‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 69 sur 77 · LA TROUSSE D'OLIVIER LE DAIN · texte numérisé non relu

LA TROUSSE D'OLIVIER LE DAIN

Olivier Le Dain appartient à la fois à la légende et à l'histoire.

Ce personnage fameux de la cour de Louis XI fiit, on le sait, le confident et l'exécuteur des hautes œuvres de ce prince, et s'éleva du rang de barbier et de médecin du roi à celui de comte de Meulan et de gouverneur de Saint-Quentin.

La légende a tout dit des mystères du château de Plessis-les-Tours, où se retira Louis XI dans ses dernières années. Casimir Delavîgne s'en est fait l'interprète dans sa tragédie de Louis XI. Peut-être le caractère odieux du serviteur de ce sombre monarque a-t-il été exagéré, et Thistoire impartiale ne saurait-elle enregistrer tous les méfaits qu'on lui a imputés. Tel le dépeint Walter Scott dans ses romans d'après les Mémoires de Commines, tel du moins il appartient à l'art :

« 11 était petit, dit-il, pâle, maigre, avec justaucorps et pantalon de soie noire ; sans habit ni manteau. Il tenait un bassin d'argent et

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uoe serviette. Les yeux vifs et pénétrants, qu'il baissait humblement pour en cacher Téclat, il glissait en quelque sorte au milieu des gentilshommes de la cour comme un chat, touchant à peine le sol du pied, et recueillant discrètement les saints de ceux qui avaient à redouter sa puissance, ou qui désiraient obtenir son intercession auprès de son maître. »

Le linge dont il est question est probablement celui désigné dans la constitution de saint Anségise pour le monastère de Fontenelle : Lintea admanus iergindas. On sait en effet que l'usage des serviettes de table ne rémonte qu'au seizième siècle.

Un historien, Pierre Matthieu, ajoute que son humeur était d'employer les petites gens aux grandes affaires, et de manier de grandes machines par de petits engins. En langage flamand, dain veut dire diable; aussi Olivier Le Dain est-il également connu sous le nom ^Olivier Le Diable. Il était né à Thielt, petite ville de la Flandre Occidentale, à cinq lieues sud-est de Bruges. Pontus Heutereus en parle avec mépris : « Olwerzus vili pago ac loco juxia Gandavutn naius. Olivier a vu le jour dans la misérable bourgade d'un petit pays près de Gand. » Arnault le fait naître à Gand. D'après Scipion Dupleix, Louis XI changea son nom en celui de Malin; mais on croit plutôt que ce fut en celui de Mauvais. En 1474, Louis XI lui accorda des lettres-patentes moins faites, dit Commines, pour importuner les oreilles d'un parvenu : Gaudent cognomine molles auriculse. Au titre de comte de Meulan, Olivier le Dain fit ajouter plus tard celui de capitaine du château de Loches et celui de gentilhomme de la chambre du roi.

Pour prouver qu'il était bien chez lui à Meulan, il voulut faire entourer la ville d'un mur de briques ; mais ce travail demeura inachevé. Ses armes ont été retrouvées sur une des portes de cette enceinte. Elles étaient : c D'un chevron accompagné en pointe d'un dain pas« sant, l'écusson accoté à droite d'un rameau d'olive et à gauche d'une corne de dain, et sommé d'une couronne de comte. »

Pineau Duclos comme Walter Scott, et d'après le témoignage de Commines et de Pierre Matthieu, a tracé de ce personnage le même portrait. C'est un caractère que l'esprit populaire a désormais fixé, un type qui ne saurait plus être modifié, et s'il devait être reproduit sur la toile, c'est assurément avec le visage, l'attitude, le vêtement et

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Tapparell que lui ont prêtés la légende, sous peine d'être faux ou tout au moins inexact.

Aux armes d'Olivier Le Dain, on peut joindre aujourd'hui un objet historique d'une grande importance.

La trousse dont il se servait fut retrouvée par un de ses descendants dans le château de Plessîs-les-Tours et conservée précieusement de père en fils. Elle fit ensuite partie du cabinet Riville, puis du cabinet Sauvageot. Elle fut enfin acquise par le baron Michel de Tr^ taigne et fait aujourd'hui partie de la collection de la baronne douaî<^ rière de Trétaigne. Un article du docteur Réveillé-Parisé^ concernant le baron Michel de Trétaigne et inséré dans la Gazette MMicaie un peu avant 1846, signale cet objet dans la riche collection artistique de ce dernier.

