LETTRE A M. DE BERNON
Monsieur,
Vous dépeignez si bien le D*" Faust, que, tout pauvre sire qu'il ait été, on voudrait vraiment que son existence ne iût plus mise en doute.
Permettez-moi de mentionner à ce propos les dires de quelques littérateurs allemands dont j*ai les ouvrages sous la main et qui m'ont un peu rassuré sur ce point.
D'après Wilhelm Scherer (2) on peut suivre la trace du Faust historique à travers les témoignages de ses contemporains, de 1506 à 1537. Homme sans frein, magicien, astronome, devin, Faust courait le pays, se vantant de pouvoir reproduire les miracles du Christ.
Robert Kœnig (3), plus prolixe, dit qu'une tradition digne de foi fait naître Faust à Knittlingen, petite ville de M^urtemberg. Le souvenir du Docteur est resté jusqu'à nos jours vivant en ce pa3rs, H étudia à Cracovie où l'on faisait à cette époque des cours publics de magie. Faust cultiva tout particulièrement cet art mystérieux et acquit de plus des connaissances éminentes en chimie et en physique.
Ses études terminées, il se fît « écolier errant » ^ parcourant T Allemagne et rétranger, faisant parade de son savoir et se vantant de pouvoir accomplir les choses les plus incroyables. A Venise il fait une tentative infructueuse de s'élever dans les airs : elle faillit lui coûter la vie. A Erfurth il explique Homère et, par manière d'illustration, il fait apparaître, dans sa chambre, aux yeux de ses élèves, les héros de l'Iliade. Son impiété l'ayant fait se railler du saint sacrifice de