‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 56 sur 77 · PEINTURES DE LA CHAPELLE SAINT-ANTONIN · texte numérisé non relu

PEINTURES DE LA CHAPELLE SAINT-ANTONIN

DANS l'ancien COUVENT DES JACOBINS DE TOULOUSE

Le couvent des Jacobins de Toulouse, fondé par saint Dominique, est certainement un des spécimens les plus intéressants de Tarchitecture en briques du midi de la France au moyen-âge. Cette construction, d*un aspect robuste et sévère, est d*un grand caractère et d'un effet décoratif puissant. Mais les artiste.s de cette époque, qui avaient su donner à leurs monuments un aspect si bien en rapport avec les conditions climatériques, avec les matériaux dont ils disposaient, répondant si complètement aux besoins qu'ils avaient à satisfaire, en un mot et pour employer un langage plus moderne et plus technique, qui avaient si bien rempli le programme, donnant à ces constructions Taspect sévère et monacal qui convenait bien à un prieuré, ces artistes n'en savaient pas moins être aimables au besoin. La chapelle Saint- Antonin, que renferme ce couvent, nous en est un saisissant exemple. En effet, sans se départir de ces qualités maîtresses de sévérité et surtout de puissance qui est leur caractéristique, ils ont su donner à la décoration peinte qui ornait l'intérieur de cet édifice quelque chose de confortable à Tœil, de capitonné, si nous osons nous exprimer ainsi, et qui n'est cependant nullement efféminé. Nous laisserons de côté et la partie historique et la partie architecturale de ce couvent, déjà décrites par des plumes plus savantes et plus autorisées que la nôtre, et nous nous occuperons plus spécialement des peintures de la chapelle Saint- Antonin.

Sur un charmant cloître aux ogives de briques supportées par de fines colonnettes géminées en marbre, cloître dont il reste heureusement deux côtés qui nous permettent de reconstituer par la pensée les deux côtés disparus, s'ouvre la chapelle Saint -Antonin. Cette chapelle, placée entre la salle capîtulaire, à laquelle elle est juxtaposée, et l'entrée du réfectoire, est une ancienne chapelle funéraire. Sa construction est due à la munificence de Dominique Grima (Grimaldus), improprement appelé Dominique Grenier, religieux de

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rOrdre de saint Dominique, qui devint le quatrième évèquc de Pamiers, et elle est dédiée à saint Antonin, le glorieux martyr appaméen. Extérieurement, au-dessus de la porte d'entrée, sur une pierre noyée dans la construction de briques, sont sculptées les armes de Pamiers avec la nef miraculeuse portant le chef et le bras droit de Saint- Antonin et traînée par deux aigles « plus blancs que neige- * Le R. P. Percin, qui, à la fin du XVir, écrivit Thistoire du monastère, nous apprend que cette chapelle fut terminée en 1341 (i).

La chapelle mesure 20 mètres, 65 cent, de long sur 7 mètres, locentp de large, et elle a 10 mètres, 40 cent, sous clef. Elle se compose de deux travées et d'une partie pentagonale formant abside, percée de trois grandes fenêtres divisées chacune par un meneau surmonté d'un quadrilobe. La clef de voûte de la première travée porte sculpté l ecu de France aux fleurs de lys sans nombre; la deuxi^^me, un évcque qui est supposé devoir être Dominique Grima ; enfin la troisième, les armes de Pamiers.

La nature même des matériaux de briques emi>loyés à la construction de cette chapelle se prêtant mal à rornementation, toute la partie décorative a été exclusivement confiée à la peinture, qui a pris ici largement sa revanche sur la sculpture.

La peinture appelée à la décoration des édifices fut abandonnée vers le XVII*' siècle, et c'est seulement depuis une cinquantaine d années qu'on a de nouveau fait appel à ce complément si parfait de Tarchitecture. Les premiers essais furent timides; il fallait, en effet, habituer les yeux du public, qui ne voyait plus que des murs blancs, à se reposer sur des surfaces colorées et ce changement ne pouvait être absolument brusque. L'éducation de l'œil de la nouvelle génération est chose faite aujourd'hui et, malgré cela, on reste toujours dans des colorations timides et passées, prétendant par là se rapprocher des exemples que nous ont légués les siècles anciens, que nous ne voyons généralement qu'à travers un voile de poussière et mutilés par de nombrei^ses dégradations . Il semble que la désignation de peinture décorative soit synonyme de peinture fanée et de tons tous également rompus, effet d'où ne naît pas forcément l'harmonie, et îl est heureux (jue des exemples comme celui de la chapelle Saint -Antonin

I. Conventus Tolosani FF. Prœdicatorum sœcuîum, pp. 75, 76, In^fol. Toulouse, I^K)3.

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