Malgré les quatre cents ans qui nous séparent de l'époque où elle était entre les mains du terrible barbier, à part quelques fermetures un peu disjointes, elle est fort bien conservée.

C'est une boîte ovale en bois > plus étroite à l'une de ses extrémités, avec fond en cuir et couvercle arrondi en forme de voûte* Toute la partie supérieure est entièrement recouverte d'un réseau de lames de cuivre. Sa longueur est de dix-neuf centimètres, sa plus grande largeur de six, sa plus grande hauteur de neuf. Elle donne assez bien l'idée d'un petit sarcophage. Les rasoirs s'introduisaient dans la partie inférieure par une ouverture placée presque au niveau de la base, et en arrière. Le couvercle se soulève au moyen d'une patte placée au milieu de l'un des côtés, et laisse voir alors un fond de boîte de deux centimètres environ de profondeur, divisé en plusieurs compartiments destinés à recevoir la savonnette, le linge et divers autres menus objets. Enfin, à l'extrémité rétrécie, et comme formant une petite boîte séparée de la première, se trouve encore un autre compartiment avec son couvercle. De petites lames en cuivre jaune contournent toute la boîte, les unes dans le sens horizontal les autres dans le sens vertical^ et se croisent sur le fond noir en forme de petits carrés au mîUea desquels est planté un dou jaune. L'ensemble est d'un aspect assez agréable à l'œil ; le travail des fermetures est extrêmement soigné.

C'était évidemment un objet de luxe destiné à être placé comme ornement sur une commode ou une table plutôt qu'à être transporté. Mais Louis XI ne voyageait plus guère à l'époque où^ en proie à la

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crainte de tous ses ennemis, il faisait d'Olivier le confident de tous ses desseins secrets. On se représente volontiers cette trousse posée sur le bord d'une lucarne du château de Plessis-les-Tours près de laquelle Olivier a fait asseoir son maître. Un courtisan désireux d'avoir un entretien ou un serviteur attendant des ordres se tient au fond de la salle. Louis XI, le visage tourné du côté du jour, interroge ou répond •à voix basse tout en portant machinalement son regard sur ce petit arsenal de toilette, tandis que le rusé barbier ne perd pas un mot des propos qu'il entend. Que de fois au moment où se refermait cette boîte un coup d'oeil énigmatique échangé entre les deux compères décidait de la fortune ou de la vie du malheureux dont il avait été question. Mais laissons à l'imagination de chacun le soin de reconstituer cette ^scène quotidienne de la vie mystérieuse de Louis XI au château de Plessis-les-Tours.

Olivier servit d*espion à Louis XI à l'époque où, encore dauphin, il s'était réfugié en Brabant, et plus tard contre son ennemi personnel le duc de Bourgogne.

Une scène nous a été rapportée par Gaillard.

L'héritage du duc de Bourgogne étant devenu vacant, Olivier envoyé pour exciter la sédition des Gantois se fit se présenter à titre d'ambassadeur à Marie de Bourgogne. Celle-ci le reçut au milieu de sa cour, ayant à ses côtés le duc de Clèves et l'évêque de Liège. Mais à l'aspect de ce singulier personnage, elle répondit dédaigneusement : « Que me veut ce barbier? Je n'ai nibarbe à faire ni maladie à traiter. » U n'échappa que par la fuite à la menace d'être jeté à la rivière.

En 1477, il fut fait comte de Meulan, moyennant une.redevance € d'une maille d'or de franc devoir, du prix de vingt-quatre sols, à payer le jour de la Saint-Jean-Baptiste ». Peu après, il s'empara de Tournai, ville libre entre les Français et les Bourguignons, envoya les magistrats prisonniers à Paris, et, dit Gaillard, revint triomphant raser son maître et recevoir de nouvelles grâces.

Il en mésusa un peu. Il arracha des mains du Parlement son serviteur Daniel de Bar accusé de meurtre ; il défendit à un cordelier de prêcher parce que celui-ci disait que le roi était mal servi et entouré de traîtres ; en 1480, il reçut somptueusement le cardinal Julien de La Rovère, depuis pape sous le nom de Jules II, ainsi que le cardinal de Bourbon, et leur offrit le spectacle d'une chasse dans le bois de Vin-

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