien de Bénouville, dont la magnifique ^ Mort de saint François d'Assise » orne le Louvre, et rien de remarquable da mieux doué des disciples d'Ingres, Hippolyte Flandrin, dont l'exquise étude de jeune homme nu aurait bien pu être empruntée au Louvre*
La grande école de Barbizon, dans son ensemble, est admirablement représentée; cependant les vastes salons et les murs surchargés de l'Exposition lui sont nécessairement assez peu iavo râbles. Là, sont quelques-unes des productions choisies de Corot, le plus classique des maîtres, à raison de son infaillible puissance de généralisation solidement basée sur l'étude de la nature. Auprès de beaucoup de toiles récemment exposées chez MM. Goupil, parmi les* quelles le délicieux « Lac de Garde » gris, on voit le grand a Bain de Diane », la fameuse « Biblis » et par dessus tout un admirable paysage du soir, représentant des nymphes qui s'avancent pour couronner de guirlandes une statue de Pan en forme de terme ; ceci est d'une beauté à la fois pénétrante et douce, indéfinissable. Quelques unes des premières productions du grand maître sont des plus intéressantes, parce qu^elles montrent ses timides et laborieuses observations de la nature au début de sa carrière.
Si Jean François Millet ne triomphe pas au Champ-de-Mars avec r € Angélus » , dont il y a cependant une petite réplique au pastel, il est représenté par une œuvre encore plus grande et plus caractéristique, € L'homme à la houe », par la grande « Tondeuse de brebis », les € Tueurs de cochons », la « Fileuse » appartenant à M. Coquelin et beaucoup d'autres belles œuvres qui doivent imposer silence aux détracteurs peu sérieux et dissimulés du grand peintre, qui ont surgi dernièrement dans la jeune génération des artistes français. Outre cela, dans la section rétrospective des dessins, un miu: entier est consacré aux pastels de Millet, qui comprennent une réplique de cette œuvre bien connue, 1' « Homme à la veste », laquelle représente, debout au milieu des sillons, un laboureur âgé se détachant vivement en silhouette
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sur le ciel tendre du soir, à l'instant où, terminant sa longue journée de travail, il se dispose au départ. Deux des productions les plus belles du génie de Millet sont, sans contredit, d'une incomparable élévation : c le Vigneron » , tragique dans son abaissement désespéré et la m Plaine au petit jour », dans laquelle le m^tre (représentant seulement une plaine interminable de gazons toufius, vue sous l'éclairage mystérieux de l'aurore) s'élève par les moyens les plus simples à la sublimité absolue.
Il y a à l'Exposition quelques-uns des plus beaux spécimens des scènes de bois de Jules Dupré, savoureuses, excellentes, un peu monotones toutefois, avec l'inévitable mare dans laquelle s'abreuve le bétail ; on y trouve aussi son fameux paysage (une plaine avec du bétail surmontée d'effrayants nuages) dans lequel, se révoltant d'une façon délibérée contre les conventions alors traditionnelles du paysage français, il chercha à détrôner Constable par la largeur et 1' « impastû » de son coloris et par le réalisme hardi de son dessin.
Parmi beaucoup d'autres toiles de Troyon, on remarque Tun de ses chefs-d'œuvres, la « Vallée de la Toucque », de la collection Goldschmidt, très connue et qui n'est siurpassée par aucune œuvre de ce genre, ancienne ou moderne : éclairage, composition, conception sont également d'une vérité et d'une harmonie parfaites, et se combinent pour constituer, avec des matériaux vulgaires^ un tout merveilleusement parfait. Atteignant toujours un niveau supérieur au point de vue technique, Troyon ajoute quelquefois à ses autres dons une haute faculté d'imagination; mais, souvent aussi, il n'est qu'un observateur prosaïque c^uoique exact des faits ordinaires de la nature ; il ne s^est jamais élevé plus haut que dans cette œuvre, même dans le plus beau de ses deux paysages du Louvre.
Théodore Rousseau, avec xme variété infiniment plus grande que Millet, Corot ou Troyon, ne peut cependant pas prendre un rang égal à celui des deux premiers, comme interprète poétique delà vérité naturelle. Son exécution est très variable et change selon la nature du sujet ; mais pour la beauté et le fini, comme pour Torigioalïté de la conception, sa meilleure œuvre a été à peine surpassée* Il existe cependant de plus beaux spécimens de son talent que ceux Ton voit actuellement au Champ de Mars.
Celui qui s'en rapproche le plus est Diaz, dont les scènes de forets.
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pourvu qu'elles soient directement observées d'après nature et peintes avec un goût qui n'apparsut pas toujours dans l'œuvre de lartiste, sont au moins égales à celles de Rousseau. Pourtant, il tombe souvent bien au-dessous de lui, produisant par manière d'acquit de simples clichés de son œuvre propre, où ne brille plus le feu vivifiant de l'inspiration artistique. Il est difficile d'imaginer rien de plus charmant ou de plus complet qu'un grand nombre des scènes de Fontainebleau qui ont été exposées.
Même à côté de ces maîtres, Daubîgny se maintient dans un rang élevé, à cause de son observation originale et variée de la nature, et de cette paisible émotion qu'il excelle à faire naître des scènes les plus simples et les plus familières des paysages de la France du nord.
Parmi ces gloires de la France, qui toutes, hélas ! à Texception de Jules Dupré (i), ont déjà reçu le titre de « maîtres anciens *, on peut placer un paysagiste vivant, Harpignies, qui a, dans ses nobles et belles représentation^ des paysages français, parfois dures de couleur et trop accentuées de ligne, xme force et un * pathos » très particuliers. Il n'est point remarquablement représenté dans la section rétrospective» il se réserve pour l'Exposition décennale, dans laquelle il a ^t un magnifique déploiement de tableaux. 11 n'y a pas ici de spécimen très caractéristique de ces scènes de printemps et d'été de Chintreuil, si ûaîches quoique d'un vert trop cru,
La plus belle œuvre d'Henri Regnault, le « maréchal Prim *, (du Louvre) est aujourd'hui trop connue poiur nécessiter une description ; ses qualités de largeur et de brio, sinon de grande solidité de peinture, alliées qu'elles sont à une rare faculté d'intuition et à une brillante facilité j justifient sa célébrité, qui a cependant aujourd'hui quelque peu décliné à Paris parmi les capricieux amateiurs d'art. Nous aurions pu souhaiter de voir ici l'exquise petite « Comtesse de la Barck » qui orne la collection nationale, et qui unit la grâce pleine de feu de Goya à la splendeur de Fortuny.
Manet peut paraître, à beaucoup, singulièrement déplacé dans une exposition rétrospective, tant il y a, dans son art, de promesses et de tentatives sans réalisation complète. Mais s'il n'est pas un exécutant consommé ou même heureux, dans la phase particulière d'impressio-
I, Julcâ Dupré est mort depuis la publication de cette étudc>
nisme dont on peut dire qu'il est Tinventeur, il est en tout cas le pionnîet d'un style et d'une méthode d'observation, le représentant d'une théorie artistique qui, pour le bien ou pour le mal, fait invasion à un degré plus ou moins grand dans Tart de toutes les contrées européennes ; ainsi, sa mémoire mérite une portion des honneurs qui lui ont été déniés pendant sa vie. Le fameux « Bon Bock » n'est après tout qu'une peinture médiocre et mollasse, dont la conception naturaliste a une saveur d'Adrien Brauwer. Meilleurs sont le « Guitariste espagnol » et le « Torrero mort » , dans lesquels l'influence de Vélasquez et celle de Goya sont très apparentes.
C'est avec un nouveau plaisir que nous voyons une fois de plus bon nombre de ces toiles qui représentent le mieux le talent de Bastien LepagGj et qui furent exhibées pour la dernière fois à la mémorable exposition de son œuvre, à l'Ecole des Beaux- Arts. L'Amérique a envoyé la grande « Jeanne d'Arc » , dont le trait distinctif est une inspiration singulièrement noble et originale, très gâtée cependant par le paysage confus qui encadre la Pucelle et par l'aspect invraisemblable de la diaphane vision qui la possède.
Plusieurs œuvres de Courbet, considérées dans leur temps comme hautement révolutionnaires, apparaissent de nouveau et semblent maintenant plutôt réactionnaires en présence des idées modernes; mais elles révèlent toutefois beaucoup de belles qualités techniques.
C*eùt été un ^cte gracieux d'obtenir pour l'Exposition quelques œuvres donnant une meilleure idée du talent de feu A. Cabanel que les deux portraits peu intéressants qui ont été envoyés.
Baudry est au contraire suffisamment, sinon parfaitement, représenté dans *i La perle et la vague », « Le petit saint Jean » et quelques portraits.
Parmi les maîtres vivants, M. Gérôme est complètement absent des deux sections rétrospective et décennale de l'Exposition ; tandis que MM. Meissonnier, Hébert, Elie Delaunay, Bonnat, Paul Dubois, Français, Neuville, VoUon, Ribot, Jules Breton, Henner et beaucoup d'autres peintres éminents sont bien représentés dans ces deux sections. « Le matin et le soir de la vie » de M. Hébert, le touchant « Portrait de Mme Georges Bizet » de M. Elie Delaunay et la « Femme du Follet ^1 étude naturaliste de M. VoUon, figurent, dans des styles très divergents, parmi les plus belles productions de TExposition.
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Un article entier pourraît être consacré à rénumératîon des œuvres formant la collection centennale de sculpture. Cette exposition est incomplète et il ne pouvait en être autrement, puisque les plus importantes statues monumentales, les tombes et les sculptures décoratives de grande dimension n'ont pu être exposées; elle n*en est pas moins très remarquable.
Commençant par les moulages de la « Diane » nue de Houdon et des bustes en terre cuite de Robespierre et de Franklin» du même maître, nous trouvons que la période du premier Empire n*a presque pas été représentée. Il nous a été impossible de rien découvrir de Bosio ou du grand Rude, la gloire et Texception d'une période froidement conventionnelle; David d'Angers, un peu plus récent, n'est guère plus favorisé.
Nous prenons cependant une revanche^ avec les modernes. Carpeaux apparaît ici avec son groupe d'un réalisme exagéré, « la Danse • » deTOpéra^ comme l'ancêtre de MM.Dalou et Rodin. M. Paul Dubois envoie, avec le « Chanteur florentin » qui a dès l'abord établi sa popularité, des reproductions des quatre statues qui forment les angles de son grand monument funèbre de la cathédrale de Nantes et parmi lesquelles se trouvent la « Charité » et la magnifique « Foi », aujourd'hui si populaires. Une réplique en marbre du « David » de M. Mercié, d'an moindre effet que le bronze original, se trouve dans la collection, ainsi que le non moins connu « Vainqueur du combat de coqs » de M- Falguière et 1' « Arlequin » flexible et merveilleux de vie de M, de Saint-Marceaux. Ici se trouvent également plusieurs bustes grécoromains, nobles quoique trop conventionnels, de M. Guillaume et son « Mariage romain » ; <c La danse » de M. Delaplanche et, de M.Injalbert, un beau haut-relief, « La tentation d'Adam ». La série se dot dignement avec le très bel « Age d'airain » de M. Rodin, si peu apprécié lorsqu'il fut exposé à l'Académie royale, il y a quelques années.
Pour la traduction,